LIVRE Vn. — CHAPITRE VIII
que délier, sinon remettre? et le même, qni donne à Pierre cette puissance^ la donne aussi de sa propre bouche à tous les apôtres. « Gomme mon Père m'a envoyé, ainsi, dit-il, je vous envoie ^ i» On ne peut voir ni une puissance mieux établie, ni une mission plus immédiate : aussi souflet-il également sur tous ; il répand sur tous le même esprit avec ce soufle, en leur disant : « Recevez le Saint-Esprit; ceux dont vous remettrez les péchés, ils seront remis ', n et le reste que nous avons récité.
C'était donc manifestement le dessein de Jésus-Christ de mettre premièrement dans un seul ce que dans la suite il voulait mettre dans plusieurs : mais la suite ne renverse pas le commencement^ et le premier ne perd pas sa place. Cette première parole : « Tout ce que tu lieras^ » dite à un seul, a déjà rangé sous sa puissance chacun de ceux à qui on dba : « Tout ce que vous remettrez : » car les promesses de Jésus-Christ, aussi bien que ses dons, sont sans repentance; et ce qui est une fois donné indéfiniment et universellement , est irrévocable : outre que la puissance donnée à plusieurs, porte sa restriction dans son partage ; au lieu que la puissance donnée à un seul, et sur tous, et sans exception, emporte la plénitude ; et n'ayant à se partager avec aucun autre, elle n'a de bornes que celles que donne la règle. C'est pourquoi nos anciens docteurs de Paris^ que je pourrais ici nommer avec honneur, ont tous reconnu d'une même Yoix, dans la chaire de saint Pierre, la plénitude de la puissance apostolique : c'est un point décidé et résolu; mais ils demandent seulement qu'elle soit réglée dans son exercice par les canons, c'est-à-dire par les lois communes de toute l'Eglise; de peur que s'élevant au-dessus de tout, elle ne détruise elle-même ces propres décrets.
Ainsi le mystère est entendu ; tous reçoivent la même puissance , et tous de la même source; mais non pas tous en même degré, ni avec la même étendue ; car Jésus-Christ se communique en telles mesure qu'il lui plaît, et toujours de la manière la plus convenable à établir l'unité de son Eglise. C'est pourquoi il commence par le premier, et dans ce premier il forme le tout; et lui-même il développe avec ordre ce qu'il a mis dans un seul. « Et Pierre, dit saint Augustin 5, qui, dans l'honneur de sa primauté , représentait toute l'Eglbe, reçoit aussi le premier et le seul d'abord les clefs, qui, dans la suite, devaient être communic[uées à tous les autres ^, » aûn que nous apprenions, selon la doctrine d'un saint évêque de l'Eglise gallicane ^, que l'autorité ecclésiastique, premièrement établie en la personne d'un seul , ne s'est répandue qu'à condition d'être toujours
* Joan., XX, 21. — * Ibid,, 22, 23. — " S. AuG., in Joan., Tract, cxxiv, t. III, part. II, col. 822. — ♦ S. Opt. Mil., lib. VII, n. 3, pag. 104. — » S. Cjssar. Arel. Èpist, ad Syram, tom. I, Conc. GaL, pag. 184.
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ramenée au principe de son unité ; et que tous ceux qui auront à Yeiet- CBT, se doivent tenir inséparablement unis à la même chaire, (a)
C'est cette chaire romaine tant célébrée par les Péres^ où ils ont exalté, comme & Tenvi, « la principauté de la chaire apostolique , la principauté principale^ la source de l'unité , et dans la place de Pierre Téminent degré de la chaire sacerdotale ; TEgUse mère , qui tient en sa main la conduite de toutes les autres Eglises; le chef de Tépiscopat d'où part le rayon du gouyemement ; la chaire principale , la chaire unique en laquelle seule tous gardent l'unité. » Vous entendez dans ces mots saint Optât , saint Augustin , saint Gjprien , saint Irénée , saint Prosper, saint Ayite^ saint Théodoret, le concile de Ghalcédoine et les autres; l'Afrique y les Gaules, la Grèce, l'Asie ; l'Orient et l'Occident unis ensemble ^ : et yollà sans préjudice des lumières divines, extraordinaires et surabondantes , et de la puissance proportionnée à de si grandes lur mières, qui était pour les premiers temps dans les apôtres, premiers fondateurs de toutes les Eglises chrétiennes; voilà, dis-je, ce qui doit rester, selon la parole de Jésus-Ghrist et la constante tradition de nos Pères, dans l'ordre commun de l'Eglise : et puisque c'était le conseil de Dieu de permettre, pour éprouver ses fidèles, qu'il s'élevât des schismes et des hérésies, il n'y avait point de constitution ni plus ferme pour se soutenir, ni plus forte pour les abattre. Par cette constitution tout est fort dans l'Eglise; parce que tout y est divin, et que tout y est uni : et comme chaque partie est divine, le Uen aussi est divin ; et l'assembliage est tel que chaque partie agit avec la force du tout. G'est pourquoi nos prédécesseurs , qui ont dit si souvent , dans leurs conciles * , qu'ils agissaient dans leurs Eglises
(a) Le mystère serait entendu^ si Téloquence avait Theureux privilège de rendre clair ce qu'elle a voulu obscurcir. Bossuet, partout si lucide, se fait ici assembleur de nuages^ et il serait presque impossible de saisir toute sa pensée, si on ne la trouvait ailleurs. Sous ces ambages et ces circonvolutions oratoires. Fauteur entend certainement affirmer que la juridiction des évêques vient immédiatement de Jésus-Christ, et, comme le terrain frémit sous ses pieds, il se retranche vite derrière le clergé de France.
^ s. AuG., Epist. xLiii, tom. 11^ col. 91. S. Iren.^ iib. III, cap. m, p. 175. S. Cypr., Epist. LV, pag. 86. Theod., Ep, ad Ren,, cxvi, tom. III, p. 989. S. Avrr., Ep, ad Fattst,^ tom. I, Conc. Gai., p. 158. S. Paoép. Carm. de Ingr., cap. II. Conc. Ckalc, Relat. ad leon. Lab. y tom. IV, col. 837. Libella Joan, .CofiêLj ib. col. i446. S. Opt. Mil., Iib. II, n. 2, p. 28. — ' Cane. Meld, Prœf,, tom. III, Conc, Gall., p. 27.