‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 52 sur 260 · LIVRE Vn. — CHAPITRE Vffl · texte numérisé non relu

LIVRE Vn. — CHAPITRE Vffl

comme vicaires de Jésus-Christ et successeurs des apôtres quil a immédiatement envoyés , on dit aussi dans d'autres conciles % comme ont fait les papes à CSiàlons^ à Vienne et ailleurs , qu'ils agissaient « au nom de Pierre : )> Tïce Pétri ; «( par l'autorité donnée à tous les évèques en la personne de saint Pierre : » Auctoritate episcopis per beatum Petrum co2lata ; a comme vicaires de saint Pierre : d Viearii Pétri ; et l'on dit lors même qu'ils agissaient par leur autorité ordinaire et subordonnée ; parce que tout a été mis premièrement dans saint Pierre^ et que la correspondance est telle dans tout le corps de l'Eglise^ que ce que fait chaque évoque, selon la règle et dans l'esprit de l'unité catholique ^ toute l'Eglise^ tout l'épiscopat^ et le chef de l'épiscopat le fait avec lui.

Ces matières ont été tellement embrouillées par le gallicanisme qu'il nous parait indispensable de fixer la doctrine^ selon le commun enseignement des théologiens et des canonistes.

On a répété souvent chez nous que les évèques sont les successeurs des apôtres, et, comme conséquence, que leur juridiction vient immédiatement de Jésus-Christ, comme celle des apôtres. Bossuet a glissé sur ces questions avec beaucoup d'habileté ; mais^ en doctrine, Thabileté ne saurait suffire.

Les évèques sont successeurs des apôtres : cette proposition absolue est fausse et erronée. Partout où les apôtres ont fixé leur bâton pastoral^ ils y exerçaient la plénitude de juridiction que Jésus-Christ leur avait donnée extraordinairement. Pierre était le chef de Fapostolat, mais chacun des membres avait pour objet de sa mission le monde entier, ite in universum mundum.

Les évèques ont succédé aux apôtres, quodam modo. Par eux seuls l'apostolat est continué ; eux seuls jouissent de la plénitude du sacerdoce ; mais le Pape seul exerce de plein droit la juridiction apostolique sur le monde entier. La juridiction des évèques ne s'exerce que sur un point déterminé, en sorte qu'on peut et on doit dire : les évèques, en communion avec le Pontife romain, sont les vrais successeurs des apôtres, dans les limites du territoire qui leur a été assigné. Que le pouvoir d'ordre vienne immédiatement de Jésus-Christ , rien n'est plus incontestable. Il

^Synod. /te»., tom. VlIIy Conc. col. 591. Conc. Vien., tom. IX, Conc. col. 433. Cône. CabiL, ih. col. 276. Conc. Rem,, ih., col. 481. Conc. Cieest., t. X, Conc, col. 1182. Ivo. Carn. de Cath. Petr. Ant.

S'il est ainsi, chrétiens; si les évèques n'ont tous ensemble qu'une même chaire, par le rapport essentiel qa'îl ont tous avec la chaire unique où saint Pierre et ses successeurs sont assis ; si en conséquence de cette doctrine ils doivent tous agir dans l'esprit de l'unité catholique, en sorte que chaque éyèque ne dise rien, ne fasse rien, ne pense rien que l'Eglise universelle ne puisse avouer ; que doit attendre l'univers d'une assemblée de tant d'évèques? M'est-il permis, Messeigneurs, de vous adresser la parole, à vous de qui je la tiens aujourd'hui ; mais à vous qui êtes mes îuges et les interprètes de la volonté divine? Ah! sans doute, puisque c'est vous qui m'ouvrez la bouche, quand je vous paiie, Messeigneurs^ ce n'est pas moi qui vous parle, c'est vous-mêmes qui vous parlez à vousmême. Songeons que nous devons agir par l'esprit de toute l'Eglise ; ne soyons pas des hommes vulgaires que les vues particulières détournent du vrai esprit de l'unité cathoUque : nous agissons dans un corps, dans lé corps de l'épiscopat et de l'Eglise catholique, où tout ce qui est contraire & la règle ne manque jamais d'être détesté : car l'esprit de vérité y prévaut toujours. Puissent nos résolutions être telles, qu'elles soient dignes de nos pères, et dignes d'être adoptées par nos descendants; dignes enûn

n'en est pas de même du pouvoir juridictionnel ; nous voulons dire que ce point est sujet à discussion. La question a été vivement débattue au Concile de Trente. (Voyez Pallavicini , Histoire du concile; fiouix, traité de Episcopo.) Les Espagnols et les Français voulaient qu'il fût défini que la juridiction épiscopale vient immédiatement de Jésus-Christ. Les évêques des autres nations s'y opposaient. Le célèbre théologien du concile, Lainez^ développa la question sous toutes ses faces^ et toute son argumentation concluait à la négative. Les représentants du Saint-Siège ne firent point d'instance , et les Pères du concile crurent devoir s'abstenir de porter un décret sur la matière.

Quoique la question ne soit pas tranchée, la doctrine la plus certaine, celle que l'on tient à Rome *, et que professent les meilleurs canonistes, c'est que la juridiction des évêques vient immédiatement du Pontife romain, qui la donne quand il lui plaît, la restreint comme il le juge convenable, et la retire, quand

* Dignitatem episcopalem... qaee quoad ordiflem immédiate est à Dec, et quoad jurisdictionem ab apostolicâ Sede... (Bref ad episcop. Dupont, liv. !•', ch. IV et suiv.)

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d'être comptées panni les actes authentiques de l'Eglise^ et insérées avec honneur dans ces registres immortels, oii sont compris les décrets qui regardent non-seulement la vie présente, mais encore la vie future et l'éternité tout entière.

La comprenez-vous maintenant cette immortelle heauté de l'Eglise catholique, où se ramasse ce que tous les lieux, ce que tous les siècles présents, passés et futurs ont de beau et de glorieux? Que yous êtes belle dans cette union , 6 Eglise catholique ; mais en même temps que tous êtes forte ! « Belle, dit le saint Cantique ^, et agréable connue Jérusa-' lem; d et en même temps, « terrible comme une armée rangée en bataille! » belle comme Jérusalem, où Ton voit une sainte uniformité, et une police admirable sous un même chef : belle assurément dans votre paix, lorsque recueillie dans vos murailles vous louez celui qui vous a choisie, annonçant ses vérités à ses fidèles. Mais si les scandales s'élèvent , si les ennemis de Dieu osent l'attaquer par leurs blasphèmes, vous sortez de vos murailles, ô Jérusalem, et vous vous formez en armée pour les combattre : toujours belle en cet état, car votre beauté ne vous quitte pas; mais tout à coup devenue terrible : car une

les circonstances l'exigent. C'est ainsi qu'au commencement de ce siècle. Pie VII, d'illustre mémoire, relira à tous les évéques de France la juridiction qu'ils avaient exercée légitimement, pour la conférer à de nouveaux élus, ou, pour mieux dire, aux évéques élus à nouveau.

Quoique le Saint-Siège n'ait rien défini, que nous sachions, sur cette question, nous ne croyons pas qu'on puisse, en conscience, enseigner la doctrine que soutient Bossuet ; elle mène droit à répiscopodisme dont s'est parée l'Angleterre. De là au presbytérianisme, il n'y avait qu'un pas, et messieurs les curés de Paris l'ont hardiment franchi, vers la fin du siècle dernier, en publiant et en soutenant cette proposition : « Les curés sont les successeur^ immédiats des soixante-douze disciples ; donc ils sont de droit divin. » Nous devons leur savoir quelque gré de ne pas s'être attribué une juridiction venant immédiatement de Jésus- Christ, mais la voie était ouverte. Telles sont les tristes conséquences des doctrines hasardées que mettent en circulation des hommes de réputation et de valeur intellectuelle.

* Can^., VI, 3.

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armée qui parait si beUe dans nue rerae, combien est-elle terrtUe^ quand on Toit tous les arcs bandés et toutes les piques hérissées contre soi? Que TOUS êtes donc terrible^ 6 Eglise sainte^ lorsque tous marchez, Pierre à votre tête, et la chaire de Tunité vous unissant toute ; abattant les tètes superbe» et toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu; pressant ses ennemis de tout le poids de vos bataillons serrés ; les accablant tout ensemble et de toute l'autorité des siècles passés, et de toute l'exécration des siècles futurs ; dissipant les hérésies, et les étouffant quelquefois dans leur naissance ; prenant les petits de Babylone et les hérésies naissantes, et les brisant contre votre Pierre ; Jésus-Christ votre chef vous mouvant d'en haut et vous unissant; mais vous mouvant et vous unissant par des instruments proportionnés, par des moyens convenables, par un chef qui le représente, qui vous fasse eu tout agir tout entière, et rassemble toutes vos forces dans une seule action.

Je ne m'étonne donc plus de la force de l'Eglise , ni de ce puissant attrait de son unité. Pleine de l'Esprit de celui qui dit : « Je tirerai tout à moi ' ; » tout vient à elle , Juifs et Gentils , Grecs et Barbares. Les Juift devaient venir les premiers ; et malgré la réprobation de ce peuple ingrat, il y a ces précieux restes et ces bienheureux réservés tant célébrés par les prophètes. Prêchez, Pierre ; tendez vos filets, divin pêcheur. Cinq mille, trois mille entreront d'abord, bientôt suivis d'un plus grand nombre. Mais « Jésus-Christ a d'autres brebis qui ne sont pas de ce bercail '. » C'est par vous, ô Pierre, qu'il veut commencer & les rassembler. Voyez ces serpents, voyez ces reptiles et ces autres animaux immondes qui vous ont présentés du ciel. C'est les Gentils, peuple immonde, et peuple qui n'est pas peuple : et que vous dit la voix céleste ? « Tue et et mange ^, » unis , incorpore, fais mourir la gentilité dans ces peuples : et voilà en même temps à la porte les envoyés de Cornélius ; et Pierre, qui a reçu les bienheureux restes des Juifs, va consacrer les prémices dès Gentils.

Après les prémices viendra le tout; après l'officier romain, Rome viendra elle-même ; après Rome viendront les peuples l'un sur Tautre. Quelle Eglise a enfanté tant d'autres Eglises ? D'abord tout l'Occident est venu par elle, et nous sommes venus des premiers; vous le verrez bientôt. Mais Rome n'est pas épuisée dans sa vieillesse, et sa voix n'est pas éteinte ; nuit et jour elle ne cesse de crier atix peuples les plus éloignés, afin de les appeler au banquet où tout est fait un : et voilà qu'à cette voix maternelle les extrémités de l'Orient s'ébranlent, et semblent vouloir enfanter une nouvelle chrétienté^ pour réparer les ravagea des. decaîàres.

1 Joan., XII, 32. — « Ibid., x, 10. — « Act., x, 13, 12.

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