‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 53 sur 260 · LIVRE Vn. — CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

LIVRE Vn. — CHAPITRE Vm

hérésies : c'est le destin de l'Eglise. Movebo candetabrum tmm : « Je remuerai votre chandelier^ y> dit Jésus-Christ à l'Eglise d'Ephèse ^ ; je vous ôterai la foi : a Je le remuerai; » il n'éteint pas la lumière, il la transr porte; elle passe & des climats plus heureux. Malheur^ malheur encore une fois à qui la perd I mais la lumière va son train, et le soleil achèye sa course.

Mais <pioi, je ne vois pas encore les rois et les empereurs l où sont-ils ces illustres nourriciers, tant de fois promis à l'Eglise par les prophètes ? Us Tiendront, mais en leur temps. Ne voyez-yous pas dans un seul Psaume ' le temps « où les nations entrent en fureur, où les rois et les princes font de vains complots contre le Seigneur et contre son Christ ? p Mais je vois, tout à coup un autre temps : Et ntmc, et nunc, « Et maintenant : d c'est un autre temps qui va paraître. Et mmc rege»^ intelligite : « Et maintenant, ô rois, entendez : » durant le temps de votre ignorance vous avez combattu l'Eglise^ et vous l'avez vue triompher malgré vous; maintenant vous allez aider à son triomphe. « Et maintenant, ô rois, entendez; instruisez-vous, arbitres du monde, servez le Seigneur en crainte; v> et le reste que vous savez.

Durant ces jours de tempête, où TEglise comme un rocher, devait voir les efforts des rois se briser contre elle , demandez aux chrétiens si les Césars pouvaient être de leurs corps : Tertullien vous répondra hardiment que non. a Les Césars, dit-il 3, seraient chrétiens, s'ils pouvaient être tout ensemble chrétiens et Césars. » Quoi, les Césars ne peuvent pas être chrétiens! ce n'est pas de ces excès de TertulUen; il parlait au nom de toute TEglise dans cet admirable Apologétique, et ce qu'il dit 'est vrai à la lettre. Mais il faut distinguer les temps. Il y avait le premier temps, où l'on devait voir l'Empire ennemi de l'Eglise ; et tout ensemble vaincu par l'Eglise ; et le second temps, où l'on devait voir l'Empire réconcilié avec l'EgUse, et tout ensemble le rempart 'ci la défense de l'Eglise.

L'Eglise n'est pas moins féconde que la synagogue : elle doit, comme elle, avoir ses David, ses Salomon, ses Ezéchias, ses Josias, dont la main royale lui serve d'appui : comme elle, il faut qu'elle voit la concorde de l'empire et du sacerdoce ; un Josué partager la terre aux enfants de Dieu avec un Eléazar; un Josaphat établir l'observance de la loi avec unAmarias; im Joas réparer le temple avec un Joîada; un Zorobabel en relever les ruines avec un Jésus, fils de Josédec; un Néhémias réformer le peuple avec un Esdras. Mais la Synagogue, dont les promesses sont ter^ restres, commence par la puissance et par les armes : l'Eglise commence par la croix et par les martyres; fiUe du ciel, il faut qu'il paraisse qu'elle

* Apoc., u, 5. — * Ps. II. — » rer^itf., Apolog^ n. 21.

est née libre et indépendante dans son état essentiel^ et ne doit son origine qu'au Père céleste. Quand après trois cents ans de persécution, parfaitement établie et parfaitement gouvernée durant tant de siècles ^ sans aucun secours humain ^ il paraîtra clairement qu'elle ne tient rien de l'homme; venez maintenant, ô Césars^ il est temps : Et nune intelligite: Tu vaincras, ô Constantin, et Rome te sera soumise; mais tu vaincras par la croix : Rome verra la première ce grand spectacle; un empereur victorieux prosterné devant le tombeau d'un pêcheur, et devenu son disciple.

Depuis ce temps là, chrétiens, l'Eglise a appris d'en haut à se servir des rois et des empereurs pour faire mieux servir Dieu; « pour élargir, disait saint Grégoire ^ les voies du ciel; » pour donner un cours plus libre à l'Evangile , une force plus présente à ses canons, et un soutien plus sensible à sa discipline. Que l'Eglise demeure seule , ne craignez rien; Dieu est avec elle, et la soutient au dedans : mais les princes religieux lui élèvent par leur protection ces invincibles dehors qui la font jouir, disait un grand pape *, d'une douce tranquillité, à l'abri de leur autorité sacrée.

Mais parlons toujours comme il faut de l'Epouse de Jésus-Christ : l'Eglise se doit à elle-même et à ses services toutes les gr&ces qu'elle a reçues des rois de la terre. Quel ordre, quelle compagnie, quelle armée, quelque forte, quelque fidèle et quelque agissante qu'elle soit, les a mieux servis que l'Eglise a fait par sa patience ? Dans ces cruelles persécutions qu'elle endure sans murmurer durant tant de siècles, en combattant pour Jésus- Christ, j'oserai le dire, elle ne combat guère moins pour l'autorité des princes qui la persécutent : ce combat n'est pas indigne d'elle , puisque c'est encore combattre pour l'ordre de Dieu. En efifet , n'est-ce pas combattre pour l'autorité légitime, que d'en souffirir tout sans murmure? Ce n'était point par faiblesse; qui peut mourir n'est jamais faible : lùais c'est que l'Eglise savait jusques où il lui était permis d'étendre sa résistance. Nondum usque <id sa^guinem restitistis : a Vous n'avez pas encore résisté jusques au sang , » disait l'Apôtre ' : jusques au sang; c'est-à-dire jusqu'à donner le sien, et non pas jusqu'à répandre celui des autres. Quand^on la veut forcer de désavouer ou de taire les vérités de l'Evangile, elle ne peut que dire avec- les apôtres : Non posmmus^ non posHumus ^ : que prétendezvous? « Nous ne pouvons pas ; » et en même temps découvrir le sein où l'on veut frapper : de sorte que le même sang qui rend témoignage à l'Evangile^ le même sang le rend aussi à cette vérité ; que nul prétexte ni

* S. Greg., Epist., lib. III, Epist, lxv, ad Mauric. AuG., tom. Il, col. 676, — « INNONC. II, Ep. Il; tom. X, Conc,, col. 946. Conc, AquU. a, tom. 11, Conc. Gall., pag. 570. — < Helfr., zii, 4. -* * AcL, iv, 20.

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