LIVRE VU. — CHAPITRE VDI
imUe raison ne peut autoiiser les révoltes ; qu'il faut révérer Tordre du ciel, et le caractère du Tout-Puissant dans tous les princes^ quels qu'ils soient; puisque les plus beaux temps de l'Eglise nous le font voir sacré et inviolable, même dans les princes persécuteurs de l'Evangile. Ainsi leur couronne est hors d'atteinte : l'Eglise leur a érigé un trône dans le lieu le plus sûr de tous et le plus inaccessible, dans la conscience même où Dieu a le sien; et c'est là le fondement le plus assuré de la tranquillité publique.
Nous leur dirons donc sans crainte , même en publiant leurs bienfaits, qn'û j a plus de justice que de grâce dans les privilèges qu'ils accordent à l'Eglise, et qu'ils ne pouvaient refuser de lui faire part de quelques honneurs de leur royaume, qu'elle prend tant de soin de leur conserver. Mais confessons en même temps qu'au milieu de tant d'ennemis , de tant d'hérétiques, de tant d'impies, de tant de rebelles qui nous environnent, nous devons beaucoup aux princes qui nous mettent à couvert de leurs insultes ; et que nos mains désarmées, que nous ne pouvons que tendre au ciel, sont heureusement soutenues par leur puissance.
Il le faut avouer. Messieurs, notre ministère est pénible : s'opposer aux scandales, au torrent des mauvabes mœurs, et au cours violent des passions qu'on trouve toujours d'autant plus hautaines qu'elles sont plus déraisonnables ; c'est un terrible ministère , et on ne peut l'exercer sans rigueur. C'est ce que nos prédécesseurs , assemblés dans les conciles de Thionville et de Meaux, appellent « la rigueur du salut des hommes ; » Rigorem salutis humanm *. L'Eglise assemblée dans ces conciles demande l'assistance des rois , pour exercer plus facilement cette rigueur salutaire au genre humain; et convaincue par expérience du besoin qu'elle a de leur protection pour aider les âmes infirmes , c'est-à-dire le plus grand nombre de ses enfants , elle ne se prive qu'avec peine de ce secours : de sorte que la concorde du sacerdoce et de l'empire, dans le cours ordinaire des choses humaines, est im des soutiens de l'Eglise, et fait partie de cette unité qui la rend si belle.
Car, qu'y a-t-il de plus beau que d'entendre un saint empereur dire à un saint pape : a Je ne vous puis rien refuser, puisque je vous dois tout en Jésus-Christ : » Nihil tibi negare possum, eut per Deum omnia debeo * : « Tout ce que votre autorité paternelle a réglé dans son concile pour le rétablissement de l'Eglise, je le loue, je l'approuve, je le confirme comme votre fils ; je veux qu'il soit inséré parmi les lois, qu'il fasse partie du droit public, et qu'il vive autant que l'Eglise. » Et in œtemum mansura, et
^ Conc. ad Theodon,, vil. can. vi, Conc. Gai,, tom. III, pag. 16, Conc, Meld.^ ean. xn, ibid., pag. 35. ^ ^ Heneic. II, ad Bened. VIII, tom. IX, Conc., col. 831.
fiumanis legibus ins&renda, et int^ pu&Zica jura $mp0r recipienda hac Quctoritate, vivente Ecclesia, victura : ou d'entendre un roi pieux dans un concile ; c'était un roi d'Angleterre : ah ! nos entrailles s'émeuyent h ce nom; et l'Eglise toujours mère ne peut s'empêcher^ dans ce souvenir^ de renouveler ses gémissements et ses yœux. Passons et écoutons ce saint roi , ce nouveau David dire au clergé assemblé : Eqo Constantini, vos Pétri gUidium hahetis in manibus ; jungamus dexteras, gladium gladio copulemus ^ : a J'ai le glaive de Constantin à la main^ et vous y avez celui de Pierre; donnons-nous la main, et joignons le glaive au glaive. » • Que ceux qui n'ont pas la foi assez vive pour craindre les coups invisibles de votre glaive spirituel tremblent à la vue du glaive royal. Ne craignez rien, saints évéques; si les hommes sont assez rebelles pour ne pas croire à vos paroles, qui sont celles de Jésus-Christ, des châtiments rigoureux leur en feront, malgré qu'ils en aient, sentir la force, a et la puissance royale ne vous manquera jamais, m
A cet admirable spectacle, qui ne s'écrierait encore une fois avec Balaam : Quam pulchra tabcmacula tua, Jacob! 0 Eglise catholique, que vous êtes belle ! le Saint-Esprit vous anime ; le Saint-Siège unit tous vos pasteurs; les rois font la garde autour de vous; qui ne respecterait votre puissance?