‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 55 sur 260 · SECOND POINT · texte numérisé non relu

SECOND POINT

Paraissez maintenant, sainte Eglise gallicane (a), avec vos évéques orthodoxes et avec vos rois très-chrétiens, et venez servir d'ornement à l'Eglise universelle. Et vous. Seigneur tout-puissant, qui avez comblé cette Eglise de tant de bienfaits , animez-moi de ce même esprit dont yous remplîtes

(a) En faisant apparaître pompeusement l'Eglise gallicane , il était bon de nous dire nettement ce qu'elle pensait d'elle-même. Se regarde-t-elle câmme la sœur utérine de l'Eglise d'Italie, de l'Eglise d'Espagne, de l'Eglise de Portugal? etc. Pourquoi donc affecter ces airs ambitieux? A coup sûr l'Eglise en France a été, est et sera un bel ornement de l'Eglise catholique romaine; français, nous sommes fiers de lui appartenir; mais ses sœurs sont-elles dignes de mépris, par comparaison? La sainte Eglise gallicane prétendrait- elle draper ses épaules d'un manteau de reine? Ce serait un orgueil insupportable et une usurpation insensée. Le langage oratoire ne dispense pas de parler net.

« Eadg., Or€^U ad Cler., tom. IX, Conc, col. 697.

LIVRB Vn. — CHAPITRB VIU. 99

Dayid, lorsqu'il chanta si noblement les grftces de l'ancien peuple, afin qu'à son exemple je puisse aujourd'hui, avec tant d'évêques et dans une si grande assemblée, célébrer vos miséricordes étemelles : Quoniam bonus, quoniam in œtemum misericordia ejm ^. C'est vous, Seigneur, qui excitâtes saint Pierre et ses successeurs à nous envoyer dès les premiers temps les évêques qui ont fondé nos Eglises. C'était le conseil de Dieu que la foi nous fût aimoncée par le Saint-Siège; afin qu'éternellement unis par des liens particuliers à ce centre commun de toute l'unité catholique, nous puissions dire avec un grand archevêque de Reims : « La sainte Eglise romaine, la mère, la nourrice et la maîtresse de toutes les Eglises, doit être consultée dans tous les doutes qui regardent la foi et les moeurs, principalement par ceux qui, conune nous, ont été engendrés en Jésus- Christ par son ministère, et nourris par elle du lait et de la doctrine catholique *. »

11 est vrai qu'il nous est venu d'Orient, et par le ministère de saint Polycarpe, une autre mission qui ne nous a pas été moins fructueuse. Cest de là que nous avons eu le vénérable vieillard saint Pothin, fondateur de la célèbre Eglise de Lyon; et encore le grand saint Irénée, successeur de son martyre aussi bien que de son siège; Irénée digne de son nom, et véritablement pacifique, qui fut envoyé à Rome et au pape saint Eleuthère de la part de l'Eglise gallicane *; ambassadeur de la paix, qui depuis la procura aux saintes Eglises d'Asie d'où il nous avait été envoyé ; qui retint le pape saint Victor, lorsqu'il les voulait retrancher de la communion; et qui^ présidant au concile des saints évêques des Gaules, dont il était réputé le père, fit connsutre à ce saint Pape qu'il ne fallait pas pousser toutes les affaires à l'extrémité, ni toujours user d'un droit rigoureux ^. Mais comme l'Eglise est une par tout l'univers, cette mission orientale n'a pas été moins favorable à l'autorité du Saint-Siège, que ceux que le Saint-Siège avait inunédiatement envoyés; et le même saint Irénée a prononcé cet oracle révéré de tous les siècles ^ : « Quand nous exposons la tradition que la très-grande , très-ancienne et très-célèbre Eglise romaine, fondée par les apôtres saint Pierre et samt Paul, a reçue des apôtres, et qu'elle a conservée jusqu'à nous par la succession de ses évoques, nous confondons tous les hérétiques, parce que c'est avec cette Eglise que toutes les Eglises et tous les fidèles qui sont par toute la terre doivent s'accorder, à cause de sa principale et excellente principauté, et que c'est en elle que ces mêmes fidèles, répandus par toute la terre, ont conservé la tradition qui vient des apôtres. »

* Ps. cxxxv, i. — * HiNCM., (U divort. Loth. et Teutb,, tom. I, pag. 561. — » EusEB., Hist, Eccl,, lib. V, cap. m, p. 168. Edit. Val, — * Ibid., c. xxm, vuy, p. 191, 192«— ^ S. lasN., lib, 111, cotUr. Bœru,, cap. m, p. 175.

iÛO HISTOIRE DE BOSSUET.

Appuyée sur ees solides fondements^ l'Eglise gallicane a été forte comme la tour de Dayid. Quand le perfide Arius voulut renverser^ arec la divinité du Fils de Dieu^ le fondement de la foi prêchée par saint Pierre^ et changer en création et en adoption la génération éternelle de ce Fils unique ; cette superbe hérésie^ soutenue par un empereur, ne trouva point de plas grand obstacle à ses progrès , que la constance et la foi de saint Athanase d'Alexandrie et de saint Hilaire de Poitiers; et malgré l'inégalité de ces deux sièges, les deux évêques furent égaux en gloire , comme ils l'étaient en courage.

Pour perpétuer cette gloire de l'Eglise gallicane, le célèbre saint Martin fut élevé sous la discipline de saint Hilaire; et cette Eglise, renouvelée par les exemples et par les miracles de cet homme incomparable , crut revoir le temps des apôtres : tant la Providence divine fut soigneuse de réveiller parmi nous l'ancien esprit, et d'y faire revivre les premières grâces.

Quand le temps fut arrivé que l'empire romain devait tomber en Occident, et que la Gaule devait devenir France, Dieu ne laissa pas longtemps sous des princes idolâtres une si noble partie de la chrétienté; et voulant transmettre aux rois des Français la garde de son Eglise, qu'il avait confiée aux empereurs, il donna non -seulement ^ la France, mais encore à tout l'Occident un nouveau Constantin en la personne de Qovis. La victoire miraculeuse qu'il envoya du ciel à ces deux princes guerriers , fut le gage de son amour , et le glorieux attrait qui leur fit embrasser le christianisme. La foi fut victorieuse , et la belliqueuse nation des Francs connut que le Dieu de Glotilde était le vrai Dieu des armées.

Alors saint Rémi vit en esprit qu'en engendrant en Jésus-Christ les rois de France avec leur peuple, il donnait à l'Eglise d'invincibles protecteurs. Ce grand saint et ce nouveau Samuel, appelé pour sacrer les rois, sacra ceux-ci, comme il dit lui-même, pour être <c les perpétuels défenseurs de l'Eglise et des pauvres ^; d digne objet de la royauté. Après leur avoir enseigné à faire fleurir les Eglises et à rendre les peuples heureux, (croyez que c'est lui-même qui vous parle, puisque je ne fais ici que réciter les paroles paternelles de cet apôtre des Français ) il priait Dieu nuit et jour qu'ils persévérassent dans la foi, et qu'ils régnassent selon les règles qu'il leur avait données, leur prédisant en même temps qu'en dilatant leur royaume, ils dilateraient celui de Jésus-Christ; et que, s'ils étaient fidèles à garder les lois qu'il leur prescrivait de la part de Dieu *, l'empire romain leur serait donné ; en sorte que des rois de France sortir aient des empereurs dignes de ce nom, qui feraient régner Jésus-Christ.

1 Testjam. S. Reh., ap. Flod., Ub. I, cap. xviil. — * Ibid,, et cap. xni.

Page 1