LIVRE Vîî. — CHAPntlË Vm. iÙ
de tel ]6ttg; msoA ce sage prince Totilait tout prévoir^ ^ôut ftffetmli'ruidMt dans tous les cas. Au reste^ les canons c[ue lui envoya Mû sage et iùfiiné ami^ le pape Adrien^ n'étaient qu'un abrégé de l'ancienne disciplitie^ que l'Eglise de France regarde toujours comme là source et le soutien de ëes libertés. Nous demandons encore d'être jugés par led canons envoyés k ée grand prince^ et^ sous un nouveau Gharlemagne^ nous souhaitons d'avoir toujours à vivre sous une semblable discipline.
Jamais règne n'a été ni si fort ni si éclairé; jamais prince n'a été moins guidé par un faux zèle; jamais on n'a mieux su distinguer les borùed des deux puissances. On voit parler^ dans les décrets du concile de Francfort^ tantôt les évêques seuls^ tantôt le prince seul, et tantôt les deux puissances ensemble ^ Je ne veux pas m'étendre sur les diverses matières qui donnèrent lieu à cette diversité; je remarquerai seulement que^ les évoques ayant prononcé seuls la condamnation de la nouvelle hérésie qu'on vit alors s'élever en Espagne \ ce grand roi sut bien trouver sa place dans une occasion si importante. Comme son savoir éclatait dans toute l'Eglise autant que son équité, les nouveaux hérétiques le prièrent de se rendre l'arbitre de la cause K Gharlemagne, pour les confondre par eux-mêmes, accepta l'offre; mais il savait comment un prince peut être arbitre en ces matières. Il consulta le Saint-Siège avant toutes choses; il écouta aussi les autres évêques, qu'Q trouva conformes à leur chef. C'est sur quoi se régla ce religieux prince; c'est par ce canal qu'il reçut la doctrine de l'Evangile et l'ancienne tradition de l'Eglise catholique ; c'est de là qu'il apprit ce qu'il fallait croire; et sans discuter davantage la matière, dans la lettre qu'il écrit aux nouveaux docteurs *, il leur envoie « les lettres, les décisions et les décrets formés par l'autorité ecclésiastique, les exhortant à s'y soumettre avec lui, et à ne se croire pas plus savants que l'Eglise tmiverselle , parce que, ajoutait ce grand prince, aprèsr ce concours de l'autorité apostolique et de l'unanimité synodale, vous ne pouvez plus éviter d'être tenus pour hérétiques, et nous n'osons plus avoir de communion avec vous. »
Qu'on n'impute point à la France des sentiments nouveaux ; voilà fous ses sentiments du temps de Gharlemagne : mais Charlemagne les avait
reçus de plus haut, et ils étaient venus des anciens Pères et dès Forigine du christianisme. Le Saint-Siège principalement, et le corps de l'épiseopat uni à son chef, c'est où il faut trouver le dépôt de la doctrine ecclésias-
tom. IX, Conc., col. 456. Capit. Àngilr. data, tom. II, Conc, Gall.^ pag. 100. Epist. can. ah Adr. Car. M. oblat. Conc., tom. VI, col. 1800. — ' Conc. Francof , can. I, II, can. m, v, can. rv, v, vi, vu, tom. II, Conc, Gall., pag. 193 et 8cq. *- * Ibid,, I, pag. 193, *- • Conc. Franco f. Episi, Car. M., pag, 188, — * Conc. Francof. Epist, Car. M.^ pag. 188, 190.
i04 HISTOIRE DE BOSSUET.
tiqae confiée aux évêques par les apôtres; car c'est aussi à cette unité qu'il est dit : « Qui vous écoute, m'écoute ^ ; » et encore : « Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle ' ; » et encore : « Vous êtes la lumière du monde ^ ; » et encore : a Dites-le à l'Eglise ; et s'il n'écoute pas l'Eglise, qu'il vous soit comme un gentil et un publicain *; )» et encore, pour me servir du même passage qui est ici allégué par Charlemagne : « Je serai toujours avec vous jusqu'à la consommation des siècles ^. » Ce grand prince, soumis le premier à cette règle, ne craint plus après cela de condamner les hérétiques, comme déjà condamnés par l'autorité de l'Eglise, et le jugement du Saint-Siège et du concile de Francfort devint le sien.
Est-il besoin de raconter ce que Charlemagne, à l'exemple du roi son père, ût pour la grandeur temporelle du Saint-Siège et de l'Eglise romaine ? Qui ne sait qu'elle doit à ces deux princes et à leur maison tout ce qu'elle possède de pays? Dieu, qui voulait que cette Eglise^ la mère commune de tous les royaumes, dans la suite ne fût dépendante d'aucun royaume dans le temporel, et que le siège où tous les fidèles devaient garder l'unité à la fin fût mis au-dessus des partialités que les divers intérêts et les jalousies d'Etat pourraient causer, jeta les fondements de ce grand dessein par Pépin et par Charlemagne. C'est par une heureuse suite de leur libéralité que l'Eglise, indépendante dans son chef de toutes les puissances temporelles, se voit en état d'exercer plus librement, pour le bien commun et sous la commune protection des rois chrétiens, cette puissance céleste de régir les âmes; et que, tenant en main la balance droite au miUeu de tant d'empires souvent ennemis, elle entretient l'unité dans tout le corps, tantôt par d'inflexibles décrets, et tantôt par de sages tempéraments.
L'empire sortit trop tôt d'ime maison et d'une nation si bienfaisante envers l'Eglise. Rome eut des msdtres fâcheux, et les papes avaient tout à craindre tant des empereurs que d'un peuple séditieux ; mais ils trouvèrent toujours en nos rois ces chaiitables voisins que le pape Pelage II avait espérés. La France, plus favorable à leur puissance sacrée que l'ItaUe et que Rome même, leur devint comjne un second siège où ils tenaient leurs conciles, et d'où ils faisaient entendre leurs oracles par toute l'Eglise. Troyes, et Qermont, et Toulouse, et Tours, et Reims plusieurs fois, et les autres villes le peuvent dire; pour ne point parler ici de deux conciles universels tenus à Lyon, et d'un autre concile imiversel tenu à Vienne : tant les papes ont pris plaisir à faù:e les actes les plus importants et les
1 Luc, X, 16. — • Matth,, xvi, 18. — » Ibid,, v, 14. — * Ibtd., xviu, » Ihid.f xxvm, 20.