‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 58 sur 260 · LIVRE Vn. — CHAPITRE VÎU · texte numérisé non relu

LIVRE Vn. — CHAPITRE VÎU

plus authentiques de lIEglisè^ dans le sein et avec la fidèle coopération de l'Eglise gallicane.

Cependant la troisième race était montée sur le trône; race encore plus pieuse que les deux autres; qui aussi a toujours vu augmenter sa gloire ; qui seule dans tout l'univers y et depuis le commencement du monde^ se voit sans intemiption depuis sept cents ans toujours couronnée et toujours régnante; race enfin qui devait donner saint Louis au monde; en laquelle le monde étonné voit encore aujourd'hui de si grandes choses , et en attend de plus grandes. Vous dirai-je combien de fois et en quels termes elle a été bénie par le Saint-Siège? Sous cette race la France est a unroyaume chéri et béni de Dieu ^ un royaume dont l'exaltation est inséparable de celle du Saint-Siège \ » im royaume...; mais si j'entreprenais de tout raconter, le jour n'y suffirait pas.

Aussi faut-il avouer qu'il y a eu dans ses rois, avec beaucoup de religion, une noblesse qui les a fait révérer de toute la terre, et qui les a mis au-dessus des autres rois. Quand les empereurs se vantaient de combattre pour les intérêts communs des rois, les nôtres ont su trouver dans une plus noble constitution de leur Etat, et dans une plus grande hauteur de lear couronne, une plus sûre défense; puisque, sans qu'ils eussent besoin de se remuer , leur majesté ne fut pas même attaquée dans ces premiers temps, et que jamais ils n'ont été obligés ni à soutenir des guerres, ni, ce qui est bien plus horrible, à faire des schismes pour la défendre.

Ces rois, aussi bienfaisants que religieux, loin de profiter de la faiblesse des papes, toujom's réfugiés dans leur royaume, se relâchaient volontairement de quelques-uns de leurs droits, plutôt que de troubler la paix de l'Eglise ; et pendant que saint Thomas de Cantorbéry était banni d'Angleterre comme ennemi des droits de la royauté, la France, plus équitable , le recevait dans son sein comme le martyr des libertés ecclésiastiques, rîos rois donnèrent cet exemple à tout l'univers. L'Eglise, qu'ils honoraient, les honorait à son tour; et l'égalité, tant recommandée par l'Apôtre , s'entretenait par de mutuelles reconnaissances.

La piété se ralentissait, et les désordres se multipliaient dans toute la terre. Dieu n'oubUa pas la France : au milieu de la barbarie et de l'ignorance, elle produisit saint Bernard, apôtre, prophète, ange terrestre, par sa doctrine, par sa prédication, par ses miracles étonnants, et par une vie encore plus étonnante que ses miracles. C'est lui qui réveilla dans ce royaume et qui répandit dans tout l'univers l'esprit de piété et de pénitence. Jamais sujet

^ Alex. III, Epist, xxx, tom. X, Conc, col. 1212. Innoc. III , Greq. IX , tom. XI, Ccinc. part, i, col. 27, 367.

106 HISTOtRE DE BOSSUET.

ne fut plus zélé pour son prince; jamais prêtre ne fut plus soumis à Fépi»* copat; jamais enfant de TEglise ne défendit mieux l'autorité apostolique de sa mère l'Eglise romaine. Il regardait dans le Pape seul tout ce qu'il y avait de plus grand dans l'un et l'autre Testament; un Abraham, un Melchisédech, un Moïse ^ un Aaron^ un saint Pierre, en un mot^ Jésus-Christ même ^ Mais afin qu'une autorité, sur laquelle l'Eglise est fondée , fbi plus sainte et plus vénérable à tous les peuples, il ne cessa d'en séparer, autant qu'il pouvait, ce qui semblait plutôt la déshonorer que l'agrandir.

Tout est à vous, disait-il 3, tout dépend du chef; mais c'est avec un certain ordre. On ferait im monstre du corps humain, si on attachait immédiatement tous les membres à la tète : c'est par les évèques et les archevêques qu'on doit venir au Saint-Siège : ne troublez point cette hiérarchie, qui est l'image de celle des anges. Vous pouvez tout, il est vrai; mais un de vos ancêtres disait : a Tout m'est permis , mais tout n'est pas convenable ^. » Vous avez la plénitude de la puissance; mais rien ne convient mieux à la puissance que la règle. Enfin l'Eglise romaine est la mère des Eglises *, mais non une maîtresse impérieuse; et vous êtes, non pas le seigneur des évèques, mais l'un d'eux : paroles que ce saint homme n'a pas proférées pour affaiblir une autorité qu'il a fait révérer à toute la terre ; mais afin de rappeler en la mémoire du successeur de saint Pierre cette excellente doctrine , que Jésus-Christ qui Ta élevé à une si grande puissance n'a pas voulu néanmoins lui donner un caractère supérieur à celui de l'épiscopat; afin que, dans cette haute élévation, il prit soin de conserver dans tous les évèques la dignité d'un caractère qui lui est commun avec eux, et qu'il songeât qu'il j a toujours, avec ime grande autorité, quelque chose de doux et de fraternel dans le gouvernement ecclésiastique ; puisque si le Pape doit gouverner les évèques , il les doit aussi gouverner par les lois communes que le Saint-Siège a faites siennes en les confirmant. C'est ce que disent tous les papes ; et encore qu'ils puissent dispenser des lois pour l'utilité publique ^, le plus naturel exercice de leur puissance est de les faire observer en les observant les premiers, comme ils en ont toujours fait profession dès l'origine du christianisme. Voilà ce que disait saint Bernard et tous les saints de ce temps; voilà ce qu'ont toujours dit ceux qui ont été parmi nous les plus pieux. C'est aussi ce qui obligea le roi le plus saint qui ait jamais porté la couronne, le plus soumis au Saint-Siège, et le plus ardent défenseur de la foi romaine (vous reconnaissez saint Louis) à persévérer dans ces maximes, et à publier une

* S. Bërn., de Consid., lib. II, cap.viii, et lib. lY, cap.vii, tom. I, col. 422, 444. — • Ibid., lib. III, cap. iv, col. 433. — » I Cor., x, 22. — ♦ S. Been., Ibid.j lib. lY, c.vii, col* 444.^ & S* Bern., ibid., lib. III, cap. iv, col. 433.

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