LIVRE Vn. — GHÀPITRB Vm. i
prmgmatiqae (a) pour mamtenir dans son royaume « le droit commun et la puissance des ordinaires, selon les concile^ généraux et les institutions des saints Pères K )»
Ne demandez plus ce que c'est c[ue les libertés de TEglise gallicane. Les Yoilà toutes dans ces précieuses paroles de l'ordonnance de saint Louis; nous n'en voulons jamais connaître d'autres. Nous mettons notre liberté à être sujets aux canons^ et plût à Dieu que l'exécution en fût aussi eOectire dans la pratique^ que cette profession est magnifique dans nos livres. Quoi qu'il en soit^ c'est notre loi; nous faisons consister notre liberté à marcher^ autant qu'il se peut^ a dans le droit commun » qui est le principe^ ou plutôt le fond de tout le bon ordre de l'Eglise ; <c sous la puissance canonique des ordinaires , selon les conciles généraux et les institutions des saints Pères : ^ état bien différent de celui où la dureté de nos cœurs plutôt que l'indulgence des souverains dispensateurs nous a jetés; où les privilèges accablent les lois; où les grâces semblent vouloir prendre la place du droit commun^ tant elles se multiplient; où tant de règles ne subsistent plus que dans la formalité qu'il faut observer d'en demander la dispense ; et plût à Dieu que ces formules conservent du moins ^ avec le souvenir des canons, l'espérance de les rétablir. C'est l'intention du Saint Siège;
(a) La Pragmatique sanction^ n'est qu'une œuvre apocryphe, une entreprise sournoise et anonyme des légistes courtisans du XV® siècle. Ce point de l'histoire est aujourd'hui tellement éclairé, que le doute n'a plus de place dans un esprit tant soit peu sérieux. Ce fétiche , adoré par les parlements et les jansénistes, git dans la poussière et doit être relégué dans les temps fabuleux. (Voyez notice historique de M. Lâchât, tom. XI, pag. 586) Sans doute Bossuet croyait à l'authenticité de cette pièce trop vantée, mais il est fâcheux qu'il se soit appuyé sur un fondement aussi ruineux, et ait négligé le soin de remonter aux sources. Les libertés gallicanes sont donc aussi fausses dans leur origine que funestes et abusives dans leur usage. Tout le magnifique échafaudage de Torateur croule comme un château de cartes. Notez, du reste, que si le Pape n'est pas infaillible, dans la conduite, le roi saint Louis l'est absolument ; sa pragmatique est un autre évangile, contre lequel rien ne saurait prévaloir. fiex locutus estj, causa finita est.
>> Prag. S. LUD.
i08 HISTOIRE DE BOSSUET.
c'en est Tesprit : il est certain. Mais s'il faut> autant qu'il se peat , tendre au renouvellement des anciens canons, combien religieusement faut-il conserver ce qui en reste , et surtout ce qui est le fondement de la discipline ? Si vous voyez donc vos évèques demander humblement au Pape l'inviolable conservation de ces canons et de la puissance ordinaire dans tous ses degrés, souvenez-vous qu'ils ne font que marcher sur les pas de saint Louis et de Charlemagne, et imiter les saints dont ils remplissent les chaires. Ce n'est pas nous diviser d'avec le Saint-Siège, à Dieu ne plaise ; c'est au contraire conserver avec soin jusqu'aux moindres fibres, qui tiennent les membres unis avec le chef. Ce n'est pas diminuer la plénitude de la puissance apostolique : l'Océan même a ses bornes dans sa plénitude ; et s'il les outrepassait sans mesure aucune, sa plénitude serait un déluge qui ravagerait tout l'tmivers (a).
[a) Cette comparaison de l'Océan brille par le style plus que par la logique. V Océan a des bornes dans sa plénitude^ oui, mais quelle main humaine les a posées? qui lui a dit : Tu iras jusque là et non plus loin? La même main toute-puissante qui a creusé le lit de rOcéan, a tracé les bornes de la puissance apostolique, et elle seule pouvait le faire avec la plénitude de la sagesse. Nulle main humaine n'a osé s'étendre sur cette arche sacrée , ni celle des plus grands docteurs, ni celle des plus célèbres écoles de théologie, ni même celle des conciles œcuméniques. Ni saint Louis, ni ses suecesseurs n'ont pas même l'ombre d'un droit, pour poser une borne quelconque à l'autorité de Pierre. Et qui sont ces Oza téméraires , assemblés de mandato regio, qui vont délimiter la puissance de celui qui est leur supérieur de droit divin? qui leur a confié ce soin? d'où vient leur mission ? quoi 1 vous allez jusqu'à supposer que Jésus-Christ a confié le gouvernement plenier de son Eglise à un insensé qui est capable d'outrepasser sans mesures la puissance, et de se répandre en un déluge qui ravagerait toute r Eglise 1 Cette étrange supposition nous parait quelque peu blasphématoire. Etait-il nécessaire de passer par ce triste chemin pour aboutir à la fameuse déclaration qui suit : a La puissance du Saint-Siège est si haute et si éminente, qu'il n'y a rien au-dessus que toute l'Eglise catholique ensemble? » L'orateur ne craint pas d'ajouter à cette énormité une autre énormité plus inexcusable, a ces maximes sont de tous les siècles... Lafrajice