‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 60 sur 260 · LIVRE Vn. — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE Vn. — CHAPITRE VIII

Au reste 9 la puissance qu'il faut reconnaître dans le Saint-Siège est si haute et si émineute^ si chère et si vénérable à tous les fidèles ^ qu'il n'y a rien au-dessus que toute TËglise catholique ensemble ; encore faut-il sayoir connaître les besoins extraordinaires et les extrêmes périls où il faut que tout s'assemble et se réunisse. Ces maximes sont de tous les sièdes^ mais dans l'un des derniers siècles^ un besoin pressant de l'Eglise^ un grand mal^ un schisme effroyable ^ obligea toute l'Eglise à les expliquer^ et à les mettre en pratique d'une façon plus expresse dans le saint concile de Pise et dans le saint concile de Constance. La France fut la plus zélée à les soutenir; mais la France fut suivie de toute l'Eglise. Ces maximes supposées comme indubitables du commun consentement des Papes^ de tous les évèques et de tous les fidèles^ rétablirent l'autorité du Saint-Siège affaiblie par les divisions. Ces maximes mirent fin au schisme, extirpèrent les hérésies que le schisme fortifiait, et firent espérer au monde, malgré la dépravation des mœurs, la réforme universelle de la discipline dans toute la chrétienté, sans rien excepter.

Ces maximes demeureront toujours en dépôt dans l'Eglise catholique. Les esprits inquiets et turbulents voudront s'en servir pour brouiller; mais les humbles, les pacifiques, les vrais enfants de l'Eglise s'en serviront toujours selon la règle , dans les vrais besoins et pour des biens effectifs. Les cas où on le doit faire seraient aisés à marquer, puisqu'ils sont si clairement expliqués dans les décrets du concile de Constance ^ ; mais il vaut mieux espérer que la déplorable nécessité de réfléchir sur ces cas n'arrivera pas, et que nos jours ne seront pas assez malheureux pour avoir besoin de tels remèdes ! Ah ! si le nom de concile œcuménique, nom

fut la plus zélée à les soutenir ; mais la France fut suivie de toute l'Eglise Ces maximes supposées comme indubitables, du commun consentement des Papes^ de tous les évêques. » Ce triple défi, jeté à la doctrine, à l'histoire et à la raison, est tellement étourdissant, qu'on sent le besoin de se remettre sur ses pieds. L'idée de transformer les Papes en gallicans est un tour de force qui dut étonner M. de Colbert lui-même. Tout le reste de ce passage, bâti sur le faux, n'est qu'une suite d'incohérences qui montrent l'embarras de l'orateur, et l'assemblée qui y applaudit fait preuve d'une ignorance que notre siècle se refuse à comprendre. Nous reviendrons sur la question du concile de Constance et la prééminence des conciles, dans l'Eglise.

* Sess. V.

i iO HISTOIRE DE BÛSSUET.

si saint et si yénérable, doit être employé , que ce ne soit pas en matière contentieuse et pour faire durer de funestes divisions; mais plutôt pour réunir la chrétienté déchirée par tant de schismes et pour travailler à Tœuvre de reformations qui jamais n'est achevée durant cette rie ! Cependant conservons ces fortes maximes de nos pères, que l'Eglise gallicane a trouvées dans la tradition de l'Eglise universelle; que les Universités du royaume, et principalement celle de Paris, ont apprises des saints évêques et des saints docteurs, qui ont toujours éclairé l'Eglise de France, sans que le Saint^iége ait diminué les éloges qu'il a donnés à ces fameuses Universités ^ Au contraire, c'est en sortant du concile de Bâle, où ces maximes avaient été renouvelées avec Tapplaudissement de tout le royaume, que Pie II qui le savait, puisqu'il avait autrefois prêté sa plume à ce concile, s'adressant à un évêque de Paris, dans l'assemblée générale de tous les princes chrétiens, lui parla ainsi de la France ' : « La France a beaucoup d'Universités, parmi lesquelles la vôtre, mon vénérable frère, est la plus illustre , parce qu'on y enseigne si bien la Ûiéologie , et que c'est un si grand honneur d'y pouvoir mériter le titre de docteur : de sorte que le florissant royaume de France, avec tous les avantages de la natiu^e et de la fortune, a encore ceux de la doctrine et de la pure religion, n Voilà ce que dit un savant pape, qui n'ignorait pas nos sentiments, puisqu'ils étaient alors dans leur plus grande vigueur; et je puis dire qu'il en approuve le fond dans la bulle ' , où en révoquant ce qu'il avait dit avant son exaltation en faveur du concile de Bàle, il déclare qu'il n'en révère pas moins le concile de Constance, dont il embrasse les décrets , et nommément ceux où l'autorité et la puissance des conciles est expliquée.

Il savait bien que la France n'abusait point de ces maximes, puisque même elle venait de donner un exemple incomparable de modération dans la célèbre assemblée de Bourges, où, louant les Pères de Bâle qui soutenaient ces maximes , elle rejeta l'explication outrée qu'ils en firent contre le pape Eugène IV. Nos libertés furent défendues ; le pape fut reconnu ; le schisme fut éteint dans sa naissance ; tout fut pacifié : qui fit un si grand ouvrage? un grand roi fidèlement assisté par le plus docte clergé qui fût au monde.

Jamais il ne fut tant parlé des libertés de l'Eglise, et jamais il n'en fiit posé un plus solide fondement que dans ces paroles immortelles de Charles Vil : « Comme c'est,, ditril *, le devoir des prélats d'annoncer avec liberté la vérité qu'ils ont apprise de Jésus-Christ, c'est aussi le devoir du prince et de la recevoir de leur bouche, prouvée par les Ecritures, et de

1 Urban. VI, Epist II ; tom. XI, Cane., col. 2048.^ ^ Plus 1, in Canv, Mont., tom. XIII, Conc, col. 1771. — » Bulla retract. Pii II. Ibid., col. 1407.—^ Prag. Car., VII.

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