CHAPITRE II
Thèses soutenues en Sorbonne sur l'autorité du Pape. — Intervention de la cour et des parlements. — Six articles proposés à la signature des docteurs. — Refus. — Mesures de rigueur employées contre les récalcitrants.
Alexandre VIII, qui occupait alors la chaire pontificale, était particulièrement odieux aux Jansénistes, à cause du zèle tout apostolique qu'il mettait à poursuivre leurs erreurs et du formulaire de foi qu'il venait d'opposer à leurs subterfuges. Aussi n'est-il sorte d'injures et de calomnies que la secte ne se permît contre ce grand pape. Les graves démêlés du Pontife avec Louis XIV, la susceptibilité du roi, l'injuste prétention des parlements, tout fut mis à profit par la haine du parti janséniste et servit à ses vengeances.
* Voyez cette célèbre harangue du cardinal dans les procès-verbaui de rassemblée. — Rohrbacher, tome XXV,
- A cette époque, les discussions théologiques et politico-religieuses se croisaient en tout sens ; le richérisme favorisait trop les Parlements pour n'y avoir pas laissé des*traces profondes ; ces cours naturellement ennemies de TEglise^ de ses constitutions, de tout ce qui forme sa puissante autonomie S s'avançaient à pleines •voiles dans les eaux bourbeuses du jansénisme. Les historiens qui supposent que la nouvelle doctrine plaisait aux magistrats^ parce qu'elle s'adaptait mieux à Taustérité de leurs mœurs, se trompent. Ce qui leur convenait essentiellement, c'était son antagonisme déclaré contre le Siège apostolique; car leur morale et surtout leur intégrité étaient plus que problématiques, comme nous l'apprend Bourdaloue, en maint endroit de ses sermons.
Le roi^ étant en querelles avec la cour romaine, voyait sans déplaisir les entreprises qui avaient pour but de restreindre l'autorité et les prérogatives du souverain Pontife. Parmi les magistrats^ les fonctionnaires^ les lettrés^ les théologiens, le clergé^ une foule de lâches^ de timides, d'intéressés^ de complaisants et d'ignorants, croyaient faire leur cour , les uns en invectivant contre le Saint-Siège, les autres en accusant le Pape, d'autres, moins irrespectueux, en chargeant plus ou moins violemment sur son entourage. Le même spectacle se renouvelle de nos jours, scène par scène; les acteurs seuls ont changé de masque. Cette guerre hypocrite dura plus de trente ans, et il ne faut point chercher ailleurs la source de tous les maux dont nous souffrons depuis deux siècles. La terrible vengeance que Dieu en a tirée n'a rien de surprenant, et le dernier coup n'est pas encore frappé.
Malgré les efforts de l'hérésie et les entreprises plus ou moins avouées des courtisans, le Saint-Siège comptait en France de trèsnombreux et zélés défenseurs. La plus notable portion était fournie par les ordres religieux, et en particulier par celui des jésuites. La Sorbonne elle-même, quoique infectée par le jansénisme et le parlementarisme , résistait avec courage aux flots tumultueux -qui battaient la barque de Pierre.
La question de rinfaillibilité du Pontife romain , parlant ex ca-
* Voyez le curieux livre qui a pour titre ; Les Légistes, par M. Coquille.