‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 7 sur 260 · LIVRE VII. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE II

thedra^ n'avait jamais rencontré d'opposants que parmi ces esprits chagrins et téméraires qui 'flottent toi]gours entre Terreur et la vérité^ et se laissent emporter, par leur vain orgueil ou leur faux jugement , à tout vent de doctrines suspectes. Les hommes les plus sages et les mieux éclairés^ ceux enfin qui font autorité dans un pays, ne bronchaient pas sur ce point fondamental , témoins les Yincent-de-Paul^ les Ollier, les de Condren^ les Duperron, les Pierre de Marca^ et cent autres qui ont édifié la société chrétienne par leurs écrits ou leur sainte vie. Le bélier des jansénistes fut tout d'abord dirigé contre ce mur qui abrite la vraie foi^ et les . Parlements ne manquèrent pas de prêter main-forte aux dangereux assaillants. Dès 4655, le Parlement de Paris se met à poursuivre avec acharnement les thèses de la Sorbonne, que de courageux bacheliers ou docteurs soutiennent pour affirmer les droits du Pape. Une de ces thèses^ soutenue, en 1664, au collège de Glermont^ devenu plus tard, collège de Louis-le-Grand, fit un bruit considérable ^ Elle contenait ces trois propositions : a l"" Le CImst est la tète de TËglise , et en remontant au ciel , c'est à Pierre et à ses successeurs qu'il a confié le gouvernement de l'Eglise. ^'^ L'infaillibilité qui appartenait à Jésus-Christ est passée à Pierre et à ses successeurs, toutes les fois qu'ils parlent ex cathedrd. S"" Donc^ il existe, dans TEglise romaine, un juge inJEedllible de la foi^ même en dehors du Concile général^ tant dans les questions de droit que dans les questions de fait. »

a Avant que la thèse ne passât en Sorbonne, dit le P. Rapin , le nonce fut averti par des gens bien intentionnés que ces propositions étaient capables de remuer les esprits, et qu'il n'était nullement à propos de toucher à cette question , sur laquelle on cherchait à chicaner pour jeter de nouveaux embarras dans ce que le roi venait dérégler. Le nonce alla trou ver le P. Ânnat à Saint-Louis *

^ Voyez Bonix^ Jtevue des sciences ecclésiastiques, année 1863^ août^ septembre. — Voyez aussi le récit du P. Rapin, en note, à la fin du livre. — Jd. VAnti-Febronius et YAnti-Febronius vindicatus; ces deux ouvrages contiennent de précieux et solides documents sur la question dont nous parlons. — Rapin^ Mémoires, liv. xv et xvi.

'Maiâon professe des jésuites rue Saint-Antoine, devenue aujourd'hui lycée Gharlemagne, et dont Téglise est le siège de la paro isse Saint-Paul.

pour lui en donner avis. Le P. Annal mtra dans le sentiment du nonce et dans toutes ses .vues; il jugea à propos de la faire supprimer. Le P. Jean Bagot^ vieux théologien du collège de Clermont^ n'en fut pas d'avis, parce que, la thèse étant imprimée et répandue dans la ville par les invitations que le soutenant^ qui cherchait à avoir du monde, avait déjà faites, on lui dit que cet avantage qu'on donnerait aux jansénistes de la supprimer pourrait nuire au formulaire dressé par rassemblée, reçu en Sorbonne et dont tout le monde convenait « Le P. Claude Fraguier S préfet alors des hautes études au collège^ fut de Tavis du P. Bagot par un intérêt secret. C'était un bon esprit^ grand théologien^ mais délicat sur Thonneur, et paresseux. La thèse n'avait paru que sur son approbation, qu'il fallait révoquer ; on prétend qu'il la laissa passer sans se donner la peine de l'examiner ; il y allait de son honneur qu'elle fiit soutenue : il n'en vit pas les suites ou ne les voulut pas voir, et^ trouvant le P. Bagot de son sentiment^ il l'emporta. Elle fut soutenue dans une assez grande assemblée, mais attaquée de personne.

Cependant les jansénistes, qui s'étaient saisis de plusieurs exem* plaires de cette thèse^ en font des trophées partout comme d'une nouvelle entreprise des Jésuites contre la couronne ; on la porte aux ministres avec des interprétations très - odieuses du pouvoir du Pape sur les rois. Le Tellier, gagné par son fils , l'abbé ^, qui commençait alors à bi:iller en Sorbonne ^ dont il prenait l'esprit contre les Jésuites ^ et gouverné par son répétiteur^ nommé Co-

» Claude Fraguier, frère de François, conseilleç au parlement de Paris^ né en 1610, admis dans la Compagnie de Jésus en 1626, après ayoir été professeur de théologie, préfet des études à Paris et recteur du collège d'Orléans, fut cédé à la province de Toulouse, sur la demande de Louis de Vautorte, évoque de Leetoure. 11 mourut à Toulouse le 2 avril 1667.

* Charles-Maurice Le Tellier, fils de Michel, chancelier de France^ et d'Elisabeth Turpin de Vauvredon, né à Turin en 1642, sacré archevêque de Nazianze, coa4Juteur de Keims le 11 novembre 1668, archevêque de Reims le 3 août 1671, mourut subitement le 22 février 1710. Orgueilleux comme Louvois, son frère atné, il professait la morale sévère sans la' pratiquer. C'est le héros de l'aventure de Nanterre si joliment racontée par U^^ de Sévigné : « L'archevêque de Reims revenait hier fort vite de Saint-Germain; c'était comme un tourbiUonj il croit bien èUre graad seigneur, ses gens le croient encore plus que lui*** ^•» Lettre du 5 février 1674«

Page 1