‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 61 sur 260 · LIVRE VII. — CHAPITRE VtlI · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE VtlI

Tezécater ayec efficace. )» Voilà en effet le vrai fondement des libertés de FËglise : alors elle est yraiment libre^ quand elle dit la yérité ^ quand elle la dit aux rois qui l'aiment naturellement^ et qu'ils Técoutent de leur bouche ; car alors s'accomplit cet oracle du Fils de Dieu : « Vous connaîtrez la yérité y et la yérité yous déliyrera ^ et yous serez yraiment libres * (a). »

Nous sommes accoutumés à yoir agir nos rois très-chrétiens dans cet esprit. Depuis le temps qu'ils se sont rangés sous la discipline de saint Remi^ ils n'ont jamais manqué d'écouter leurs éyêques orthodoxes. L'empire romain yit succéder au premier empereur chrétien un empereur hérétique. La succession des empereurs a souvent été déshonorée par de semblables désordres. Mais pour ne point reprocher aux autres royaumes leur malheureux sort, contentons-nous de dire, ayec humilité et actions de grâces, que la France est le seul royaume qui jamais, depuis tant de siècles, n'a yu changer la foi de ses rois : elle n'en a jamais eu depuis plus de douze cents ans , qui n'ait été enfant de l'Eglise cathoUque : le trône royal est sans tache et toujours uni au Saint-Siège; il semble ayoir participé à la fermeté de cette pierre : Gratias Veo super inenarrabili dono ejtis : ce Grâces à Dieu sur ce don inexplicable de sa bonté '. »

En écoutant leurs évoques dans la prédication de la vraie foi, c'était une suite naturelle que ces rois les écoutassent dans ce qui regarde la discipline ecclésiastique , loin de vouloir faire en ce point la loi à l'Eglise, un empereur, roi de France, disait aux évéques* : « Je veux qu'appuyés de notre secours et secondés de notre puissance, comme le bon ordre le prescrit : » Farmilante,ut decet, potestcUe nostra, (pesez ces paroles; et remarquez que la puissance royale, qui partout ailleurs veut dominer , et avec raison , ici ne veut que servir. ) « Je veux donc, dit cet empereur, que, secondés et servis par notre puissance, vous puissiez exécuter ce que votre autorité demande : » paroles dignes des maîtres du monde, qui ne sont jamais plus dignes de l'être, ni plus assurés sur leur trône, que lorsqu'ils font respecter l'ordre que Dieu a établi (h).

(a) Hélas 1 c'est bien en partie par ces maximes que la France eût péri, si Dieu ne l'avait conservée 1 c'est bien par ces maximes que la monarchie trop adulée de Louis XIV a été renversée et ses débris jetés aux quatre vents du ciell

{b) Tout ce passage n'est qu'une vaine logomachie, et on met

1 Joan,, VIII, 32, 36. — * II Cor., ix, 15. — « lud. Pitis, Capit,^ an. 823. Ba- Luz.^ tom. I, p. 634. Ep, Venil. Sen, ad Amul, Lugd, Ctme, GalL, tom. HI, p. 67.

412 HISTOIRE DE BOSSUËT.

Ce langage était ordinaire aux rois très-chrétiens ; et ce que faisaient ces pieux princes^ ils ne cessaient de l'inspirer à leurs offîciers. Malheur, malheur à l'Eglise , quand les deux juridictions ont commencé à se regarder d'un œil jaloux ! 0 plaie du christianisme ! Ministres de l'Eglise, ministres des rois^ et ministres du Roi des rois les uns et les autres, quoi-

sur le compte des anciens docteurs de Paris, pris dans leur ensemble^ une puérilité qu'ils auraient repoussée avec une juste indignation. De deux choses l'une, ou la chaire de Pierre a la plénitude de la puissance apostolique^ ou elle ne Ta pas. Si elle la possède, elle s'élève nécessairement au-dessus de tout. Si elle ne s'élève pas au-dessus de tout, elle reconnaît une puissance supérieure, donc elle n'a pas la plénitude. Est-ce clair? Bossuet n'a pu ignorer que les lois communes de l'Eglise^ les canonà, pris en termes généraux, émanent tout à la fois des conciles et des constitutions apostoliques, des Papes par conséquent. Il convient que les lois édictées par les conciles , TËgiise romaine les a faites siennes, par son acceptation, par la plénitude de son autorité; or, ou vous concluez qu'un pouvoir souverain ne peut changer, modifier, abroger ce qu'il a fait, et votre conclusion est absurde ; ou bien , vous affirmez que le pape est tellement renfermé dans les lois générales de l'Eglise qu'il ne peut en sortir par aucune raison, et votre proposition est fausse, erronée; vous frôlez l'erreur du synode de Pistoie, qui ne reconnaît au pape qu'un pouvoir purement ministériel dans l'Eglise, erreur solennellement et très-justement condamnée. Le droit de détruire ses propres décrets^ c'est l'essence même du pouvoir suprême que lésus- Christ' a donné à Pierre ; si vous l'ôtez au pape, vous en faites un roi constitutionnel qui règne et ne gouverne pas. Seulement le Pape use de ce droit pour l'édification de la société, et non pour sa ruine , comme vous le supposez gratuitement et contre le témoignage de l'histoire.

La sainte Eglise gallicane , eût-elle cent fois plus d'autorité que nous ne lui en reconnaissons, cent fois plus de raison qu'elle n'en a montré depuis deux siècles , n'a pas d'autres devoir vis-àvis du Saint-Siège, que celui d'obék avec soumission et respect, comme les autres Eglises.

Page 1