‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 62 sur 260 · LIVRE VU. — CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VU. — CHAPITRE VIII

gae établis d'une manière différente , ah ! pourquoi vous diyisiez-yous ? l'ordre de Dieu est-il opposé à l'ordre de Dieu! hé! pourquoi ne songez- Tous pas que vos fonctions sont unies^ que servir Dieu c'est servir l'Etat^ que servir l'Etat c'est servir Dieu ? Mais l'autorité est aveugle ; l'autorité veut toujours monter^ toujours s'étendre; l'autorité se croit dégradée quand on lui montre ses bornes. Pourquoi accuser l'autorité ? accusons l'orgueil^ et disons comme l'Apôtre disait de la loi : « L'autorité est sainte^ et juste et bonne ^; p sainte , elle vient de Dieu; juste^ elle conserve le bien à un chacun; bonne ^ elle assure le repos public : « mais l'iniquité^ afin de paraître iniquité se sert » de l'autorité pour mal faire; en sorte que l'iniquitQ est souverainement inique^ quand elle pèche par l'autorité que Dieu a établie pour le bien des hommes, (a)

{a) De quelle autorité l'orateur entend-il parler? Est-ce de Tautorité royale? Elle monte en effet, monte toujours. Elle monte pour la satisfaction de son orgueil^ de son ambition, de son vain luze^ de ses passions scandaleuses, beaucoup plus que pour Tédi- Ûcation de la société et le bonheur du peuple conûé par Dieu à sa sollicitude; elle monte, beaucoup plus pour ravir au citoyen les droits qu'il tient de sa création et de sa régénération baptismale que pour les garantir contre l'oppression et l'avidité des puissants. Elle monte, monte toujours^ au mépris des droits sacrés de TEglise et des prérogatives de son chef divinement institué.. • .

S'agit- il de l'autorité épîscopale? Si nous prêtons l'oreille aux plaintes du clergé inférieur, nous saurons qu'elle monte aussi, sur plusieurs points, monte toujours; monte assez pour ne vouloir reconnaître aucune autorité supérieure à la sienne^ pour fouler aux pieds ces canons tant invoqués, pour substituer l'arbitraire à la loi, le favoritisme à Téquité, la dureté du commandement au régime paternel et doux dont TEglise et les canons lui font un pressant devoir... Mais n'équivoquons point.

Ce paragraphe et le suivant, qui sonnent comme un écho de Fra Paolo, sont évidemment dirigés contre le siège de Rome. C'est à Rome que V autorité est aveugle ; que V autorité veut tou-jours monter^ toujours s'étendre, se croit dégradée quand on lui

^ Rom. y vii^ 12.

Ii4 HISTOIRE DE BOSSUET.

Nos rois n'ont rien oublié pour empêcher ce désordre. Leurs capitulaires ne parlent pas moins fortement pour les évéques que les conciles. C'est dans les capitulaires des rois qu'il est ordonné aux deux puissances^ au lieu d'entreprendre l'une sur l'autre, a de s'aider mutuellement dans leurs fonctions, » et qu'il est ordonné en particulier aux comtes , aux juges, à ceux qui ont en main l'autorité royale, d'être ce obéissants aux évêques : p c'est ce que portait lordonnance de Charlemagne ; et ce grand prince ajoutait « qu'il ne pouvait tenir pour de fidèles sujets ceux qui n'étaient pas fidèles à Dieu, ni en espérer une sincère obéissance, lorsqu'ils ne la rendaient pas aux ministres de Jésus-Christ, dans ce qui regardait les causes de Dieu et les intérêts de l'Eglise ^ » C'était parler en prince habile, qui sait en quoi l'obéissance est due aux évêques , et ne confond point les bornes des deux puissances : il mérite d'autant plus d'en être cru. Selon ses ordonnances, on laisse aux évêques l'autorité tout entière dans les causes de Dieu, et dans les intérêts de l'Eglise; et avec raison, puisqu'en cela l'ordre de Dieu, la grâce attachée à leur caractère, l'Ecriture, la tradition, les canons et les lois parlent pour eux.

Qu'est-il besoin d'alléguer les autres rois ? Que ne doivent point les évêques au grand Louis ? que ne fait point ce religieux prince pour les intérêts de l'Eglise ? pour qui a-t-il triomphé, si ce n'est pour elle ? quand tout en un moment ploya sous sa main , et que les provinces se soumirent conune à l'envi, n'ouvrit-il pas autant de temples à l'Eglise qu'il

montre ses bornes. C'est celte autorité ambitieuse, injuste, usurpatrice du pouvoir des rois et du pouvoir des évêques qu'il importe de réfréner, par rentremise des assemblées du clergé, par le ministère de, nos rois, toujours sages, toujours mesurés, toujours justes et qui n'ont rien oublié pour empêcher le désordre qui résulte de l'ambition romaine. Que ne doivent point les évêques au grand saint Louis, c'est-à-dire à l'auteur supposé de la pragmatique-sanction? La main de Louis XIV (en lui prenant son bien le plus légitime et le plus sacré), était réservée pour achever de guérir les plaies de V Eglise... On ne lit plus les canons et les décrets des saints Pères que par pièces et par lambeaux, pour nous y tendre des pièges (comme a toujours fait sans doute l'Eglise romaine). On prend la suite des antiquités ecclésiastiques,

* Cap. IV, Car. M., an. 806. Baluz.^ tom. I, p. 450. Capit. ap. Theod.y de hon. Epist. et rel. Sacerd., ibid., p. 438. Coll. Anseg.^ lit. vi, cap. ccxux, ibid., p. 965. Conc. Arel.y \ï, sub Car. M., can. xiii, tom. II, Conc, Gall., p. 271. Capit. Car. M., an. 813. Baluz., tom^I, pag. 503.

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