‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 63 sur 260 · LIVRE VII. — CHAPITRE VIlï · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE VIlï

força de places ? mais Thérésie de Calvin fut la seule confondue en ce temps. Aujourdliui le luthéranisme^ la source du mal et la tète de Tiiérésie^ est entamé : iieureux présage pour TEglise ! il commence à rendre les temples usurpés. L'un des plus grands de ces temples, celui qui de dessus les bords du Rhin élève le plus haut, et fait révérer de plus loin son sacré sommet, par la piété de Louis est sanctifié de nouveau. Que ne doit espérer la France, lorsque fermée de tous côtés par d'invincibles barrières, à couvert de la jalousie, et assurant la paix de l'Europe par celle dont son roi la fera jouir , elle verra ce grand prince tourner plus que jamais tous ses soins au bonheur des peuples, et aux intérêts de l'Eglise dont il fait les siens? Nous, mes frères, nous qui vous parlons, nous avons ouï de la bouche de ce prince incomparable, à la veille de ce départ glorieux qai tenait toute l'Europe en suspens , qu'il allait travailler pour l'Eglise et pour l'Etat, deux choses qu'on verrait toujours inséparables dans tous ses desseins. France , tu vivras par ces maximes; et rien ne sera plus inébranlable qu'un royaume uni si étroitement à l'Eglise que Dieu soutient ! Combien devons-nous chérir un prince, qui unit tous ses intérêts à ceux de l'Eglise? N'est-il pas notre consolation et notre joie, lui qui réjouit tous les jours le ciel et la terre par tant de conversions ? Pouvonsnous n'être pas touchés , pendant que par son secours nous ramenons tous les jours un si grand nombre de nos enfants dévoyés ? et qui ressent plus de joie de leur changement que l'Eglise romaine leur mère commune, qui dilate son sein pour les recevoir? La main de Louis était réservée

monuments éternels de notre autorité sacrée (que Y autorité ambitieuse de Rome prétend nous ravir).

Pour le commun des lecteurs ces passages sont énigmatîques ; il faut se reporter «à l'époque et se représenter l'état des esprits. Un certain nombre d'évêques, tels que les archevêques de Paris, de Reims, de Narbonne, de Toulouse... épris de la politique de Louis XIV, voulaient gouverner leurs diocèses comme le roi gouvernait ses Etats, sans tenir aucun compte de ces canons dont on menace le pape. Les exemptions, les privilèges pontificaux, accordés aux communautés ou aux particuliers, forment autant de barrières qu'on veut abattre à tout prix. De là cette révolte sourde contre Rome, sa puissance et sa juridiction qu'elle étend sur toute la terre, j uridiction et puissance qui blessent l'orgueil tyrannique des prélats. C'est alors que prend naissance la célèbre maxime : a L'évêque est dans son diocèse ce que le Pape est

pour acheyer de guérir les plaies de TEglise. Déjà celles de Tépiscopat ne nous paraissent plus irrémédiables. Outre cent arrêts favorables; sous les auspices d'un prince qui ne veut que voir la raison pour s'y soumettre^ on ouvre les yeux : on ne lit plus les canons et les décrets des saints Pères par pièces et par lambeaux^ pour nous y tendre des pièges ; on prend la suite des antiquités ecclésiastiques : et si on entre dans cet esprit y que verra-t-on à toutes les pages^ que des moniunents étemels de notre autorité sacrée?

Nous ne nous prêchons pas nous-mêmes quand nous parlons de cette sorte ; mais nous prêchons Jésus-Christ qui nous a établis ses ministres^ et nous prêchons tout ensemble que nous sommes en Jésus-Christ dévoués à votre service *. Car qu'est-ce que l'épiscopat, si ce n'est une servitude que la charité nous impose pour sauver les âmes ? et qu'est-ce que soutenir Tépiscopat^ que soutenir la foi et la discipline? Il ne faut donc pas s'étonner si Louis ^ qui aime et honore notre Eglise^ aime et honore notre ministère apostolique. Que tarde un si saint Pape à s'unir intimement au plus religieux de tous les rois ? Un pontificat si saint et si désintéressé ne doit être mémorable que par la paix^ et par les fruits de la paix, qui seront^ j'ose le prédire^ l'humiliation des infidèles, la conversion des hérétiques, et le rétablissement de la discipline. Voilà l'objet de nos vœux; et s'il fallait sacrifier quelque chose à un si grand bien, craindrait-on d'en être blâmé?

dans TËglise. » Sans doute cette maxime tombe dans l'absurde et le ridicule quand on en cherche le sens logique; mais en laissant la logique de côté, elle signifie tout simplement : a pas de maître. » Nous Verrons grandir ce germe de révolte, et Bossuet sonne ici les premiers coups de tocsin ; Bossuet jpose les principes sous lesquels tomberont les portes de Tabbaye de Jouarre et autres. Triste prélude 1 douloureuse harmonie 1 a II est aisé, dit M. de Maistre, de disserter sur Tobéissance (aux canons) ; mais la pratique ne Test pas autant ; il est aisé de s'écrier : Puisse ma langue s'attacher à mon palais, si jamais je foublie, ô sainte Eglise Romaine! mais si l'on veut plus tard forcer la main du Pape, pour écraser un rival, si le souverain Pontife refuse d'aller aussi vite que la passion, on lui criera fort bien : Sa Majesté saura ce qu'elle aura à faire. Charmant post-scriptum au sermon sur l'unité. » (Lettre à M. Bonald, 91.)

» n Cor,, m, 6; iv, 5.

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