TROISIÈME POINT
(a) C'a toujours été dans l'Eglise un commencement de paix, que d'assembler les évoques orthodoxes. Jésus-Christ est l'auteur de la paix, Jésus- Christ est la paix lui-même : nous ne sommes jamais plus assurés d'être assemblés en son nom, ni par conséquent de l'ayoir^ selon sa promesse, an milieu de nous, que lorsque nous sommes assemblés pour la paix; et nous pouvons dire avec un ancien pape ^, « que nous sommes véritablement ambassadeurs pour Jésus-Christ, quand nous travaillons à la paix de l'Eglise : » Pro Christo légations fungimur^ cum paci Ecclesiœ studium impendere procuramus. L'épiscopat, qui est un, aime à s'unir : c'est en s'unissant qu'il se purifie; c'est en s'unissant qu'il se règle, c'est en s'unissant qu'il se réforme; mais surtout, c'est en s'unissant qu'il attire dans son unité le Dieu de la paix ; et « les apôtres étaient assemblés , » dit l'Evangéliste *, quand Jésus-Christ leur vint dire, ce qu'ils disent ensuite à tout le peuple : Pax vobis, « La paix soit avec vous. »
Saint Bernard, l'ange de paix, voyant un commencement de division entre l'Eglise et l'Etat, écrivit à Louis VII : « Il n'y a rien de plus nécessaire que d'assembler les évêques en ce temps : » et une des raisons qu'il en apporte, c'est, dit-il à ce sage prince ', « que s'il est sorti de la rigueur de l'autorité apostolique quelque chose dont Votre Majesté se trouve offensée, vos fidèles sujets travailleront à faire qu'il soit révoqué ou adouci, autant qu'il le faut pour votre honneur. »
Et pour ce qui est de la discipline, quand nous la voyons blessée, nous nous assemblons pour proposer les canons, bornes naturelles de la puissance ecclésiastique, qu'elle se fait elle-même par son exercice. Le Saint- Siège aime cette voie; le langage des canons est son langage naturel; et^
[a] Cette troisième partie a pour but de montrer que rassemblée orthodoxe va rétablir la paix, troublée par les prétentions du Saint-Siège. C'est aux évêques qu'appartient cette mission excellente, mais principalement aux évêques de France. A cet efiet^ on prendra deux moyens également salutaires : dans les matières mixtes, on cédera tout à la volonté du roi ; dans les matières purement ecclésiastiques, on enfermera le Pape dans les canons et on transportera Tautorité suprême aux conciles, c'està-dire aux évêques.
1 Joan, VIII, Epist. lxxx, t. ix, Conc, col. 66.— * Ibid,^ xx, 19.— * S. Been., Epist, CCLV, tom. I, col. 257.
à la louange immortelle de cette Eglise^ il n'y a rien de plus répété dans ses décrétâtes^ ni rien de mieux établi dans sa pratique^ que la loi qu'elle se fait d'observer et de faire observer les saints canons.
Les exemples nous feront mieux voir le succès de ces saintes assemblées. On rapporta dans un concile de la province de Lyon^ un privilège de Rome qu^on crut contre Tordre. Nos pères dirent aussitôt^ selon leur coutume : « Relisant le saint concile de Ghalcédoine et les sentences de plusieurs autres Pères authentiques^ le saint concile a résolu que ce privi* lége ne pouvait subsister^ puisqu'il n'était pas conforme^ mais contraire aux constitutions canoniques ^ »
Vous reconnaissez dans ces paroles l'ancien style de l'Eglise : ce concile est pourtant de l'onzième siècle; afin que vous voyiez dans tous les temps la suite de nos traditions, et la conduite toujours uniforme de l'Eglise gallicane. Elle ne s'élève pas contre le SaintrSiége; puisqu'elle sait au contraire qu'un siège qui doit régler tout l'univers, n'a jamais intention d'affaiblir la règle : mais comme dans un si grand siège, où un seul doit répondre à toute la terre, il peut échapper quelque chose même à la plus grande vigilance, on y doit d'autant plus prendre garde, que ce qui vient d'une autorité si éminente pourrait à la fin passer pour loi, ou devenir un exemple pour la postérité.
C'est pourquoi dans ces occasions toutes les Eglises, mais principalement celle de France , ont toujours représenté au Saint-Siège, avec un profond respect, ce qu'ont réglé les canons. Nous en avons un bel exemple dans le second concile de Limoges, qui est encore de l'onzième siècle. On s'y plaignit d'une sentence donnée par surprise , et contre l'ordre canonique, par le pape Jean XVIll '. Nos prédécesseurs assemblés proposèrent d'abord la règle « qu'ils avaient reçue , disaient-ils , des pontifes apostoliques et des autres Pères. » Ils ajoutèrent ensuite, comme un fondement incontestable , « que le jugement de toute l'Eglise paraissait principalement dans le Saint-Siège apostolique ^. » Ce ne fut pas sans remarquer l'ordre canonique avec lequel les affaires y devaient être portées, afin que ce jugement eût toute sa force ; et la conclusion fut, que a les pontifes apostoliques ne devaient pas révoquer les sentences des évêques, » contre cet ordre canonique; m parce que, comme les membres sont obligés à suivre leur chef, il ne faut pas aussi que le chef afûige ses membres. »
Comme c'a toujours été la coutume de TEglise de France de proposer les canons, c'a toujours été la coutume du Saint-Siège d'écouter volontiers de tels discours, et le même concile nous en fournit un exemple mémo-
1 Conc, Ànsan,, an. 1025. t. IX, Conc, col. 859. — * Conc. Lemov,, ii, Sess. ii, tom. IX, Conc, — « Jbid., col. 909.