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rable. Un évèque ^ s'était plaint au même pape JeanXVIlI^ d'une absolution que ce pape avait mal donnée au préjudice de la sentence de cet évèque. Le Pape lui fit cette réponse vraiment paternelle qui fut lue avec une incroyable consolation de tout le concile * : « Cest votre faute , mon trèscher frère, de ne m'avoir pas instruit; j'aurais confirmé votre sentence, et ceux qui m'ont surpris n'auraient remporté que des anathèmes. A Dieu ne plaise, poursuit-il, qu'il y ait schisme entre moi et mes co-évêques : je déclare à tous mes frères les évèques , que je veux les consoler et les secourir , et non pas les troubler ni les contredire dans l'exercice de leur ministère, d A ces mots , tous les évèques se dirent les uns aux autres : C'est à tort que nous osons murmurer contre notre chef; nous n'avons à nous plaindre que de nous-mêmes, et du peu de soin que nous prenons de l'avertir. »
Vous le voyez , chrétiens : les puissances suprêmes veulent être instruites, et veulent toujours agir avec connaissance. Vous voyez aussi qu'U y a toujours quelque chose de paternel dans le Saint-Siège, et toujours un fond de correspondance entre le chef et les membres , qui rend la paix assurée ; pourvu qu'en proposant la règle, on ne manque jamais au respect que la même règle prescrit. L'Eglise de France aime d'autant plus sa mère l'Eglise romaine, et ressent pour elle un respect d'autant plus sincère, qu'elle y regarde plus- purement l'institution primitive et l'ordre de Jésus-Christ. La marque la plus évidente de l'assistance que le Saint-Esprit donne à cette mère des Eglises, c'est de la rendre si juste et si modérée, que jamais elle n'ait mis les excès parmi les dogmes. Qu'elle est grande l'Eglise romaine, soutenant toutes les Eglises, « portant, dit un ancien pape ', le fardeau de tous ceux qui souffrent, n entretenant l'imité , confirmant la foi, liant et déliant les pécheurs, ouvrant et fermant le ciel! Qu'elle est grande, encore une fois, lorsque pleine de l'autorité de saint Pierre, de tous les apôtres, de tous les conciles, elle en exécute, avec autant de force que de discrétion, les salutaires décrets! Quelle a été sa puissance, lorsqu'elle l'a fait consister principalement à tenir toute créature abaissée sous l'autorité des canons , sans jamais s'éloigner de ceux gui sont les fondements de la discipline; et qu'heureuse de dispenser les trésors du ciel, elle ne songeait pas à disposer des choses inférieures que Dieu n'avait pas mises en sa main!
Dans cet état glorieux où vous parait l'Eglise romaine^ et les rois et les royaumes sont trop heureux d'avoir à lui obéir. Quel aveuglement, quand des royaumes chrétiens ont cru s'affranchir, en secouant, disaient-ils, le
* Etienne, évèque de Clermont. — * Conc. Lemov,, u, Sess, ii, tom. ÏX, Couq,, col 908. — • Joan, VII ï, Epist. Lxxx, tom. IX, Conc. col. 66.
120 HISTOIRE DE BOSSDET.
joug de Rome^ qu'ils appelaien^n joug étranger! comme si l'Eglise avait cessé d'être universelle ; ou que le lien commun^ qui fait de tant de royaumes un seul royaume de Jésus-Christ^ pût devenir étranger à des clirétiens. Quelle erreur^ quand des rois ont cru se rendre plus indépendants en se rendant maîtres de la religion ! au lieu que la religion ^ dont l'autorité rend leur majesté inviolable^ ne peut être pour leur propre bien trop indépendaijLte^ et que la grandeur des rois est d'être si grands qu'ils ne puissent^ non plus que Dieu dont ils sont l'image^ se nuire à euxmêmes^ ni par conséquent à la religion qui est l'appui de leur trône. Dieu préserve nos rois trés-chrétiens de prétendre à l'empire des choses sacrées, et qu'il ne leur vienne jamais une si détestable envie de régner. Us n'y ont jamais pensé. Invincibles envers toute autre puissance^ et toujours humbles devant le SainlrSiége^ ils savent en quoi consiste la véritable hauteur. Ces princes également religieux et magnanimes, n'ont pas moins méprisé que détesté les extrémités auxquelles on ne se laisse emporter que par désespoir et par faiblesse.
L'Eglise de France est zélée pour ses libertés ^ : elle a raison ; puisque le grand concile d'Ephèse nous apprend ' que ces libertés particulières des Eglises sont im des fruits de la rédemption, par laquelle Jésus-Christ nous a alfiranchis : et il est certain qu'en matière de religion et de conscience^ des libertés modérées entretiennent Tordre de l'Eglise, et y affermissent la paix. Mais nos pères nous ont appris à soutenir ces libertés sans manquer au respect; et loin d'en vouloir manquer, nous croyons au contraire que le respect inviolable que nous conserverons pour le Saint- Siège, nous sauvera des blessures qu'on voudrait nous faire, sous un nom qui nous est si cher et si vénérable.
Sainte Eglise romaine, mère des Eglises et mère de tous les fidèles, Eglise choisie de Dieu pour unir ses enfants dans la même foi et dans la même charité, nous tiendrons toujours à ton unité par le fond de nos entrailles. « Si je f oublie. Eglise romaine, puissé-je m'oublier moimême ! que ma langue se sèche et demeure immobile dans ma bouche, si tu n'es pas toujours la première dans mon souvenir, si je ne te mets pas au commencement de tous mes cantiques de réjouissances : » Adhœrat lingiui mea faucibus mets, si non meminero tui, si non proposuero Jérusalem inprindpio lœtitiœ meœ ' (a).
(a) Paroles sublimes ! dignes du génie de Bossuet , ajoutons même, dignes de sa foi. Mais s'il est pieux d'embrasser sa mère, il
* ConciL Bitur,, cap. de Elec, tom. XI, Concil. col. 1018. — « Conci/. Ephes.^ Act, vu; t. III, Concil, col. 801. — »P5. cxxxvi, 6.
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Mais TOUS qpl nous écoutez^ puisque vous nous voyez marcher sur les pas de nos ancêtres,que reste-t-il, chrétiens^ sinon qu'unis à notre assemblée ayecune fidèle correspondance, roua nous aidiez de yos yobux ? (( Souyent, dit un ancien Père S les lumières de ceux qui enseignent Tiennent des prières de ceux qui écoutent d : Hoc accipit doctor quod meretur audi' tùr. Tout ce qui se fait de bien dans l'Eglise, et même par les pasteurs, se fait, dit saint Augustin * par les secrets gémissements de ces colombes innocentes qui sont répandues par toute la terre.
Ames simples, âmes cachées aux yeux des hommes, et cachées principalement à YOS propres yeux^ mais qui connaissez Dieu et que Dieu connaît; où êtes-YOus dans cette auditoire, afin que je vous adresse ma parole? Mais sans qu'il soit besoin que je yous connaisse, ce Dieu qui yous connaît, qui habite en yous, saura bien porter mes paroles , qui sont les siennes , dans Yotre cœur. Je yous parle donc sans yous connaître, âmes dégoûtées du siècle. Ah! comment ayez-YOUs pu en éyiter la contagion?
est de justice de ne point lui jeter TiDJure à la face. Ces perles d'or et de cristal que fait jaillir Téloquence, perdent beaucoup de leur prix et de leur éclat, quand on les voit tomber dans la vasque disgracieuse qui a nom, l'inconséquence. Quoil vous demeurez attaché, par le fond de vos entrailles ^k une Eglise qui ne connaît pas de bornes^ lorsque Vocéan lui-même a les siennes et s'y renferme docilement ; à une Eglise qui déborde , faute de mesure ; qui se met au-dessus des lois, c'est-à-dire de la sagesse ; qui monte, monte toujours , au point de submerger la société chrétienne, si les évoques^ rassemblés ou dispersés, n'étaient là pour rétablir l'équilibre, si l'autorité royale ne protégeait efficacement les droits et prérogatives des Eglises particulières; à une Eglise dont les chefs, trop hardis usurpateurs des droits temporels, ont besoin d'être surveillés et contenus, non-seulement par les évoques, mais par la puissance séculière... ?
De deux choses. Tune ?;ou l'Eglise romaine est telle que vous la dépeignez, et il faut la fuir... Ou bien il faut y demeurer, s'y attacher par le fond de ses entrailles, et vos accusations sont aussi coupables que mal fondées en justice. Toutes les subtilités gallicanes ne rompront pas ce dilemme.
* s. Pet. Cerysol., Serm. Lxxrv. — ' De Bapt., contr. Donat., lib. III, n. 22, 23; tom. IX, col. 117, 118.
comment est-ce que cette face extérieure du monde ne vous a pas éblouies? quelle grâces tous a préservées de la vanité^ de la vanité que nous voyons si universellement régner? Personne ne se connaît : ou ne connaît plus personne : les marques des conditions sont confondues : on se détruit pour se parer ; on s'épuise à dorer un édifice dont les fondements sont écroulés^ et on appelle se soutenir que d'achever de se perdre. Âmes humbles^ âmes innocentes^ que la grâce a désabusées de cette erreur et de toutes les illusions du siècle y c'est vous dont je demande les prières : en reconnaissance du don de Dieu dont le sceau est en vous^ priez sans relâche pour son Eglise ; priez y fondez en larmes devant le Seigneiir. Priez^ justes^ mais priez^ pécheurs ; prions tous ensemble : car si Dieu exauce les uns pour leur mérite^ il exauce aussi les autres pour leur pénitence : c'est un commencement de conversion que de prier pour l'EgUse.
Priez donc tous ensemble^ encore une fois^ que ce qui doit finir finisse bientôt. Tremblez à Tombre même de la division : songez au malheur des peuples^ qui ayant rompu l'unité se rompent en tant de morceaux^ et ne voient plus dans leur religion que la confusion de l'enfer et l'horreur de la mort. Ah ! prenons garde que ce mal ne gagne. Déjà nous ne voyons que trop parmi nous de ces esprits libertins^ qui sans savoir ni la religion ni ses fondements^ ni ses origines^ ni sa suite^ a blasphèment ce qu'ils ignorent^ et se corrompent dans ce qu'ils savent : nuées sans eau^ n poursuit l'apôtre saint Jude S docteurs sans doctrine^ qui pour toute autorité ont leur hardiesse, et pour toute science leurs décisions précipitées : « arbres deux fois morts et déracinés^ » mort premièrement parce qu'ils ont perdu la charité ; mais doublement morts^ parce qu'ils ont encore perdu la foi; et entièrement déracinés, puisque, déchus de l'une et de l'autre , ils ne tiennent à l'Eglise par aucun fibre : « astres errants » qui se glorifient dans leurs routes nouvelles et écartées, sans songer qu'il leur faudra bientôt disparaître. Opposons à ces esprits légers et à ce charme trompeur de la nouveauté, la pierre sur laquelle nous sommes fondés, et l'autorité de nos traditions où tous les siècles passés sont renfermés, et l'antiquité qui nous réunit à l'origine des choses. Marchons dans les sentiers de nos pères; mais marchons dans les anciennes mœurs comme nous voulons marcher dans l'ancienne foi.
Allez, chrétiens, dans cette voie d'un pas ferme : allons à la tête de tout le troupeau, Messeigneurs, plus humbles et plus soumis que tout le reste : zélés défenseurs des canons ; autant de ceux qui ordonnent la régularité de nos mœurs, que de ceux qui ont maintenu l'autorité sainte
^ Jud,, X, 12.