UVRE VU. — CHAPITRE IX
près de dix ans , et gui avait donné lieu aux éclats les plus affligeants *.
D Ce fut Bossuet qui ,« sous le nom de rarchevèque de Reims, servit d'organe à l'assemblée, et fut Thistorien fidèle de toutes les circonstances d'une discussion dont il parait qu'Innocent XI ne connaissait pas exactement la nature et l'objet. »
Bossuet y exposait^ a que les évêques de France s'étaient proposé les exemples et les paroles de leurs prédécesseurs^ et des souverains pontifes eux-mêmes^ comme ime règle infaillible de la conduite qu'ils devaient tenir^ et qu'ils avaient trouvé que tout ce qui est établi par la parole de TEvangile et par la loi étemelle devait demeurer immuable^ mais qu'en ce qui regarde ce que l'Eglise défend, les évêques ont souvent jugé selon toute la rigueur des canons ; que quelquefois aussi ils ont toléré beaucoup de choses selon la nécessité des temps, et que quand ils n'ont point vu de danger pour la foi ou pour les mœurs , ils ont consenti à quelque adoucissement, non toutefois par xm relâchement de discipline aveugle et inconsidéré, mais pour céder à une nécessité de telle nature qu'elle aurait pu même faire changer les lois; que c'est par cette raison que les saints Pères et même le Saint-Siège ont tant de fois loué cet adoucissement des canons, quand il sert à édifier l'Eglise, à apaiser les différends, et affermir
la paix entre la royauté et le sacerdoce Que, selon les expressions
d'Yves de Chartres, « pourvu qu'on ne touchât pas au fondement de la foi et à la règle générale des mœurs, ou pouvait user de quelque tempérament, quand il semblerait approcher de la faiblesse.
» D'après ce principe, disait l'assemblée ou plutôt Bossuet, si ce droit, que nous appelons régale, ébranlait les fondements de la morale ou de la foi, il est évident qu'Alexandre III, Innocent lil, et tant d'autres souverains Pontifes si recommandables par leur doctrine et leur piété, n'auraient pas approuvé ce droit , et que le concile de Lyon ne l'aurait pas autorisé en favem: de tant de personnes et sous tant de titres différents
» Comment un droit déjà étabh dans tant d'ËgUses de France^ sans que la foi et la morale en aient souffert, pourrait-il nuire à l'une et à l'autre, si on l'étend à quelques autres Eghses ?....
» Nous prions Votre Sainteté de ne pas trop écouter ces esprits brouillons qui veulent faire une espèce d'hérésie d'un ancien droit de la cou* ronne. Certainement on peut dire que pour vouloir trop entendre, ils
* Ces mots : rassemblée crut devoir rendre compte au Pape, etc., sont charmants ; nous en verrons tout à l'heure l'explication la plus étonnante et les plus inattendue.
i26 HISTOIRE DE BOSSUET.
n'entendent rien^ et qu'ils se remplissent les yeux, comme dit saint Augustin, de la poudre qu'ils soufflent pour aveugler les autres....
)) Nous empruntons encore les paroles d'Yves de Chartres^ et nous disons encore avec lui : a Quand même les canons^ pris à la rigueur^ se seraient opposés à la cession que nous avons faite^ nous n'aurions pas laissé de la faire^ parce que la paix de l'Eglise nous y obligeait ; car la charité étant la plénitude de la loi , on satisfait à la loi quand on fait ce que la charité commande.... * »
« L'Eglise a coutume d'abandonner les choses légères pour en conserver de plus importantes^ et de changer le mal en bien par sa patience....
» Combien de changements la discipline de l'Eglise n'a-t-elle pas subb dans les élections des évêques et des abbés^ dans la concession des évêchés et des abbayes^ dans les investitures^ dans les hommages et les serments de fidélité. Accusera-t-on pour cela l'Eglise de légèreté? Dira-tron, pour user des termes de saint Paul^ qu'il y a en elle le oui et le non't A Dieu ne plaise; mais assurée qu'elle est de son éternité^ et immuablement attachée à la vérité mème^ elle s'accommode en quelque façon^ par ce qu'elle a d'extérieur^ aux choses humaines^ moins pour céder à la nécessité des temps^ que pour servir au salut des âmes. Nous répéterons avec Yves de Chartres , « que nous ne disons pas ces choses pour les apprendre à Votre Sainteté, qui les sait si bien; mais en prenant la liberté de lui dire ce que nous pensons^ nous l'avertissons avec respect de n'écouter que sa prudence^ et de ne suivre que les mouvements de sa bonté dans une occasion où il n'est pas permis d'employer le courage *. »
a Bossuet paraissait si convaincu que le Pape serait touché des raisons exposées par l'assemblée, et de la considération des avantages qui résultaient pour l'Eglise des concessions auxquelles le roi avait bien voulu se prêter, qu'il écrivait le 6 février 1682, à M. Dirois, alors à Rome : (Bausset.)
« Pour ce qui est de la régale, il n'est plus question d'en discourir. Vous verrez par la lettre que nous écrivons au Pape, que la matière a été bien examinée, et si je ne me trompe, bien entendue.... Ce serait être trop ennemi de la paix , que de regarder le droit du clergé comme tellement incontestable , qu'on ne veuille pas même entrer dans de justes tempe-
* II est impossible d*émettre une proposition plus fausse en soi et plus pernicieuse dans ses conséquences.
« N'est-il pas étrange de voir une poignée d' évêques se donner pour l'Eglise, et trancher avec une suprême autorité des questioos de cet ordre ?