LIVRE VU. — CHAPITRE IX
raments^ surtout dans ceux où TEglise a un si sensible ayantage. Nous serions ici bien surpris qu'ayant trouvé dans le roi tant de facilité à les obtenir^ la difficulté nous vint du côté de Rome^ d'où nous devons attendre toute sorte de secours. )»
Cette étrange lettre demeura trois mois sans réponse. Enfin, le Pape rendit un bref qui fut communiqué à l'assemblée le 1 1 avril 1682. Innocent XI commençait par dire aux évêques :
« Nous avons d'abord remarqué que votre lettre était dictée par les sentiments de crainte dont vous êtes animés, crainte qui ne permet jamais à des prêtres, lorsqu'elle les domine, d'entreprendre avec zèle pour le bien de la religion et le maintien de la liberté ecclésiastique, des choses difficiles et grandes, ou de les poursuivre avec constance... Il eût fallu TOUS rappeler les grands exemples de fermeté et de courage que les anciens Pères, ces évêques si saints, vous ont donnés dans des circonstances semblables pour vous servir d'instruction, et que tant d'illustres personnages ont imités dans chaque âge....
» Qui d'entre vous a parlé devant le roi pour une cause si intéressante, si juste ^t si sainte ?.... Quel est celui d'entre vous qui est descendu dans l'arène , afin de s'opposer comme un mur pour la maison dlsraêl? Qui a eu le courage de s'exposer aux traits de l'envie ? Qui a seul^nent proféré une parole qui ressentit l'ancienne liberté? Comment n'avez-vous seulement pas daigné parler pour les intérêts et l'honneur de Jésus-Christ?
)> Nous nous abstenons de rapporter ici ce que vous nous déclarez sur les démarches que vous avez faites auprès des magistrats séculiers. Nous désirons que le souvenir d'im pareil procédé soit à iamais aboli. Nous voulons que vous effaciez ce récit de vos lettres, de peur qu'il ne subsiste dans les actes du clergé de France pour couvrir votre nom d'un opprobre éternel. »
Le Pape finissait sa lettre par les paroles que saint Bernard adressait au pape Eugène HT, pour lui rappeler la grandeur et rétendue des obligations que sa haute dignité lui imposait , et il disait aux évêques de France :
a Si ces paroles vous avertissent du respect et de l'obéissance que vous devez à ce Saint-Siège, où Dieu, quoique indigne, nous fait présider, elles excitent aussi notre sollicitude pastorale à commencer enfin de remplir dans cette affaire le devoir de notre charge, dont une patience peut-être trop longue, mais destinée avons donner le temps de vous repentir, nous a fait jusque ici suspendre l'accomplissement.
i28 HISTOIRE DE BOSSUET.
1» Pressé par ces considératîoiis^ en yertu de Tautorité que le Dieu touipuissant nous a confiée^ nous improuTons^ cassons ^ annulons par ces présentes tout ce qui s'est fait dans votre assemblée sur Taffaire de la régale, ainsi que tout ce qui s'en est ensuivi et tout ce qu'on pourra attenter désormais. Nous déclarons qu'on doit regarder tous ces actes comme nuls et sans effet, quoique^ étant par eux-mêmes manifestement vicieux^ nous n'eussions pas besoin d'en prononcer la nullité. »
Ce langage est sévère , mais justement appliqué. En efifet , les évoques usurpaient sur le siège apostolique et leur œuvre était, par elle-même^ frappée de nullité. Mais, à cette triste et douloureuse époque^ le droit et la raison avaient peu de chance d'être écoutés.
L'archevêque de Paris, en remettant ce bref à l'assemblée, se crut en devoir de prendre les airs les plus hautains et de dire a qu'il estimait que l'assemblée pouvait remettre le bref du Pape entre les mains des commissaires de la régale^ afin que, s'assemblant en la manière accoutumée, on vit à loisir ce qu'il contenait et ce qu'il y avait à faire ; que l'assemblée imiterait par cette conduite celle que Sa Sainteté avait suivie ; qu'il était bon, sur cet exemple, de prendre tout le temps pour implorer le secours du ciel , et se mettre en état , par une prudence exempte de toute passion, de satisfaire à tous ses devoirs. »
a De son côté, dit M. de fiausset, l'assemblée se devait à ellemême de justifier ses résolutions et ses procédés devant ceux de qui elle tenait ses pouvoirs. Elle voulut montrer qu'elle n'avait ni abusé de leur confiance , ni trompé leurs espérances ; et elle chargea Bossuet de rédiger une lettre adressée à tous les prélats et à tous les ecclésiastiques du royaume. Cette lettre devait servir de réponse au bref du Pape, sans paraître blesser le respect qu'on lui portait; et elle sauvait l'embarras toujours pénible d'une discussion directe avec un Pontife dont l'éminente dignité et les vertus personnelles commandaient les plus grands égards.
Il était impossible que Bossuet ne laissât pas percer dans cette lettre une vertueuse sensibilité S en repoussant les accusations si
* La sensibilité qui aurait préféré obéir aux Canons , naguère si bruyamment indiqués^ plutôt qu'à la volonté injuste du roi^ qui se serait soU'