‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 70 sur 260 · UVRE VU. — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

UVRE VU. — CHAPITRE IX

graves qu'un pape avait portées au tribunal du public contre TËglise d'une grande nation.*

«Nous attestons^ écrit Bossuet^ le Scrutateur des cœurs ^ que nous ne sommes point mus par le ressentiment d'aucune injure personnelle ; car^ quoiqu'ils nous ait été fort douloureux de Toir un excellent pape aigri contre nous y non-seulement annuler d'une manière très-infamante pour nous tout ce que, pressé du désir de procurer la paix, nous avons fait dans l'affaire de la régale au grand bien de l'EgUse ; mais encore nous témoigner qu'il a en horreur toutes nos démarches, nous reprendre, comme si la crainte et une indigne lâcheté nous eussent portés à trahir la liberté de l'Eglise , la discipline hiérachique, le salut même et toute la dignité et l'autorité de notre ordre ; enfin nous accuser d'ayoir mis par notre conduite la foi même en péril, reproche le plus grave qu'on puisse faire à des évêques, toutefois nous ayons souffert d'un esprit tranquille des discours si mortifiants , parce que nous trouyons notre consolation dans ces paroles de l'Apôtre : « Le sujet de notre gloire, c'est le témoignage que nous rend notre conscience, n

1» Mais enfin quelle est cette crainte qu'on nous reproche dès l'entrée du bref apostolique ? Oui, nous craignions que la concorde entre le sacer* doce et l'empire étant détruite, la paix de TEglise ne fiit troublée et qu'il n'en résultât des maux que nos prédécesseurs , quoique remplis de courage, auraient appréhendés...

» Que l'on prenne de là occasion de nous blâmer, comme si nous nous étions laissé éneryer par une crainte indigne et hors de saison, et qu'après nous eussions tenté d'abattre le courage du Pontife romain, ce procédé est trop éloigné du caractère d'Innocent XI , pour ne pas nous persuader qu'il a suiyi des impressions étrangères ; aussi conyient-il de passer légèrement sur tous ces griefs, et de ne point nous arrêter à des propos qui répondent mal à la dignité d'un si grand nom, et que nous nous contentions de déplorer d'entendre dans un bref apostolique...

9 Tout le monde yoit clairement par le bref même , que le conseil du Pape n'a rien tant appréhendé, que ce Poutife ne yint à connaître la yérité, et donnât la préférence à ceux qui lui proposeraient dans une affaire qui n'est pas d'une grande conséquence, des ayîs plus justes et plus modérés...

))• Malgré le peu d'importance de l'objet dont on dispute, qui ne saurait entrer en comparaison ayec ceux qui ont rapport à la juridiction, et dont nous ayons obtenu la restitution à l'Eglise, nous noussonmies

mise au Saint-Siège et à la plénitude de son autorité , au lieu de leyer l'étendard de la réyolte^ nous paraîtrait vertueuse; l'autre n'est que le yulgaire sentiment d'un orgueil blessé et sans repentance.

130 IliSTOlEŒ DE BOSSUET.

vus contraints d'en examiner la valeur^ afin que^ si raifaire est poussée plus loin^ toute l'Eglise comprenne combien est léger le sujet auquel une si grande contestation ^ cette yiolente émotion des esprits , et l'attente de l'univers chrétien doivent se rapporter...

» A quoi bon exagérer avec tant de vivacité , avec des expressions et des sentences si recherchées l'importance prétendue de cette cause ? comment oser nous dire que le salut de l'Eglise et l'honneur de l'ordre épiscopal en dépendaient? que par cet accommodement^ la discipline et la hiérachîe sont renversées jusque dans leurs fondements^ et la foi même est en danger de se voir altérée? Est-il donc vrai que depuis cinq cents ans y pour ne pas remonter plus haut y l'Eglise est dans l'oppression^ et l'intégrité de la foi exposée aux plus grands dangers dans la majeure partie du royaume trés-chrétien ? Quoi, tant d'excellents rois^ tant de religieux défenseurs de la foi qui nous ont précédés^ si souvent loués par les pontifes romains^ ces pontifes eux-mêmes Innocent III ^ Alexandre III; jet une multitude d'autres qui ont donné leur consentement à la régale, tous ces illustres personnages n'ont pas fait attention aux maux qu'elle produisait! Bien plus ^ le concile général de Lyon y qui a maintenu la régale dans tous les lieux où elle était eu usage y aura lui-même favorisé l'erreur^ et affermi par son autorité un mal aussi préjudiciable?... )>

a Bossuet fait ensuite un raisonnement auquel il était difficile que la Cour de Rome pût répondre quelque chose de bien satisfaisant.

« Nous rougissons pour ceux qui n'ont pas eu honte d'inspirer de tels sentiments au pape^ et qui nous obligent en passant sous silence plusieurs autres exemples si contraires à leurs prétentions y de rappeler au moins ici ce que Léon X y avec l'approbation du concile de Latran , enleva aux Eglises gallicanes y et ce qu'il conféra à nos rois. Eh quoi ! après avoir soumis à leur puissance les plus grandes dignités de l'Eglise^ on disputera pour quelques canonicats! il n'y aura pas lieu à accommodement; et pour un si mince sujets on fera à un grand prince^ si bienfaisant envers l'Eglise, des menaces que nous avons horreur de rapporter....

» Cependant on nous déchire par les accusations les plus atroces, tandis qu'on relève le courage de nos prédécesseurs ; on se sert des louanges qu'on leur donne pour nous accabler de reproches ; et comme s'il eût fallu les louer pour nous décrier plus efficacement, on cherche moins à les rendre illustres et recommandables, qu'à piquer par l'éclat de leur gloire, et qu'à nous déprimer en les exaltant. Plus ces discours sont opposés à la dignité du Pontife et à l'esprit d'Innocent XI, plus aussi ceux qui se sont autorisés d'un nom si vénérable pour les écrire, ont-ils péché contre

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