LIVRE VU. ^ GBÂPITRB II
quelia*^ jeune aventiirier. gui ^ ayant quitté le portefeuille pour porter les armes contre le roi en la guerre de Paris ^ où il ne réussit pas^ chercha à fieûre fortune par la nouvelle doctrine , devint enfin quelque chose en se donnant à cet abbé^ qui, sifQé par ce docteur et cajolé par les importants du partie empoisonna telle* ment cette thèse dans l'esprit de son père que^ rempli des plaintes que soa fils lui en faisait ^ il s'alla plaindre au roi qu'on en voulait à sa personw et que l'affaire de la thèse des Jésuites allait à lui enlever sa couronne de dessus la tête. De Lyonne, qui était mécontent du Pape, parla à peu près de la sorte. Mais il n'est pas croyable à quel excès s'emporta l'abbé de Bourseys pour aigrir Tesprit de son nouveau patron^ le contrôleur général des finances, Colbert^ contre les Jésuites, en qui il commençait de prendre confiance pour Féducation de ses enfants , persuadé alors qu'il n'y avait que celle-là qui fût bonne. Il lui dit que, dans le poste où il était, il devait regarder cette démarche des Jésuites comme une entreprise contre la monarchie. Les trois ministres, qui se trouvaient de même sentiment sur cette affaire , firent tant de bruit qu'ils étonnèrent le roi ; il s'en plaignit au P. Annat lequel^ pour, apaiser la cour, fut obligé de faire un écrit afin d'ôter à la thèse le poison qu'on y avait jeté et pour l'expliquer d'une manière qui pût fermer la bouche aux ennemis des Jésuites. Il le fit en effet de ce caractère solide qui lui était ordinaire en tout ce qu'il écrivait. Il donna les sens qu'on pouvait donner à la thèse^ odieux et favorables^ et fit voir que ce n'était que par une pure animosité suscitée par les restes de la cabale de Port- Royal qu'on inquiétait les Jésuites et par malignité d'esprit. La thèse contenait deux propositions : la première a que Jésus-Christ montant au ciel avait donné à saint Pierre et à ses successeurs la même infaillibilité que la sienne quand ils parleraient ex cathedra^ d c'est-à-dire dans toutes les circonstances que doit parler un pape pour que
ses décisions soient reçues ; la seconde proposition a que dans
1 Nicolas Gocquelin^ docteur de Sorboone le 5 mai 1658, curé chefcier de SaintrMerry de 1664 h 1668 par résignation d'Henri Duhamel, chanoine en 1673 aussi par résignation du môme, enfin chancelier du chapitre et prieur de Saint- $ulpice près Toulouse, mourut le 20 janvier 1693. U fut nommé un des prqmotan» de rassemblée de 1682.
le mSTOIRË DE BOSSUËT.
TËglise romaine il y a un juge des controverses de la foi^ hors du Concile^ dans les questions tant de droit que de fait, » et qu'ainsi on était obligé de croire de foi divine que, selon les constitutions d'Innocent et d'Alexandre^ les cinq propositions tirées du livre de Jansénius sont hérétiques , etc.
L'explication que le P. Ànnat donnait à la première proposition fut qu'elle devait s'entendre de la même infaillibilité^ comme on dit que le vicaire a la même autorité et le même pouvoir que révêque, l'ambassadeur que le prince qui l'envoie^ le juge subalterne a le même pouvoir de commander ou d'absoudre que le juge souverain; mais que le pouvoir du vicaire, le pouvoir de l'ambassadeur^ le pouvoir du lieutenant^ étant émané du pouvoir souverain, n'était ni universel , ni indépendant comme celui du souverain qui le communiquait avec les restrictions qu'il voulait ; par exemple , dans la question présente , l'infaillibilité du vicaire de Jésus-Christ était bornée aux matières de foi seulement, et celle de Jésus-Christ était générale, universelle^ sans bornes, indépendante ; par cette distinction il excluait le venin^ que les ministres et les politiques prétendaient donner à cette proposition. Outre cela il donnait l'infaillibilité à Jésus - Christ comme un attribut essentiel attaché à la Divinité, absolu^ nécessaire, et celle de saint Pierre et de ses successeurs accidentelle , conditionnelle , participée^ et qui n'est autre chose que cette assistance qu'il avait promise à son Eglise pour l'empêcher de tomber dans Terreur. Il citait l'autorité de saint Léon , de saint Cyrille , de saint Chrysostome, de saint Prosper, d'Àrnobe^ de saint Thomas^ qui parlaient tous de cette infaillibilité de saint Pierre et de ses successeurs dans les mêmes termes que la thèse de Clermont.
Pour la seconde proposition de la thèse, qu'il y a «dans TËglise un juge infaillible des controverses en matière de foi^ hors du Concile, » il répondait qu'on avait tort de trouver à redire à cette proposition ; puisqu'il était de notoriété publique que la même proposition avait été soutenue en Sorbonne , le même jour ^ sous le docteur Poussé * président , et qu'on en avait soutenu au col-
^ Antoine Raguier de Poussé^ Ûls de Pierre^ baron de Poussé^ et de Magdeleine de Nicey, né au diocèse de Sens, ordonné prêtre à Paris le 21 mai 1644, docteur