LIVRE Vn. — CHAPITRE IX
lui^ et ce n'est pas nous qu'ils ont offensé eussions-nous fait sagement
d'ambitionner la gloire que le courage donne^ et de négliger ce que mérite la prudence, sans nous mettre en peine de procurer le bien de l'Eglise, lorsque nous eu aurions l'occasion ?
» Il est des circonstances où il faut prendre conseil de la nécessité ; et dans les grandes affaires^ on ne néglige jamais impunément les temps opportuns et les occasions favorables. Vous Toyez donc ce qu'il faut penser de ce bref, combien il est nul par lui-même, puisqu'il suffît de prouver qu'on a non-seulement déguisé, mais encore entièrement celé à cet excellent Pontife les principaux moyens de la cause et toute la suite des faits...
» Nous désirons ardemment qu'un courage si intrépide se réserve pour des occasions plus importantes, et qu'un pontificat aussi recommandable, dont on doit attendre de si grandes choses, ne soit pas entièrement occupé d'une affaire trop peu digne d'une aussi forte application. »
« On trouve dans cette même lettre de Bossuet cette réflexion aussi juste que consolante, et qui doit, au milieu des plus grandes crises et des plus violentes tempêtes, être sans cesse présente à la pensée de tous les amis de la religion, soutenir leur courage, et empêcher de s'abandonner à des conjecturés trop sinistres.
« C'est Dieu qui a réglé toutes choses ; il dispose à son gré des événements ; il tient dans sa main le cœur des rois ; c'est lui aussi qui abaisse, et qui relève, et qui commande à son Eglise de ne jamais perdre confiance, mais de s'avancer toujours en espérant contre toute espérance. »
a Bossuet finit par adresser au Pape les mêmes paroles que saint Irénée adressait à l'un de ses prédécesseurs :
((L'Eglise, écrivait saint Irénée à saint Victor, est déchirée, non-seulement par ceux qui veulent opiniâtrement faire prévaloir le mal, mais encore par ceux qui usent de trop de rigueur pour établir le bien. »
a Cette lettre, rédigée par Bossuet, en conformité des intentions de l'assemblée de 1682 , ne fut point envoyée aux évêques de France ; l'assemblée reçut ordre de se séparer, avant qu'il lui eût rendu compte de l'exécution de la commission dont elle Tavait chargé ; elle était même restée inconnue au public ; elle a paru pour la première fois dans la dernière édition des œuvres de Bossuet. Les éditeurs la trouvèrent parmi ses manuscrits écrite toute entière de sa main, et d'une écriture qui a demandé beaucoup
132 HISTOIRE DE BOSSDET.
d'application pour être déchiffrée. ILsuffit, qoute-t-il^ de la comparer avec la lettre de l'assemblée au Pape, pour juger que Tune et l'autre sont sorties de la même plume, d (Bausset.)
a On ne revient pas de sa surprise, dit le cardinal Yillecojurt, quand on réfléchit que c'est Bossuet qui écrit une pareille lettre à un des plus grands Pontifes qui aient occupé la chaire de saint Pierre, et quand on songe que cette lettre a été adoptée par les évêques du siècle le plus poli et de la nation la plus civilisée. Aussi; le trop fameux Arnaud , après avoir lu cette lettre ^ écrivait-il : Je ne viens que de voir la lettre de rassemblée au Pape* Je la trouve pitoyable K
» Bossuet s'était persuadé que la lettre qu'il avait adressée au Pape^ au non du clergé^ produirait tout Teffet qu'il s'en était promis. 11 écrivait^ le 6 février 1682^ à M. l'abbé Dirois^ secrétaire d'ambassade à Rome : a Nous serions bien surpris ici si le clergé français éprouvait des difficultés du côté de Rome, d'où nous devons attendre toute sorte de secours. » On est peiné de trouver un tel langage sous la plume de Bossuet. Etait-ce à lui et aux autres évêques de France qu'il appartenait de tracer au Pape la conduite qu'il avait à tenir?
D Quoique en dise M. de Bausset , il est fâcheux pour la mémoire de Taigle de Meaux qu'un pareil monument subsiste pour attester son irrévérence à l'égard d'un grand Pape. Il avait de grands talents : tout le monde en convient. Nous ne refusons pas d'admirer en lui ce don de Dieu. Mais ce présent, qu'il a reçu du ciel, le met-il à la place de celui à qui seul Jésus- Christ a dit, dans la personne de saint Pierre : Confirma fratres tuas , confirme tes frères I II est bien délicat, ce grand évêque, s'il croit que le Pape ne doit pas oser le redresser , non plus que ses collègues, dont il s'est fait l'interprète. J'allais presque dire : il est bien pré-
^ Il est fâcheux que, dans la même lettre^ ce docteur se plaigne du témoignage que l'on rendait au roi d'avoir horreur des nouveautés , c'estrà-dire des doctrines du jansénisme. Disons^ en passant^ que les jansénistes ont généralement condamné l'origine de la Déclaration, et cela par dévouement pour les évêques de Pamiers et d'Alet ; mais la Déclaration leur a été ensuite infiniment plus chère que MM. Pavillon et Caulet^ parce qu'ils en ont fait le palladium de leur résistance au SaintrSiége.