‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 72 sur 260 · ÛVRE VII. — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

ÛVRE VII. — CHAPITRE IX

somptueux &oser lui-même taxer le souverain Pontife Innocent XI de témérité et d'imprudence , tout en paraissant ne l'imputer qu'à ses conseillers ! La postérité eût été certes bien plus édifiée de Bossuet, si elle l'eût vu donner à Tépiscopat, dans cette circonstance^ le même exemple de soumission et d'humilité que Fénelon. L'amour-propre de ce dernier aurait dû naturellement bien plus souffrir de la condamnation de son livre ^ que l'assemblée du clergé d'avoir été reprise d'une fausse démarche. Celle-ci pourtant se révolta contre son supérieur, et l'on verra Fénelon ne faire entendre que le langage de la plus docile , de la plus obéissante des brebis. On respire au souvenir des dispositions de ce grand homme , et son erreur devient une faute heureuse, puisqu'elle a dévoilé la sincérité du respect et de la dépendance qu'il avait solennellement professés à l'égard du chef de l'Eglise.

» Une autre réflexion naît tout naturellement à l'égard du panégyriste de Bossuet. Ne serait-il pas dans l'ordre qu'un cardinal, c'est-à-dire qu'un homme que le souverain Pontife a honoré de la plus haute dignité qui, après la sienne, puisse être possédée dans l'Eglise, eût quelque sentiment d'égards et de reconnaissance envers le vicaire de Jésus-Christ, qui, après tout, pouvait lui refuser cet honneur ? Est-il décent que ce soit dans ce sénat auguste que le Pape trouve des juges sévères qui le condamnent, et cela quand il est incontestable qu'il n'a agi que pour la gloire de Dieu, et pour le plus grand intérêt de son Eglise? Faut-il qu'un cardinal français reporte toute sa gratitude vers un prince de la terre, et qu'il ne pense rien devoir, pas même ce qui est de la plus stricte bienséance, au chef de l'Eglise ? Est-ce par de pareils procédés que l'on prétend signaler la civilité et la politesse françaises ? Je n'ai jamais compris comment les cardinaux français pouvaient se montrer hostiles aux décisions ou aux prérogatives du Saint-Siège. J'ai entrepris plusieurs fois de lire l'ouvrage de M. de la Luzerne sur les liberté»' de V Eglise gallicane : que l'on en pense ce que l'on voudra, mais je n'ai jamais pu continuer : mon esprit se révoltait aussitôt en songeant à un enfant privi- . légié qui faisait le procès à son bienfaiteur et à son père. C'est

aussi ce qui ne m'a pas permis de relire une seconde fois la Vie de Bossue t^ par M. de Bausset.

» Dans cette singulière question de la régale , nous voyons se reproduire les dispositions d'une partie des évêques d'Angleterre sous Henri II. « Pourquoi, leur écrivait saint Thomas de Cantorbéry, trompez-vous vos frères? Quelle est l'autorité qui ait conféré aux princes temporels la prérogative que vous prétendez leur donner sur les choses ecclésiastiques ? De grâce , ne confondez pas les droits du royaume et de l'Eglise. Ces puissances ne sont-elles pas entièrement séparées?... Prenez mieux les intérêts du roi , vous qui recherchez ses bonnes grâces au détriment de l'Eglise : ne soyez pas la cause de sa perte et de celle de sa maison. Vous dites qu'il y a du danger à tenir ferme, le roi pouvant cesser d'être dévoué à l'Eglise romaine.... Et moi je vous dis que c'est un crime de former un pareil jugement... Ce n'est pas de sa part que vous devez craindre, c'est de la vôtre ; c'est vous qui lui ouvrez la voie pour renverser la liberté ecclésiastique... Que deviendra l'Eglise si on la laisse enchaîner et dépouiller dé ce qu'elle possède?... Ne serait-ce pas à vous d'opposer une barrière à ces envahissements? Faut-il que non-seulement vous gardiez le silence, mais que vous donniez à l'injustice l'appui de votre suffrage ?» La faiblesse de l'épiscopat d'Angleterre , à cette époque, tranquillisa Henri II dans ses usurpations , et fut cause du massacre de saint Thomas.

» Nous voyons Bossuet convenir que l'on avait tort, au fond. S'il eût eu à donner son avis, dans une pareille affaire, sur la conduite de tout autre prince agissant comme Louis XIV, son idole, il l'aurait flétrie hautement et énergîquement. En effet, quatorze ans avant l'affaire de la régale , parlant de Henri II, roi d'Angleterre, dans le panégyrique de saint Thomas de Cantorbéry, il demandait si Ton pouvait, sans injustice, concevoir le dessein de ravir à l'Eglise ses privilèges? Pais il ajoutait :

« Cependant Henri II, roi d'Angleterre, se déclare l'ennemi de l'Eglise ; il l'attaque au spirituel et au temporel , en ce qu'elle tient de Dieu , et des hommes. Il usurpe ouvertement sa puissance; il met la main sur son trésor, qui renferme la subsistance des pauvres ; il flétrit l'honneur de ses

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