‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 74 sur 260 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Rôle de Bossuet dans la rédaction des quatre articles.

Dans l'intervalle qui s'écoula entre la lettre des évêques et la réponse du Pape, le 19 mars 1682, l'assemblée avait rédigé et publié la fameuse déclaration dite des quatre articles. Le Pape la connaissait, quand il rendait le bref dont nous avons parlé, et la sentence par laquelle il casse, réprouve, annule les actes de rassemblée, porte certainement sur les quatre articles, autant que sur les décisions concernant la régale.

Ici encore nous avons à chercher quel fut le rôle de Bossuet dans cette déplorable affaire. Ecoutons d'abord le récit de M. de Bausset.

a Ce n'était pas sans raison que Bossuet avait d'abord conçu les plus vives inquiétudes , en observant l'agitation des esprits et les dispositions du gouvernement. Ce qu'il pensait à cet égard, nous a été conservé dans les manuscrits de l'abbé Ledieu, dont nous allons transcrire le récit :

a Dans notre voyage de Meaux à Paris, on parla de l'assemblée » de 1682. Je demandai à M. de Meaux, qui lui avait inspiré le » dessein des propositions du clergé sur la puissance de l'Eglise ;

' Cardinal Villecourt, la France et le Pape , chap. ii.

i36 HISTOIRE DE BOSSUET.

9 il me dit que M. Colbert, alors ministre et secrétaire d'Etat, en » était véritablement l'auteur^ et que lui seul y avait déterminé, le B roi. M. Ck)lbert prétendait que la division que Ton avait avec D Rome sur la régale était la vraie occasion de renouveler la doc- » trine de France sur l'usage delà puissance des Papes; que dans » un temps de paix et de concorde, le.désir de conserver la bonne » intelligence, et la crainte de paraître être le premier à rompre » l'union , empêcherait une telle décision , et qu'il attira le roi à » son avis par cette raison contre M. Le Tellier , aussi ministre et » secrétaire d'Etat, qui avait eu, ainsi que l'archevêque de Reims, D son fils, les premiers cette pensée, et qui ensuite l'avaient aban- » donnée par la crainte des suites et des difficultés. Au reste , feu » M. de Paris, de Harlay, ne faisait en tout cela que flatter la » cour, écouter les ministres et suivre à l'aveugle leurs volontés D comme un valet. Ce fut donc un coup d'une grande importance » de relever l'ancienne doctrine de France par l'autorité des évê- » ques mêmes assemblés entre eux ^ d

D Ces détails sont conformes aux notes manuscrites de l'abbé Fleury, qui ont été publiées en i808. Il est vraisemblable qu'il tenait ces mêmes faits de Bossuet, avec qui il passait sa vie. Ce n'étaient pas les dispositions du gouvernement que Bossuet redoutait le plus. Il était facile de le calmer sur l'exagération de ses inquiétudes , de l'éclairer sur ses propres intérêts , et de le satisfaire sur les justes demandes qu'il avait droit de former pour assurer l'honneur de la majesté royale et la tranquillité de l'Etat.

9 Ce n'était pas même encore la complaisance peut-être excessive de quelques évêques , que leur caractère doux et timide et l'amour du repos pouvaient rendre trop accessibles à la crainte de déplaire. Il était possible de les fixer dans une juste mesure entre le devoir et l'honneur , en les rappelant à leurs serments e nvers l'Eglise et envers le roi .

ï) Les plus grandes difficultés pouvaient venir de plusieurs évêques très-vertueux, très-éclairés , sincèrement attachés à la reli-

' Journal de Ledieu^ tome II. M. de fiausset^ très-habile dans l'art des coupures ^ n'a pas manqué de pratiquer celle du dernier paragraphe, qui gênait son admiration enthousiaste] pour les députés de 1682.

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