LIVRE VIL — CHAPHRB X
gion, à l'Eglise et à TEtat^ mais que le mouvement des esprits pouvait entraîner à des mesures extrêmes , qu'ils seraient peutêtre les premiers à regretter d'avoir prises , et dont ils auraient à déplorer trop tard les suites funestes et irréparables.
D Ce fut la difficulté de ramener ou de combattre tant de sentiments opposés^ d'éluder ou de prévenir tant de dangers, qui détermina Bossuet à établir d'abord dans son discours d'ouverture les véritables principes de l'ancienne doctrine de l'Eglise universelle, et celle de l'Eglise gallicane en particulier. Ce fut par cette sage et inquiète prévoyance qu'il s'attacha à consacrer dans la forme la plus solennelle la primauté du siège apostolique et l'indéfectibilité de l'Eglise romaine.
D Si on lit en effet avec attention le discours , on verra qu'il n'est que le développement de la doctrine, que Bossuet a exposée depuis dans les quoJre articles avec tant de précision, d'exactitude et de dignité.
» Il parait par une de ses lettres à M. Dirois, qui date des premiers temps de l'assemblée , qu'il s'était flatté qu'on pourrait encore éviter de prononcer des décisions difficiles et délicates : une profonde connaissance de l'histoire ecclésiastique l'avait convaincu qu'il est mal aisé et souvent impossible de porter dans ces sortes de décisions cette certitude et cette évidence qui ne laissent aucune ouverture aux contradictions des esprits ombrageux. Bossuet lui écrivait :
« Je serais assez d'avis qu'on n'entamât point de matières contentieuses; je ne sais si tout le monde sera du même sentiment. Mais quoi ({u'il en soit, j'espère qu'il ne sortira rien de l'assemblée que de modéré et de mesuré, i»
a II paraissait conserver encore la même espérance un mois après. 11 écrivait le 26 janvier 1682 au même M. Dirois :
« Je ne vous parle plus des affaires de la régale , ni des résolutions de notre assemblée qm sont publiques ; je souhaite que dans les autres affaires, nous ne donnions point lieu à de nouvelles difficultés , et c'est à quoi tous les gens de bien doivent s'appliquer, m
» L'abbé Fleury , en rapportant les mêmes détails dans ses notes^
fait apercevoir de la part de Bossuet une répugnance encore plus marquée à laisser entrer l'assemblée dans ce vaste champ de discussions où elle pouvait s'égarer.
» U paraissait croire que la manière dont il s'était exprimé sur l'autorité du Pape dans son Exposition^ pouvait suffire pour écarter toute interprétation odieuse, et même pour la réconcilier avec les ennemis du Saint-Siège.
» C'était par cette raison , suivant l'abbé Fleury, que Bossuet proposait -d'examiner toute la tradition, pour laisser aux esprits le temps de se calmer et la liberté de considérer cette grande question sous tous les points de vue qu'elle pouvait présenter.
» La position personnelle de Bossuet dans rassemblée ajoutait encore aux embarras et à l'espèce d'indécision qu'il éprouvait. Elle l'avait nommé, avec l'évêque de Tournai, membre de la commission qui devait préparer les résolutions de l'assemblée. C'était à ces deux prélats qu'elle avait confié l'honneur d'être ses interprètes en présence de l'Eglise et de l'Europe attentives. C'était d'eux qu'elle allait recevoir cette déclaration attendue avec tant d'impatience, et qui devait former une époque dans les annales de l'Eglise gallicane.
» L'évêque de Tournai était l'ancien de Bossuet dans l'épiscopat ; et en cette qualité, il présidait la commission. Ce titre et son mérite personnel devaient nécessairement lui donner une grande influence dans le travail et sur la décisioii.
» D'ailleurs Bossuet était lié d'estime et d'amitié avec ce prélat. Il le regardait avec raison comme l'un des évêques qui honoraient le plus l'Eglise gallicane , dans un temps où elle comptait un si grand nombre d'évêques distingués.
» Mais dans une afTaire dont les suites étaient si importantes et pouvaient devenir si inquiétantes, Bossuet croyait devoir s'élever au-dessus de toutes les considérations d'amitié et des égards de société.
» Il rejetait , comme l'évêque de Tournai , Y infaillibilité du Pape, mais il n'en était pas de même de Yindéfectibilité du Saint- Siège, que Bossuet regardait comme un point de dogme fondé sur les Ecritures mêmes.