‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 76 sur 260 · LIVRE VII. — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE X

» n établissait la différence de V infaillibilité du Pape d'avec Vindéfectibilité du Saint-Siège , sur ce qu'en supposant même qu'un Pape vînt à errer, son erreur ne prendrait point racine dans son siège , et serait , suivant la doctrine du concile de Constance, réprimée et condamnée par l'Eglise assemblée, et qu'en supposant encore que le siège de Rome errât sur la foi , ce ne serait pas obstination et opiniâtreté. Les autres Eglises la ramèneraient bientôt au sentier de la foi. Aussitôt qu'il s'apercevrait qu'il erre, il rejetterait l'erreur ; d'où il résulte que s'il lui arrive peut-être quelquefois d'errer sans mauvaise intention, cependant Une lui arrivera jamais de tomber dans le schisme et l'hérésie ^

» L'évêque de Tournai ne se montra pas d'abord aussi favorable à Vindéfectibilité du Saint-Siège : et après une discussion assez animée qu'il eut avec Bossuet sur cette question, il se détermina à se désister de la commission que l'assemblée lui avait donnée, de rédiger la déclaration des sentiments du clergé de France, et ce fut Bossuet (jui en fut chargé.

)) Il s'attacha à la fonder sur les principes qu'il avait exposés dans le discours d'ouverture.

» Bossuet ne pouvait plus différer d'obéir au mouvement imprimé à l'assemblée par de nouveaux ordres du roi , que M. de Colbert et l'archevêque de Paris avaient provoqués •. Le roi demandait une décision; mais Bossuet fut moins effrayé des dangers et des conséquences qu'il en avait redoutés , dès qu'il se vit le maître de donner à l'expression des sentiments de l'Eglise gallicane la dignité, la mesure et l'exactitude que demandait une déclaration qui allait être exposée à l'examen de toute l'Europe

* 1° La doctrine du concile de Constance qui est ici mise en avant ne compte absolument pour rien, comme nous le verrons. 2° Cette différence entre Vinfaillibilitë et Vindéfectibilité, d'où vient-elle ? Qu'a-t-eile de commun avec la tradition? EUe est basée, non sur des faits, mais sur d'injurieuses et vaines suppositions. Elle tourne toujours dans ce cercle vicieux : que l'Eglise romaine est la mère des Eglises, et que cependant elle leur est soumise ; que les Eglises reçoivent de TEglise-mère le lait et la vie, et que cependant ce sont elles qui se trouvent gardiennes de la foi. Arguties vraiment misérables^ pour employer un mot de Bossuet.

' Est-ce clair ? Bossuet agissait-il dans la plénitude de sa liberté et de sa dignité ?

chrétienne, il savait d'avance que cette déclaration devait fixer à jamais les rapports de Tordre religieux et politique^ ainsi que les principes du gouvernement ecclésiastique.

D On peut présumer par un mémoire , que le sieur Coquelin, promoteur^ lut dans la séance du 26 novembre 1681^ que la première intention de l'assemblée avait été de se borner à changer en une décision de TËglise gallicane^ les 52:1; articles que la faculté de théologie de Paris avait publiés en 1663 sous la forme d'un jugement doctrinal^ et de donner seulement à quelques-uns de ces articles une expression plus précise et plus déterminée. Mais Bossuet pensa que la forme de ces articles qui convenait au jugement doctrinal d'une faculté de théologie ^ n'avait pas cette dignité, cette majesté qui doit accompagner les paroles et les déclarations d'une assemblée d'évêques que leur caractère a investis du droit de prononcer avec autorité sur la doctrine^ les mœurs et la discipline. D'ailleurs, dans quelques-uns de ces articles^ la faculté de théologie de Paris avait paru flotter dans une espèce d'indécision qui ne pouvait plus convenir aux circonstances actuelles.

D Dans les assemblées particulières qui se tinrent à l'archevêché^ Bossuet eut à lutter contre plusieurs de ses collègues^ qui paraissaient craindre qu'il ne donnât trop d'étendue aux prérogatives du Siège apostolique. L'archevêque de Paris (Harlay)^ qui était alors très - exaspéré contre le Pape , paraissait souvent contrarier ses vues sages et modérées. Il y eut^ suivant l'abbé Fleury^ beaucoup de disputes au sujet de la rédaction des articles : et le procès- verbal de l'assemblée semble en effet indiquer que ces discussions traînèrent longtemps en longueur, puisque la commission ne fit son rappoi-t que le 17 mars 1682 , plus de quatre mois après l'ouverture de ses séances.

» L'abbé Ledieu nous apprend que Bossuet présenta d'abord à la commission le préambule qui précède les quatre articles , et que ce préambule fut unanimement approuvé. Il soumit ensuite à la commission quatre projets d'articles en style des canons des anciens conciles, établissant par l'Evangile la foi de la primauté et de la supériorité du Pape et de l'indéfectibilité de l'Eglise

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