LIVRE VU. — CHAPITRE X
romaine. De ces quatre projets^ la commission adopta celui gui est devenu si célèbre sous le titre des quatre articles du clergé de France : et ce projet passa contre l'avis de Tarchevêque de Paris, gui ne voulait pas qu'on parlât ni de la primauté du Pape , ni de sa supériorité. »
» 11 est malheureux que Tabbé Ledieu ne nous ait point conservé les trois autres projets , et que nous n'ayons pu en retrouver aucune trace parmi les papiers qui nous ont été confiés. Cependant il est peu vraisemblable qu'ils eussent offert des différences trèsnotables avec celui qui fut adopté. On y aurait observé avec un grand intérêt la variété des expressions dont il croyait pouvoir se servir, pour énoncer les mêmes principes , les mêmes maximes, les mêmes sentiments; et ce qui ne permet pas de douter que ces principes et ces maximes ne fussent absolument les mêmes, c'est qu'on retrouve dans les quatre articles toute la doctrine du sermon de l'ouverture de l'assemblée sur l'unité de PEglise, et qu'il n'est jamais arrivé à fiossuet d'être en contradiction avec luimême dans aucun de ses écrits ^
d Ce fut le 19 mars 1682 , que l'assemblée du clergé fit cette célèbre déclaration , qui est un des beaux titres de la gloire de Bossuet de l'Eglise de France.
» Deux jours auparavant (le 17 mars) , l'évêque de Tournai fit un rapport pour préparer la décision de l'assemblée. Ce rapport est un véritable traité sur cette matière importante. Il est plein d'érudition et de recherches. Il annonce que l'évêque de Tournai s'était livré à une étude approfondie de l'histoire ecclésiastique ; mais la forme en est sèche , pénible , et manque de chaleur et de dignité , on peut même lui reprocher de l'avoir chargé d'une érudition qui aurait pu être présentée avec plus d'art et de goût. C'est dans ce genre de mérite qu'excellait éminemment Bossuet, dont le génie ne se montrait jamais avec plus d'éclat que dans remploi des textes de l'Ecriture et des Pères.
* Si M. de Bausset avait lu le livre de la défense, et Tavait comparé avec les autres ouvrages de controverse dirigés contre les protestants^ il se serait montré beaucoup moins affîrmatif sur le fait qu'il énonce.
D C'est ce qu'on remarque d'une manière sensible dans la déclaration de 1682. Les quatre articles qu'elle proclame, sont presque entièrement composés des propres paroles répandues dans les écrits des Pères de TEglise^ dans les canons des conciles, et dans les lettres mêmes des souverains Pontifes. Tout y respire cette gravité antique qui annonce en quelque sorte la majesté a des canons faits par Fesprit de Dieu^ et consacrés par le respect général de l'univers. »
» Le préambule mérite une attention particulière ; il manifeste clairement Tintention et la pensée de Bossuet. On voit dans quel esprit il a conçu, rédigé et présenté cette célèbre déclaration. II est impossible de ne pas y reconnaître que Bossuet s'est également proposé de réprimer ceux qui dégradent l'autorité légitime du Saint-Siège, et ceux qui l'exagèrent à un degré incompatible avec les maximes de la religion et avec les principes de la soumission due aux puissances de la terre.
» Cette déclaration est connue de tout le monde; il est peu d'actes ecclésiastiques qui aient eu autant de solennité et obtenu autant d'autorité. Mais c'est surtout dans la vie de Bossuet qu'elle doit être inscrite comme le plus beau monument de son bistoire. » (Bausset, liv. YI.)
Nous ne dirons rien du récit qu'on vient de lire, il trouvera sa réfutation dans la suite de l'bistoire. Nous consignerons seulement ici une réflexion du savant Marchetti, archevêque d'Ancyre, auteur des excellentes notes sur l'histoire de Fleury :
(X Bossuet, dit- il ^ engagé malheureusement dans cette triste afiaîre, ne songea plus qu'à diminuer le mal qui devenait inévitable. Le chef-d'œuvre, pour lui, eût été de réussir, par tous les détours qu'il employait alors, d'écarter entièrement, ou, du moins , d'éluder la décision doctrinale que l'on demandait ; mais le torrent tombait de bien haut , et dissipait , comme une fumée légère, tous les expédients auxquels Bossuet avait recours. On voit que ce grand homme, forcé jusque dans ses derniers retranchements, par d'impérieuses circonstances, met en œuvre tout ce qu'il a de ressources dans son génie pour se diriger , sans faillir, au milieu de deux écueils qui l'environnent. Ici, il voudrait con-