CHAPITRE XIII
Livre de Roccaberti. — Sa condamnation par le parlement. — AfiPaire de Sfondrate. — Petite vengeance. — 1693-1697.
Au moment où les luttes paraissaient s'assoupir et où Bossuet pouvait croire que tout était dit contre la déclaration^ voici un nouveau et redoutable adversaire gui s'annonce, (de 1693 à 1696) au bruit de trois volumes in-folio^ ayant pour titre : De Romani Pontificis auctoritate (de l'autorité du Pontife romain ) ; c'est l'archevêque de Valence , Thomas de Roccaberti ^ Ce grave auteur, que M. de Bausset traite avec un dédain peu facile à justifier, était un savant de premier ordre; il occupa les plus hauts emplois dans l'Espagne^ sa patrie, fut grand inquisiteur^ vice -roi de Valence, enfin cardinal. Sa science peut paraître indigeste pour nos esprits français, mais elle rappelle celle des Suarez et des Sanchez. A ce coup , Bossuet perdit patience et ne put se contenir. Suivons son historien nous racontant avec un air de triomphe cette déplorable histoire.
a L'archevêque de Valence, Thomas de Roccaberti, publia trois volumes in-folio ', où l'oubli de toutes les convenances et l'exagération des opinions ultramontaines semblaient excéder les bornes que les partisans les plus outrés de la puissance des papes avaient encore respectées. Cet ouvrage avait été imprimé en Espagne avec les approbations les plus emphatiques. Bossuet en cite quelques fragments dans son mémoire au roi^ et ils laissent une idée bien affligeante des préjugés qui dominaient encore en Espagne sur ces matières. Bossuet aurait sans doute laissé dans l'oubli l'ouvrage et les approbateurs, si l'auteur n'y eût pas joint deux brefe d'Innocent XII, qui vantait la diligence, l'étude, Tafifection , le zèle, l'érudition^et l'esprit que l'auteur avait employés à
ï Voyez cardinal Villecourt, la France et le Pape,
' Ces trois volumes parurent successivement en 1693, 1694 et 1695,
l'avantage de l'Eglise. » Quoique ces expressions, comme l'observe Bossuet, ne fussent que des formules obligeantes^ qui ont passé dans le style ordinaire des brefs, et n'énoncent aucune approbation de la doctrine et des maximes de l'auteur ^ on s'affligeait de voir le nom d'un Pape qui vivait dans la meilleure intelligence avec la France, a à la tête de cet amas d'invectives contre un grand roi (Mémoire de Bossuet au roi) : » et on pouvait craindre que l'auteur et les partisans de sa doctrine ne s'en prévalussent pour persuader au public qu'Innocent XII partageait leurs sentiments et leurs opinions.
» Bossuet présenta à Louis XIV un Mémoire *, dans lequel il représentait que, malgré les engagements que le roi avait pris avec la cour de Rome , et qui avaient été le sceau de la réconciliation des deux cours , il était impossible de garder entièrement le silence sur un ouvrage publié par un archevêque d'Espagne, qui y exerçait les emplois les plus importants dans l'ordre civil et ecclésiastique^ et qui avait osé s'y permettre des expressions outrageantes pour l'honneur et la gloire du roi et de la France.
» Ce Mémoire de Bossuet est plein de sagesse et de modération; il n'a pour objet que de solliciter la réparation due au roi, en écartant toutes les mesures qui auraient pu altérer l'union qui existait alors entre Rome et la France *.
» Bossuet propose de faire rendre un arrêt du parlement, pour a défendre le débit de l'ouvrage » de Roccaberti dans le royaume; mais il recommande en même temps a qu'on évite dans l'arrêt tous ces termes injurieux de lacérer et de brûler par la main du bourreau ; » expressions , qui , dans de pareilles matières , sont aussi peu convenables à la dignité du parlement, qu'à la nature des ouvrages et à la qualité des personnes qu'on se propose de condamner.
» Par la même raison, Bossuet aime à supposer « que MM. les gens du roi , en disant ce qui sera essentiel à l'afifaire, sauront éviter par leur pradence les termes qui pourraient causer de l'aigreur. »
* On le trouve imprimé à la tête de la « Défense de la déclaration. »
^ Voyez t, XXII, p. 617. Ce triste Mémoire est fort peu sage et fort peu modéré.