‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 99 sur 260 · WVRE VU. — CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

WVRE VU. — CHAPITRE XV

la foi au même titre que vous, libres de tout préjugé et de toute crainte, ne nous est-il point permis de croire schismatique ce quQ vous jugez conforme à l'obéissance, et hérétique ce que vous qualifiez d'orthodoxe ?

Nous soumettons, nous, notre jugement au jugement infaillible du Pontife suprême ; ce que vous n'avez point fait. Une preuve que Rome est avec nous, c'est qu'elle nous encourage, tandis qu'elle casse, annulle, réprouve vos actes et vos doctrines...

Au surplus, vous vous prenez à vos propres pièges. Quel est le fond de votre déclaration? Que la vérité se trouve sûrement, incontestablement là où est le pape, uni à la très-grande majorité des évêques ?

Mais que sont vos trente-six, dont plusieurs vous renient, avec les huit cents évêques de toute la chrétienté , qui répudient vos doctrines nouvelles et se tiennent fermement attachés à celles que toute l'antiquité a révérées et professées? Quand tous les évêques de France vous suivraient, ce ne serait encore qu'un atome dans ce grand corps , et votre sentiment demeurerait sans valeur, de votre propre aveu...

Vous vous retranchez derrière un rempart qui n'offre aucune solidité, la doctrine de l'école de Paris, scholœ Parisiensis. Depuis quelle époque et en vertu de quel privilège l'école de Paris jouitelle de l'infaillibilité ? Est-ce uniquement parce qu'elle est française? Mais,, l'histoire à la main, nous vous démontrerons que l'école de Paris a tenu heureusement, et pour son éternelle gloire, la doctrine opposée, c'est-à-dire la vraie et saine doctrine, conforme à la tradition et à l'enseignement des plus célèbres docteurs. Llmmortel élève de Nicolas Cornet a soutenu cette vieille doctrine en Sorbonne, et, s'il a retourné son drapeau, il n'a pu changer le glorieux passé de la France. La doctrine de votre déclaration demeure donc une nouveauté et couverte d'une tache que rien ne lavera dans la postérité '.

3** La faillibilité du Pontife romain et sa subordination au concile général, ne sont pas des doctrines nouvelles, nées, comme on le

* Voir la France et le Pape du cardinal Villecourt, 1'« partie. Gérin, ouvrage cité. De Maistre, du Pape, de V Eglise gallicane, Soàrdi, etc. etc.

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prétend, du schisme d'Occident.... Elles remontent à la plus

haute antiquité , elles ne constituent pas un enseignement

erroné^ ni censuré par le Saint-Siège....

Sur ces différents points^ Bossuet reprend une partie des arguments de la défense et les expose avec plus de modération peutêtre, mais non avec plus de justesse et d'exactitude historique.

On ne se fait pas idée aujourd'hui de la douloureuse impression que causa en Europe cette partie de la déclaration. Il faut remarquer que c'est sur ce terrain qu'accourent les adversaires de la doctrine gallicane et que le combat prend toute son animation. La question paraissait tranchée , autant qu'elle peut l'être pour des catholiques. Il n'y avait pas encore deux siècles que Léon X, dans unebuUe^ lue et acclamée au cinquième concile de Latran, proclamait que seul le Pontife romain a pleine puissance sur tous les. conciles, supra concilia omnia, puissance àe^X^ convoquer^ i^ les présider, de les dissoudre ^ de changer le lieu de leurs réunions^ d'approuver leurs décrets, etc.

La nouveauté scandaleuse, produite sous le couvert de la déclaration, se présentait, aux yeux des théologiens^ non-seulement comme une insurrection contre les décisions pontificales et la tradition, mais encore comme une cause d'ébranlement pour toute la société chrétienne. De là les mots schismatique , hérétique^ erroné, appliqués unanimement au second article de la déclaration.

Trois conséquences désastreuses paraissent évidemment découler de ce pernicieux principe : 1° Que devient le Pape, sinon l'exécuteur ministériel des décisions conciliaires? Ainsi l'a conclu plus tard Fébronius.

V L'appel du Pape au concile , condamné dans la même bulle sous peine d'excommunication , se trouve légitimé ; car il est de droit naturel d'en appeler de Tinférieur au supérieur. L'auteur de la Défense n'a pas reculé devant cette extrémité ; il affirme c( que la supériorité du concile sur le Pape n'est pas une doctrine ayant pris naissance avec le schisme d'Occident , mais bien celle de toute l'Eglise ; et, qu'avant cette époque, on convenait généralement qu'il était légitime d'en appeler du Pape au concile

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