DON JUAN FAIT DILIGENCE ET ARRIVE AUSSITOT QUE LA CORVETTE
Cependant Don Juan fit tant de diligence, et le vent fut si favorable, que l’escadre arriva presque aussitôt que la corvette. Aux nouvelles que celle-ci apporta, toute la ville fut en mouvement, chacun s’empressa à rendre ses respects à la Princesse, de qui la joie ne put s’exprimer en voyant réussir son projet si glorieusement pour elle et pour son cher ‘époux. :
Le père de Jean de Calais se repentant du mépris qu’il lui avait marqué, fut le premier à engager toute la ville à lui faire les honneurs qu’exigeñient sa naissance et son rang ; 1l lui demanda pardon cn |résence de tous, de son manque de respect, «! sun zèle éclata si sincèrement que la Princesse lui dit en Pembrassant et l’appelant son père, qu’elle ne 8e souviendrait jamais de ce qui s’était passé, et qu’elle Poublia't sans peine en faveur d’un époux qui lui €tai' :::'le fs plus cher que sa vie.
Cé'ie \’rincesse eut à peine reçu les hommages de la :viiie de Caiais, que je port retentit de mille cris
de joie qui annoncèrent l’arrivée de l’escadre. Les habitants magnifiquement vêtus se mirent sous les armes, et furent en bon ordre recevoir Don Juan et Jean de Calais, qui débarquèrent au bruit des trompêttes et des timbales. Les chemins étaient remplis de monde, les fenêtres garnies de dames, et un peuple innombrable les accompagna jusqu’à l’hôtel de ville, où le principal Magistrat avait fait loger la Princesse avec son fils et Isabelle pour lui faire plus d’honneur.
Elle vint recevoir son époux et Don Juan sur le perron qui séparait son appartement de l’escalier. Elle était environnée des dames les plus qualifiées de la ville. Don Juan, comme ambassadeur, s’avança le premier, mit un genoux en terre, et lui baisa a main. Jean de Calais parut ensuite, puis fit la même action ; mais cette Princesse, bien loin de lui
résenter la main, ouvrit ses bras et se jetant dans es siens en le faisant relever, elle l’embrassa mille fois, en lui disant tendrement que ce n’était pas à lui à lui rendre des respects, qu’il fallait désormais qu’il les partageât avec elle. L’amour de ces deux époux attendrit toute l’assemblée, leur grâce et leur beauté attiraient son admiration, et l’on fut bien longtemps sans rien entendre que: Vive Jean de Calais et la Princesse de Portugal.
Tant de marques de bienveillance de la part de la Princesse déchirèrent l’âme de Don Juan. Il se contraignit cependant, et voulant faire croire que ses ordres étaient d’assez grande importance pour n’être
pas rendus publics, il demanda une audience parti-
culière à Constance. Mais cette Princesse qui connaissait le fond de son cœur, voulut s’épargrer un entretien qui aurait pu lui être désagréable, et lui répordit tout haut qu’elle n’avait point de secret pour
son époux, qu’il pouvait s’expliq an! Jui: en sachant les Mytée du Roi pour Je... ‘alais, Ces ordres devaient Ini être communiqués corune à elle, Don Juan sentit tout: l’étendue de ce refus. ll avait autrefois parlé de son amour à Constance qui l’avait toujours traité avec indifférence. Ainsi il ne douta point que la crainte d’entendre ses plaintes, et le mépris qu’elle faisait de sa tendresse, ne la fit ag'r de la sorte. Il résolut de s’en venger, et continuant de dissimuler sa rage et ses desseins, il rendit à la Princesse un compte exact de ce qui s’était passé entre le Roi et Jean de Calais, et finit en la conjurant au nom de ce Prince de partir incessamment.