JEAN DE CALAIS EST ADMIS CHEZ LE ROI
Il y fut en remettant au ciel le soin de l’éclairer.
Le Roi le fit entrer seul dans son cabinet, et lui montrant un visage ouvert : Je suis persuadé, lui ditil, que ce qui s’est passé tantôt vous a donné de Pinquiétude ; je ne puis cacher que j’en ai une que vous pouvez dissiper ; j’ai pris pour vous une estime particulière et je n’épargnerai rien pour vous la prouver, si vous ne me déguisez point la vérité.
L’ambition d’acquérir quelque gloire, répondit Jean de Calais, en se baissant profondément, ne peut entrer, Seigneur, dans les âmes capables de mensonge ; l’honneur et la probité seront toujours les guides de mes actions et de mes paroles. Jene voudrais pas, au péril de ma vie, manquer à ce qu’ils exigent de moi, même avec mes plus grands ennemis ; jugez, Seigneur, si jen suis capable avec un Prince dont la justice et les vertus font mon admiration.
Ainsi donc, lui dit le Roi, vous n’aurez pas de peine à m’avouer quelles sont les deux femmes et l’enfant peints sur la poupe de votre vaisseau. Non, Seigneur, lui répondit promptement Jean de Calais ; l’une des deux est ma femme, l’enfant est son fils et le mien, et l’autre est une de ses amies que j’ai tirées avec elle d’un funeste esclavage. Le Roi de Portugal soupira et répandit quelques larmes qu’il ne put cacher. Et de laquelle, lui dit-il, êtes vous l’époux ? De la plus belle, répondit Jean de Calais. Et son nom, continua le Prince ? Constance, et celui de 8a
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compagne, Isabelié. Ah ! s’écria le Roi, je n’en puis
douter. Mais, reprit-il, achevez d’être sincère en
me contant en quel temps, et comment ces deux per- #onnes sont parvenues entre vos mains ; et de quelle façon vous vous êtes résolus, cette Constance et vous, à vous donner la foi.
Alors sans hésiter Jean de Calais rapporta fidèlement au Roi de Portugal tout ce qui lui était arrivé depuis qu’il était parti pour la première fois du lieu de sa naissance ; et quoiqu'il affectât de parler de lui avec modestie, il en dit assez pour faire connaître de quelle utilité sa valeur avait été à sa patrie ; il continua ensuite son naufrage sur les côtes de l’Orimanie, son aventure touchant le cadavre : et enfin la manière dont il avait délivré Constance et Isabelle.
J’adorai Constance, continua-t-il, du premier moment que je la vis ; en la connaissant, j’admirai sa vertu, son courage à supporter les malheurs, et je ne crus point de plus grande félicité pour moi que d’être uni à elle pour jamais. J’eus le bonheur de lui plaire, elle accepta ma foi, mais elle ime cacha sa naissance avec un soin extrême.
Ilest vrai que je ne l’ai jamais pressée là-dessus : mon cœur content de sa vertu dégdaignant de s’instruire de ce qui doit le moins attacher les âmes généreuses, la mienne préférant l’esclave qui mérite des couronnes aux Reines dont les sentiments ne répondent pas à la grandeur de leur rang. J’en ai un fils qui fait tout mon bonheur et celui de sa mère, et c’est pour obéir à cette ehère épouse que j’ai tourné la proue de mon vaisseau du eôté de ces lieux. J’i-
nore son dessein ; j’ignore aussi le vôtre, Seigneur, ue le récit que vous exigez de moi, mais je sais que, quelqu’il puisse être, je serai toujours fidèle à Constance, et que je ne m’en séparerai jamais. Voilà, Sei-
gneurs l’exacte vérité que vous m’ayez demandée : eureux si elle peut exciter dans votre âme les sentiments d’estimé que je cherche à n’acquérir parmi les nations où mes desseins et le hazard me font 4border.