‹ Histoire de Jean RacineChapitre 2 sur 60 · AD CHRISTUM · texte numérisé non relu

AD CHRISTUM

0 qui perpetuo moderaris sidéra motu,

Fulmine qui terras imperioque régis, Summe Deus, magnum rébus solamen in arctis,

Una salus famulis praesidiumque tuis; Sancte parens, facilem prsebe implorantibus aurem,

Atque humiles placida suscipe mente preees : Hanc tutare domum, quse per discrimina mille,

Mille per insidias, vix superesse potest.

Si les vers latins de Racine trouvaient grâce devant ses maîtres , son goût pour la poésie française alarmait ces hommes graves et prudents, qui voyaient dans ce genre, trop souvent consacré à la frivolité et à la galanterie , beaucoup de dangers pour les mœurs , et le plus grand obstacle à un établissement honnête. Ils raisonnaient d'après les maximes de la morale religieuse, et d'après une parfaite connaissance de la société. Ne pouvant prévoir à quel degré Racine devait s'élever un jour par son talent poétique , ils suivaient les conseils de l'expérience en l'écartant d'une carrière oii l'on n'obtient souvent, au prix de travaux opiniâtres, que le ridicule, le mépris et la pauvreté. Il n'y a guère dans un siècle que trois ou quatre génies qui s'élèvent au-dessus de la médiocrité, et c'est comp-

ter sur un prodige que d'encourager un jeune métromane.

Il faut convenir que les premiers vers de Racine justifiaient les réprimandes de ses maîtres: les accents dont sa muse naissante fit retentir les bois de Port-Royal n'avaient rien de mélodieux , rien qui pût faire deviner Racine; ses stances et ses petites odes n'étaient point les préludes des chœurs d'Esther et d'Aihalie. De mauvais vers faits à seize ans n'ôtent pas , il est vrai , Tespérance ; mais ils ne sauraient non plus la donner.

Après trois ans de séjour à Port-Royal, Racine, âgé d'environ dix-neuf ans, vint à Paris faire sa philosophie au collège d'Harcourt. Quelle philosophie! vont s'écrier nos philosophes d'aujourd'hui. Ils ont raison , sans doute , de blâmer plusieurs subtilités épineuses qui déshonoraient l'ancienne philosophie; mais qu'ils nous expliquent donc enfin pourquoi les auteurs à qui l'on a enseigné cette philosophie ont mis dans leurs écrits une raison plus saine, un sens plus droit, un jugement et un goût plus exquis que tous les élèves de la philosophie moderne? Comment se fait-il que la philosophie, en se perfectionnant , ait formé tant d'esprits faux et de mauvais raisonneurs? Pourquoi les Arnault, les Nicole, les Pascal, les Bossuet, les Fénelon, les Molière, les Boileau, les Racine, les la Bruyère, les la Fontaine, etc., tous nourris dans

leurs études de syllogismes, de propositions, d'universaux, et de tout ce jargon barbare aujourd'hui si décrié, ont-ils cependant été de profonds penseurs, d'excellents philosophes et des esprits éminemment raisonnables? Il faut croire que la simplicité des mœurs , la probité, la vertu , la droiture du cœur, ont plus de pouvoir encore que renseignement pour épurer la raison, et que les lumières dans des hommes corrompus ne servent qu'à leur fournir des armes pour colorer les sophismes d'une mauvaise conscience. Voilà pourquoi l'essentiel de l'éducation sera toujours de former les mœurs et d'inspirer des sentiments honnêtes*.

^ Geoffroy, Vie de Jean Racine, t. I"", p. xix.

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