LETTRE VIII
Paris, le 3 juin 1695.
C'est tout de bon que nous partons aujourd'hui pour notre voyage de Picardie ^ Comme je serai quinze jours sans vous voir, et que vous êtes continuellement présent à mon esprit, je ne puis m'empêcher de vous répéter encore deux ou trois choses que je crois très importantes pour votre conduite.
La première, c'est d'être extrêmement circonspect dans vos paroles, et d'éviter avec grand soin
1 II partait pour Montdidier, où était la famille de M ""«Racine, et il allak. visiter un domaine que sa femme lui avait apporté en mariage.
la réputation d'être un parleur, qui est la plus méchante réputation qu'un jeune homme puisse avoir dans le pays où vous êtes. La seconde est d'avoir une extrême docilité pour les avis de M. etM°^^ Vigan\ qui vous aiment comme leur enfant.
J'ai oublié de vous recommander d'être fort exact anx heures de leurs repas, et de ne faire jamais attendre après vous. Ainsi ajustez si bien vos promenades et vos récréations, que vous ne leur soyez jamais à charge.
N'oubliez point vos études, et cultivez continuellement votre mémoire, qui a grand besoin d'être exercée. Je vous dem.anderai compte à mon retour de vos lectures, et surtout de l'histoire de France, dont je vous demanderai à voir vos extraits...