‹ Histoire de Jean RacineChapitre 28 sur 60 · LETTRE IX · texte numérisé non relu

LETTRE IX

A Montdidier, le 9 juin 1695.

Votre lettre nous a fait ici un très grand plaisir; et, quoiqu'elle ne nous ait pas appris beaucoup de nouvelles, elle nous a du moins fait juger qu'il n'y

1 J.-B. Racine était alors entré en fonctions de gentilhomme ordinaire du roi, et il était de service à Versailles, où il logeait chez M. Vigan, aux Petites-Écuries.

avait pas un mot de vrai de toutes celles qu'on débite dans ce pays-ci. C'est une plaisante chose que les provinces : tout le monde y est nouvelliste dès le berceau , et vous n'y rencontrez que gens qui débitent gravement et affirmativement les plus sottes choses du monde.

Je vous sais un très bon gré des égards que vous avez pour moi au sujet des opéras et des comédies ; mais vous voulez bien que je vous dise que ma joie serait complète si le bon Dieu entrait un peu dans vos considérations. Je sais bien que vous ne seriez pas déshonoré devant les hommes en y allant ; mais ne comptez-vous pour rien de vous déshonorer devant Dieu? Pensez-vous vous-même que les hommes ne trouvassent pas étrange de vous voir, à votre âge, pratiquer des maximes si différentes des miennes? Songez que M. le duc de Bourgogne, qui a un goût merveilleux pour toutes ces choses, n'a encore été à aucun spectacle . et qu'il veut bien en cela se laisser conduire par les gens qui sont chargés de son éducation. Et quels gens trouverezvous au monde plus sages et plus estimés que ceuxlà? Du reste, mon fils, je suis fort content de votre lettre. Faites bien mes compliments à AI. de Cavoie et à MM. Félix, sans oublier M. Vigan.

DE JEAN RACINK 201

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