LETTRE XX
A Paris, le 2 mai 1698.
Il y aura demain -rois semaines que je ne suis sorti de Paris, et je pourrais bien y en demeurer encore autant, h cause de cette espèce de pelit érésipèle que j'ai, et des médecines qu'il faudra prendre quand je ne Taurai plus. Vous ne sauriez croire combien je me plais dans cette espèce de retraite, et avec quelle ardeur je demande au bon Dieu que vous soyez en état de vous passer de mes petits secours, afin que je commence un peu à me reposer et à mener une vie conforme à mon âge et même à mon inclination. M. Despréaux m'a tenu très bonne compagnie; il e&t présentement établi à Auteuii , où nous Tirons voir quelquefois quand le temps sera plus doux et que je pourrai prendre l'air sans m'incommoder. Je vais souvent voir M. de Cavoie, qui n'est qu'à deux pas de chez moi, et ce sont presque les seules visites que je fasse.
Toutes VOS sœurs sont en très bonne santé , aussi bien celles qui sont au logis que celles de Melun et de Variville, qui témoignent Tune et l'autre une grande ferveur pour achever de se consacrer à Dieu. Babet m'écrit les plus jolies lettres du monde et les plus vives, sans beaucoup d'ordre, comme vous pouvez croire , mais entièrement conformes au caractère que vous lui connaissez. Elle nous demande avec grand soin de vos nouvelles. M. Boileau, frère de M. Despréaux, vit Nanette il y a huit jours , et la trouva d'une gaieté extraordinaire. Votre sœur aînée est toujours un peu sujette à ses migraines. Adieu, mon cher fils; je vous écrirai plus au long une autre fois. J'ai si mal dormi la nuit dernière, que je n'ai pas la tête bien libre ni assez reposée pour écrire davantage. Mille compliments à M. de Bonac. N'ayez surtout aucune in~ quiétude sur ma santé, qui, au fond, est très bonne.