‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 100 sur 140 · QUATRIÈME PARTIE, lî · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE, lî

l'autre. Aubeiias fut emporté. Après y avoir laissé une garnison sous les ordres du capitaine dauphinois Poyet, Coligny se rapprocha dii Rhône et établit son quartiergénéral au Pousin. De là, il jeta sur la rive gauche du fleuve un détachement qui essaya inutilement d'enlever Montélimart. Cette ville aurait exigé un siège en règle. Sans s'arrêter davantage à cette tentative, l'amiral rappela son détachement, et, par les rudes chemins de cette partie des Cévennes qui se joint aux montagnes du Vivarais, il se dirigea vers Saint-Étienne, où il arriva le 26 mai 1570.

Si robuste que fût la constitution de Coligny, l'excès des fatigues et des soucis l'avait épuisé. A Saint-Étienne, il fut saisi d'une fièvre inflammatoire qui consterna ses compagnons d'armes et fit presque désespérer de sa vie. Cependant, soigné par un habile médecin de la Faculté de Paris, nommé Baudichon, il surmonta le mal, et la douleur fit place à la joie. L'amiral entrait en convalescence, quand des ouvertures de paix furent apportées. Elles ne lui parurent qu'un moyen de l'arrêter, et il refusa la suspension d'armes qui était proposée comme préliminaire. Il passa la Loire au pont de Saint-Rambert, dont s'était assuré le capitaine Saint-Jean, frère de Montgomery. Par Feurs , Saint - Symphorien et Roanne, il gagna la Bourgogne, et occupa, le 25 juin, Arnay-le-Duc.

Tandis que la reine-mère, prise encore une fois au dépourvu par cette marche audacieuse, essayait en vain de la suspendre, le maréchal de Cossé-Brissac réunissait en toute hâte un corps d'armée. Les forces qu'il put rassembler ne dépassaient guère douze mille hommes, dont la moitié Allemands ou Italiens. Toutefois,

3i2 HISTOIRE DE JEANNE D'ALBRET.

c'était encore plus que le double de celles de l'amiral. Par suite de la répugnance des Huguenots du midi à s'éloigner de leurs provinces, il n'avait plus guère que le noyau de troupes venu de La Rochelle, et encore était-il bien diminué. Quoiqu'aucun grand combat n'eût été livré, une campagne de huit mois non interrompue, de nombreuses escarmouches ou attaques de petites places, des marches à travers toutes les épreuves des saisons et de la misère, avaient successivement éclairci les rangs de cette vaillante élite.

Deux mille cinq cents arquebusiers et deux mille cavaliers, débris, pour la plupart, des escadrons allemands, portant sur leurs figures, brûlées par le soleil et la poussière, la trace de tant de fatigues, à peine vêtus et chaussés, et sans une seule pièce de canon, telles étaient les forces avec lesquelles Goligny se voyait en présence de douze mille hommes bien pourvus de tout et appuyés d'une forte artillerie. Il osa cependant affronter leur choc. Ce petit reste, ou, si le mot est permis, ce petit résidu d'armée, pareil à ces corps maigres où tout est muscles et nerfs, partageait la résolution de son chef. La présence des princes et les nécessités de la situation animaient tous les courages. Coligny avait pour lui l'avantage du terrain, et, cette fois, plus heureux qu'à Moncontour, il put le mettre à profit. Les arquebusiers occupèrent des positions qui neutralisaient en partie la grande supériorité numérique des troupes royales. La cavalerie, divisée en six escadrons, était conduite par l'amiral lui-même, par le comte Louis de Nassau sous le prince de Navarre, par le marquis de Resnel sous le prince de Gondé, par Montgomery, Genlis et Briquemault, et se tenait prête à porter son effort

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