QUATRIEME PARTIE, 1S68-1570. 34S
sur tous les points où l'infanterie aurait besoin d'être soutenue. Ces dispositions furent couronnées de succès. Repoussées dans toutes leurs attaques, après une action très vive, les troupes catholiques se replièrent sans renouveler le combat.
Immédiatement, Coligny, par une marche rapide, se dirigea vers la Charité. Le chemin de Paris lui était ouvert. La cour prit sérieusement l'alarme. Elle était à bout de moyens ; l'argent manquait pour arrêter la défection des mercenaires qui suppléaient à l'insuffisance de soldats français. Le 7 juillet, Téligny, le baron de Beauvoir, Cavagne et La Chassetière avaient quitté le camp calviniste, pour porter à Paris les dernières propositions de Coligny, mais sans que l'amiral suspendît sa marche. En présence du péril croissant, la cour se décida enfm à consentir aux conditions demandées. Le 8 août, la paix fut signée à Saint-Germain, malgré les protestations de l'ambassadeur d'Espagne et du nonce du saint-siége.
Par cet édit de Saint-Germain, les Réformés avaient amnistie entière, égalité d'admission aux charges pubUques, libre exercice de leur culte dans tous les lieux dont ils étaient en possession, et, de plus, dans deux villes par province : en échange, le culte catholique était rétabli dans les lieux de l'obéissance royale où il se trouvait suspendu. Le roi déclarait reconnaître pour ses bons et fidèles parents la reine de Navarre, son fils et le prince de Condé, et tenir aussi leurs amis pour les siens, y compris les étrangers leurs auxiliaires. Il accordait l'indemnité du fait accompli aux mesures prises par les Confédérés pendant la guerre, notamment à la levée des deniers royaux, et interdisait toute recherche
3ii HISTOIRE DE JEANNE D'ALBRET.
à ce sujet. A Jeanne d'Albret on rendait toutes les villes et autres places à elle appartenant, dont s'étaient emparées les troupes du roi. Il y avait exemption pour certaines villes de recevoir garnison. Les Religionnaires rentraient dans leurs biens confisqués, et tous les jugements criminels, prononcés contre eux en raison des troubles, étaient révoqués et mis à néant. Comme le Parlement de Toulouse s'était mis en juste suspicion à leur égard, ils avaient droit d'appeler de ses jugements devant les maîtres des requêtes, qui en décideraient en dernier ressort; en outre, il leur était permis de récuser jusqu'à un certain nombre de conseillers dans les Parlements de Bordeaux, Dijon, Aix, Rouen, Grenoble et Rennes. Enfin, ils obtenaient quatre places de sûreté, La Rochelle, Montauban, Cognac et La Charité, que les princes de Navarre et de Condé et quarante des principaux seigne\irs de la Religion s'obligeaient à rendre deux ans après l'édit publié.
La proclamation de cette paix fut faite solennellement, le 26 du même mois, à La Rochelle, raconte L'Estoile, « devant le logis où étoit la reine de Navarre aux fenêtres, ayant avec elle Madame la princesse sa fille, et leurs demoiselles, et aussi y étoient M. de La Rochefoucauld, M. Des Roches, premier écuyer du roi, et plusieurs autres grands seigneurs et gentilshommes. Les deux trompettes du roi sonnèrent par trois fois; puis, le roi d'armes de Dauphiné, accompagné des rois d'armes d'Anjou et de Bourgogne, lut et pubUa l'édit de pacification. Ce fait, la reine fit faire la prière par Du Nort, ministre de l'égUse de La Rochelle, et à la fin des prières toutes les artilleries de La Rochelle tirèrent. »
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