‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 102 sur 140 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

DE LA PAIX DE SAINï-GERMAIN A LA MORT DE JEANNE

d'albuet.

Les conditions stipulées par la paix de Saint-Germain étaient certainement les meilleures que les Calvinistes eussent encore obtenues; mais c'était pour eux une raison de plus d'être en garde, après tant de manques de foi; aussi un mot qui traduisait fidèlement cette opinion ne tarda-t-il pas à courir. Les négociateurs au nom de la cour avaient été de Mesme, seigneur de Malassise, et le maréchal de Biron, qu'une blessure avait rendu boiteux; d'où l'on appela le traité de Saint-Germain la paix boiteuse et mal assise, plaisanterie qui renfermait un sinistre et sanglant présage.

Autant que personne, la reine de Navarre avait désiré de voir la fin d'une cruelle guerre ; et pourtant, au milieu des salves joyeuses et des démonstrations d'allégresse, elle demeurait défiante et soucieuse. Les leçons du passé l'avaient trop bien instruite. Elle savait qu'on

avait, selon le mot de Pasquier, « plus ôté aux Huguenots par des édits pendant la paix, que par la force pendant la guerre. » La seule garantie rassurante à ses yeux aurait été l'éloignement de Catherine de Médicis et du cardinal de Lorraine Tant que le pouvoir restait en leurs mains, la paix ne pouvait être qu'une trêve, et sous ces larges concessions se cachaient des pièges et des complots plus dangereux peut-être que tous les précédents. La clairvoyante princesse résolut donc de rester à La Rochelle avec les principaux du parti. Ce fut en vain que Catherine de Médicis lui adressa les plus pressantes invitations de se rendre à la cour, qu'elle prodigua les paroles caressantes et emmiellées. Coligny était bien déterminé à se tenir sur la même réserve , quoiqu'il eût donné un gage de sa bonne foi en congédiant sans délai les soldats allemands, que Mansfeld remmena dans leur pays. Inutilement, il fut invité aux fêtes du mariage du roi, qui épousa, le 26 novembre de cette année 1570, Elisabeth, fille de l'empereur Maximilien III ; le général calviniste persistait dans sa résolution, en dépit de toutes les avances. Cette paix, à peine signée, était odieuse aux CathoUques exaltés, et l'amiral se voyait déjà obligé de signaler au roi leurs complots et leurs menaces.

Cependant, Catherine de Médicis voulait à tout prix attirer les deux principales têtes protestantes dans le piège où tous les chefs huguenots ne manqueraient pas de les suivre. Pour désarmer ces défiances, elle fit envoyer par son fils à La Rochelle, le maréchal de Cossé- Gonnord, allié aux Montmorency, ancien ami de Coligny, et qui passait même pour incliner vers le Calvinisme. Cossé, sincèrement persuadé, on doit le croire, de la

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