CINQUIEME PARTIE
bonne foi de la cour, ne négligea rien pour que cette conviction fût partagée. Il certifia le désir du roi de maintenir redit; il se déclara autorisé à éclaircir les points du traité qui pourraient prêter à quelque contestation, et à donner complète satisfaction aux plaintes des Religionnaires.
Ces griefs, dont la reine de Navarre se fit l'interprète, c'étaient les émeutes sanglantes qui, sous les yeux des magistrats royaux, avaient éclaté en divers endroits; c'était l'interdiction qui continuait de frapper le culte réformé dans la Touraine, au Mans, dans le pays Chartrain, dans la Champagne, dans la Brie, à Sancerre, etc. ; c'était la défense de tenir aucun collège, aucune école de la Religion; c'étaient les menées qui ne cessaient pas, tant à l'intérieur qu'au dehors, en vue de la destruction des Huguenots. Pour ce qui touchait en particulier la reine et son fils, on continuait de retenir induement Lectoure et d'autres villes, places ou châteaux de leurs domaines; on donnait au prince de Navarre, pour lieutenant dans son gouvernement de Guyenne, le maréchal de Villars, ennemi déclaré de la maison d'Aïbret, et qui ne voulait pas même le reconnaître ni lui écrire. Le prince de Condé n'était pas mieux traité pour les restitutions qui lui étaient dues. Aux récriminations de l'envoyé royal sur les forces qui entouraient les chefs calvinistes, la princesse répondait que, s'ils avaient rappelé auprès d'eux un certain nombre de soldats, c'était à cause des troupes que l'on faisait avancer vers La Rochelle, tant avec Cossé lui-même qu'avec Villars. Quant à la prolongation du séjour de Jeanne et de ses amis dans cette ville, elle avait pour motif le retard apporté à la liquidation de la part dont la cour s'était
3i8 HISTOIRE DE JEAN.NE D'ALKRET.
chargée dans les contributions de guerre, et par les délais et les difficultés que rencontraient divers autres articles du traité. Enfin, Jeanne demandait le rappel du chancelier de L'Hôpital et le renvoi des Guises, double et grande mesure qui pourrait seule caractériser un changement sincère de politique.
Parmi les réclamations élevées par la reine, il y en avait une bien propre à montrer quelle était sa sollicitude, même quand il s'agissait de la réparation due à un simple particulier. Paris avait vu, deux ans auparavant, une exécution cruelle. Un marchand de la rue Saint-Denis, nommé Philippe Gastines, respectable par ses mœurs, par sa probité reconnue, et professant le Calvinisme, fut accusé d'avoir tenu des assemblées chez lui, et d'y avoir fait célébrer la Cène, malgré les ordonnances qui ne permettaient pas l'exercice du culte protestant dans la capitale. Quoiqu'on fût dans un intervalle de paix au moins nominale, cette contravention fut poursuivie avec un acharnement sans merci par la faction des Guises. Tous les titres du malheureux Gastines à l'estime publique le défendirent vainement. Le 30 juin 1568, il fut exécuté avec son frère Richard et Nicolas Croquet, son beau-frère; leurs biens furent confisqués, leurs maisons rasées; sur l'emplacement, on éleva une pyramide où l'arrêt de mort était inscrit, et que l'on appela la Croix de Gastines. Au milieu de si grands intérêts, la reine de Navarre n'oublia pas l'infortuné marchand parisien et ceux qui avaient partagé son sort. Invoquant l'article du dernier édit, qui annulait toutes condamnations prononcées pour fait de religion, elle réclama la destruction de ce triste monument. Porteur de ces demandes, Cossé quitta La Rochello