CINQUIEME PARTIE
le l*'^ janvier 1571. Pour ce qui concernait L'Hôpital et les Guises, le roi n'accéda pas au vœu de Jeanne. Il fit ou promit e faire droit aux autres réclamations ; mais la mesure relative à la Croix de Gastines fut l'occasion d'une émeute qui faillit mettre Paris en feu, bien que, par ménagement, on l'eût enlevée de nuit et transportée dans le cimetière des Innocents, en remplaçant l'arrêt par une inscription en l'honneur de la croix. La passion populaire se souleva rugissante , criant aux armes, pillant les maisons de ceux dont elle suspectait la croyance. L'énergie du maréchal de Montmorency, gouverneur de Paris, qui entendait servir le roi et non les Guises, réprima l'audace des séditieux, dont quelques-uns furent tués et un autre pendu sans forme de procès à une fenêtre ; mais un homme qui agissait de la sorte ne pouvait convenir à la faction dominante, et bientôt les fureurs qui venaient ainsi de s'essayer allaient se dédommager à l'aise.
Parmi les moyens de persuasion que Gossé était chargé d'employer près de la reine de Navarre, il en était un que la cour jugeait le plus puissant de tous : une proposition de mariage entre le prince de Navarre et Marguerite de France, sœur du roi, la réalisation du projet formé dès l'enfance de tous deux, quand Henri fut amené à la cour pour la première fois. Née en 1552, Marguerite avait dix-neuf ans, un an et demi de plus que le prince, et elle était citée our ses grâces et sa beauté.
Ce projet de mariage, destiné à opposer l'influence catholique de la belle-fille à l'influence protestante de la belle-mère, à reconquérir, jeune homme, celui que la cour s'était vu enlever adolescent, à neutraliser le
courage et les talents qu'il annonçait ou bien à s'en emparer, il devait, selon les calculs de Catherine de Médicis, éblouir les yeux de Jeanne, et triompher de toutes ses résistances. En alliant encore une fois la maison d'Albret à la maison de France, une telle union devait flatter ensemble l'orgueil maternel et les espérances de la souveraine; elle ofifrait à Jeanne la chance de recouvrer la Navarre, ce but après lequel la famille dépossédée n'avait cessé jamais d'aspirer.
La guerre avec l'Espagne, que Catherine montrait à Jeanne en perspective, était aussi l'amorce puissante que Ton faisait agir près de l'amiral, à défaut des séductions vainement mises en œuvre jusqu'alors pour le subjuger. Ce projet, il réalisait la pensée constante, l'invariable vœu de Coligny, le plan politique et militaire dont il poursuivait l'exécution avec la conviction profonde et raisonnée dont toutes ses vues étaient empreintes. Par cette guerre, qui ne pouvait être entreprise dans un moment plus favorable, quand les Pays^ Bas se soulevaient contre leurs tyrans, les échecs et les injures de la France seraient réparés ; par cette guerre , serait anéantie l'influence étrangère que l'on retrouvait dans tous les maux intérieurs du royaume. Catholiques et Protestants, tous les Français s'uniraient sous le même drapeau, et tourneraient contre un ennemi si funeste à la nation la bouillante valeur qu'ils dépensaient à s'entre-déchirer. Ainsi la guerre contre l'Espagne offrait double avantage : au dehors, elle servait l'intérêt français en attaquant dans sa puissance un ennemi séculaire; — au dedans, elle serait le meilleur préservatif contre le retour des luttes intestines que l'amiral détestait autant que personne, quoiqu'on l'eût réduit à y