CINQUIEME PARTIE
cent mille livres pour cadeau de noces. Le mariage de Coligny fut célébré à La Rochelle en présence de la reine de Navarre et d'une nombreuse noblesse. Le même jour vit accomplir celui de Louise de Châtillon, fille aînée de l'amiral, avec Téligny. Ce jeune gentilhomme n'était pas riche; ce fut par sa conduite sans reproche et ses nobles qualités qu'il obtint l'honneur d'une telle aUiance (1),
Aux joies de ce double mariage s'était mêlé, pour les assombrir, un funeste événement, la mort du cardinal de Châtillon. Aussitôt après la signature de la paix, l'amiral l'avait engagé à revenir en France. Ce fut au moment où il allait quitter l'Angleterre qu'il fut
(1) Devenue veuve bientôt après (Téligny périt à la Saint- Barthélémy ), Louise de Châtillon épousa en secondes noces ce même prince d'Orange, l'illustre fondateur de la république des Provinces-Unies, qui était venu au secours des Calvinistes de France. Elle eut pour descendante, à la neuvième génération , la princesse Hélène de Mecklembourg- Schwerin, duchesse d'Orléans, issue ainsi, par les femmes, de l'amiral Coligny. Voici la généalogie qui établit cette filiation et que nous empruntons à la France protestante, t. 1er, page 405 :
10 Guillaume de Nassau, Louise de Coligny ; — 2o Frédéric- Henri de Nassau, Emilie de Solms ; — 3» Louise-Henriette de Nassau, Frédéric-Guillaume de Brandebourg; — 4» Frédéric 1er de Brandebourg, Sophie Charlotte de Brunswick- Lunebourg; — 5» Frédéric-Guillaume, roi de Prusse, Sophie-Dorothée de Hanovre; — 6o Philippine-Charlotte de Prusse, Charles de Brunswick-Wolfenbuttel ; — 7» Anne- Amélie de Brunswick-Wolfenbuttel , Auguste de Saxe- Weimar ; — 8o Charles- Auguste de Saxe-Weimar, Louise- Auguste de Hesse-Darmstadt; — 9o Caroline-Auguste de Saxe-Weimar, Frédéric-Louis de Mecklembourg-Schwerin ; — lOo Hélène de Mecklembourg-Schwerin , Ferdinand , duc d'Orléans.
empoisonné par son valet de chambre. Il s'était rendu fort utile à son parti par les talents de négociateur qu'il avait montrés en ce dernier lieu, et qui étaient suffisants pour expliquer un crime. « C'étoit, » dit Brantôme, « un très sage et très advisé homme de bien de prélat. Il donnoit de très sages advis, car il avoit un bon sçavoir et aimoit fort ceux qui en avoient et estoit le Mécènes de plusieurs. Il faisoit plaisir à tout le monde, et jamais ne refusa homme à lui en faire, et jamais ne les abusa ny vendit de fumées de la cour. » De Thou exprime sur Odet de Châtillon un semblable jugement.
Pour donner un nouveau gage de son bon vouloir apparent, et l'un des plus propres à gagner la reine de Navarre, un synode national avait été autorisé par le roi. Il se réunit à La Rochelle le 2 avril 1571. C'était le septième depuis l'introduction de la Réforme en France , mais le premier qui se tint avec l'assentiment royal, en constituant une sorte de reconnaissance de l'Église nouvelle. Cette circonstance, et l'appareil dont il fut entouré, le rendent particulièrement remarquable. Sur la demande de Jeanne, Théodore de Bèze vint de Genève pour le présider. Les secrétaires furent Nicolas des Galars et Jean de La Rogeraye. Outre la reine de Navarre et son fils, le prince de Condé, l'amiral et le comte de Nassau y assistèrent, avec une foule d'autres personnages distingués, dont beaucoup étaient au nombre des députés qui représentaient les églises de toutes les provinces. Les sujets principaux pour lesquels se réunissait le synode étaient le rétablissement de la discipline religieuse, que l'état de trouble et de guerre n'avait pu manquer de relâcher, l'examen et la fixation