CINQUIEME PARTIE
de quelques points de doctrine, et la manière d'administrer la Cène. Le résultat des délibérations fut une confirmation solennelle de la profession de foi de 1559, arrêtée à Paris dans l'Assemblée qui constitua l'Église proscrite. « D'autant, » est-il dit dans ces actes, « que notre confession de foi est imprimée de différentes manières, le synode déclare que celle-là est la véritable qui a été dressée au premier synode national. » Il fut décidé d'en faire trois copies authentiques sur parchemin, qui seraient signées de tous les membres présents, ecclésiastiques ou laïques, et dont l'une serait gardée à La Rochelle, la seconde en Béarn, et la troisième à Genève (1).
La reine de Navarre profita de la tenue du synode pour le consulter sur une question essentielle, relative à son gouvernement. Bien qu'elle eût jugé nécessaire d'interdire le culte romain en Béarn, elle ne voulait pas en faire un titre d'exclusion quant aux emplois publics et aux charges de sa maison, et repousser ainsi d'honorables services, d'autant que ce culte continuait d'avoir son libre exercice dans la Basse-Navarre. L'approbation du synode était la meilleure sanction qu'elle pût opposer aux murmures des Calvinistes peu tolérants et au blâme de quelques ministres animés d'un zèle indiscret. Voici la réponse consignée dans l'article 20 des actes du synode :
« La reine de Navarre a demandé conseil si elle peut, en conscience, retenir ou établir des officiers catholiques romains, à faute d'autres, et si elle en peut
(1) L'exemplaire déposé à La Rochelle s'y trouve encore, dans les archives de l'Hôtel de Ville.
aussi laisser parmi ses domestiques. Sur quoi Sa Majesté a été suppliée de bien regarder de près à ceux qui seront ses officiers domestiques, et de se servir le plus qu'elle le pourra de gens de notre religion et craignant Dieu. Quant aux papistes qui sont paisibles et de bonne vie, qu'il lui plaise de faire en sorte qu'ils soient bien instruits. Et quant aux traîtres qui l'ont abandonnée dans sa nécessité, et exercé de grandes cruautés pendant ces troubles, qu'elle ne les reçoive jamais dans l'exercice d'aucune charge publique, ni à sa cour, non plus que parmi ses domestiques. »
En exprimant cet avis, le synode félicita la reine sur une des déterminations qui témoignaient le mieux de sa sagesse. Elle avait résolu de supprimer la vénalité des offices de judicature , pour ne les remettre qu'aux mains les plus dignes : encore une de ces mesures qui mirent Jeanne d'Albret bien loin en avant de son époque.
Ce fut peu de temps après la tenue du svnode que parut la célèbre traduction du Nouveau-Testament en langue basque. En vue de ce travail, dont elle fut l'inspiratrice, Jeanne avait envoyé depuis longtemps, dans le pays basque, plusieurs de ses ministres, pour apprendre un idiome à peu près inconnu hors des lieux où il était usité. Parmi eux, elle choisit celui qui avait le mieux réussi dans cette étude, Jean de Liçarrague, de Briscous, qui fut depuis pasteur à La Bastide de Clarence, en Basse-Navarre, et qui prêchait également bien dans les langues française, basque et béarnaise. Sa traduction, imprimée à La Rochelle en 1571, étonna le monde savant comme une nouveauté singulière, car il ne semblait pas possible que cet idiome, parlé seule-