‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 108 sur 140 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

ment par une inculte et rude population de montagnards, pût devenir un instrument docile sous la plume de l'écrivain (1).

Deux nouveaux envoyés du roi étaient arrivés à La Rochelle, MM. de Biron et de Quincé. Ils avaient mission de presser la reine de Navarre au sujet du mariage de son fils, de faire valoir encore auprès d'elle, auprès de l'amiral, déjà bien ébranlé, la perspective prochaine de la guerre contre l'Espagne, d'assurer à Coligny que tous ses plans étaient adoptés, que l'exécution suprême lui en serait remise, comme au plus grand capitaine que possédât la France.

La sincérité de la cour était suspecte à Jeanne pour cette guerre comme pour tout le reste. Elle croyait difficilement que des relations si étroites avec Philippe II pussent être sérieusement rompues, que l'on entrât franchement dans une voie politique tout-à-fait contraire. A cette incrédulité, Biron opposa un ressentiment personnel et profond dont Catherine devait être animée. Il y avait trois ans que sa fille, la malheureuse Elisabeth de France, était morte victime de la sombre

(1) La Bibliothèque impériale possède un exemplaire de ce rare et curieux ouvrage. C'est un volume petit in-8° de 444 feuillets numérotés, mais au recto seulement, et 109 feuillets non numérotés ; en tout 1,106 pages. Le titre porte les armes de Navarre et l'indication : Rochellan, Pierre Hautin, imprimiçale, 1571. En tête est une dédicace du traducteur, en français et en basque, « à très illustre dame Jeanne d'Albret, Roine de Navarre, Dame souveraine de Béarn, etc. » Après la table sont un catéchisme et une coufession de foi. L'exécution typographique est nette et soignée. Cet exemplaire, en bon état de conservation, provient de la bibliothèque du célèbre Huet, évoque d'Avranches, donnée par lui à la maison professe des Jésuites, à Paris, en 169t>.

jalousie de son mari, non pas seulement tuée par le chagrin et la tristesse, mais empoisonnée, disait-on, crime auquel la duchesse d'Albe aurait prêt^ sa main. Ce ressentiment, quoique dissimulé jusqu'alors, ne devait-il pas dissiper tous les doutes sur la rupture de Catherine arec le bourreau de cette fille infortunée? Mère, la reine de Navarre ne jugerait-elle pas le cœur d'une mère d'après le sien?

Pour Coligny, la joie devoir accomplir ce projet dont il poursuivait si vivement l'adoption, peut-être aussi les louanges et les flatteries dont il fut comblé de la part du roi, portèrent le dernier coup à sa résistance. Il n'avait plus, lui fut-il assuré, qu'à venir s'entendre avec Charles IX sur cette expédition des Pays-Bas, dont il aurait le commandement. En même temps que l'on attaquerait l'Espagne sur ce point, l'amiral proposait de l'inquiéter dans ses possessions d'Amérique. Avec l'approbation royale, il s'occupa sans délai d'armer à cet effet quelques bâtiments. Ces préparatifs, auxquels Jeanne d'Albret prêta un concours actif, furent achevés avec une promptitude dont Catherine de Médicis fut bien plus étonnée que satisfaite. Naturellement, les équipages de cette petite escadre, armée à La Rochelle, étaient formés de Calvinistes. Minguetière, qui la commandait, était un des plus braves officiers de la marine protestante. L'expédition mit à la voile ; mais, à peine arrivée dans un port de l'île de Saint-Domingue, elle y fut surprise par les Espagnols, et les équipages furent massacrés jusqu'au dernier homme. Des avis secrets, venus de la cour, avaient fait connaître au gouvernement de Philippe II le plan de l'expédition, la route que les bâtiments devaient suivre, tous les dé-

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