CINQUIEME PARTIE, 1570-1572. â
tails nécessaires pour le mettre en mesure d'exterminer des hommes en qui la qualité de Huguenots effaçait celle de Français.
La cour avait obtenu gain de cause auprès de l'amiral. Ce fut à persuader Jeanne que Biron appliqua dès ce moment tous ses etforts. La ligne politique qu'il avait adoptée, quoique son origine et le début de sa carrière parussent l'attacher à la maison naA-arraise, était peu propre à le recommander auprès de Jeanne ; aussi lui fit- elle un froid accueil. «Elle montra un front renfrogné à rencontre de moi, » écrivait-il au maréchal de Gossé. ]\Iais, loin de se rebuter, il ne fit que redoubler dlns tances et d'arguments captieux. La reine de Navarre laisserait-elle échapper une occasion si favorable à ses intérêts, au repos et au bien du royaume, une occasion qu'elle ne retrouverait plus et qu'elle regretterait toujours? Au dire du maréchal, le roi et sa mère étaient dans les dispositions les plus bienveillantes pour les Protestants; les Guises, mécontents de voir baisser leur crédit, se tenaient à l'écart et n'avaient pas paru à rentrée de la jeune reine; mais ils reviendraient aux affaires avec un surcroît d'influence, si Jeanne persistait dans son refus. Biron ajouta, comme en confidence, que Charles IX, de plus en plus froissé du rôle que jouait son frère à la tête du parti catholique, et prenant ombrage de cette importance rivale, avait résolu de l'éloigner, et n'en attendait que l'occasion. Une fois que ce gage serait obtenu, Jeanne et les Calvinistes pourraientils craindre encore? Comment, dès lors, la reine se refuserait-elle à un mariage qui scellerait si heureusement la réconciUation et la paix?
Au premier rang des raisons qui combattaient dans
l'esprit de Jeanne cette proposition d'alliance, c'était la question religieuse, et elle en faisait comme un abri, derrière lequel se retranchaient ses autres répugnances. A cet égard aussi, l'envoyé de la cour avait réponse prête. Le roi avait eu plusieurs conférences avec le nonce du pape, le cardinal Salviati, et l'on était certain que tous les obstacles seraient levés en ce qui touchait le saint-siége. Cet assentiment ne pouvait suffire à la princesse calviniste. Elle répondait que, de son côté, elle avait besoin de consulter des théologiens dont elle estimait la sagesse elles lumières, des amis qui avaient auprès d'elle les titres les mieux acquis. « Ma conscience » en sûreté, » dit-elle, « il n'y a pas de condition que » je ne fusse prête d'accepter dans la vue de plaire au » roi et à la reine, et afin d'assurer la tranquillité de » l'État, pour laquelle je sacrifierois ce que j'ai de plus » cher au monde, ma vie même.... mais j'aimerois » mieux descendre à la condition de la plus petite de- » moiselle de France, que de sacrifier à la grandeur de » ma famille mon âme et celle de mon fils. »
Quant à la légitimité d'un mariage entre deux personnes de croyance différente, les juges que Jeanne consulta s'accordèrent à répondre affirmativement; mais, en dehors de cette question de droit religieux, plusieurs voyaient dans l'alliance proposée bien des inconvénients et même bien des périls. Marguerite de France, il est vrai, joignait à la beauté les avantages de l'esprit naturel et de l'instruction. Comme Jeanne, comme Marguerite de Valois, elle avait un esprit cultivé, une véritable instruction classique. Non-seulement elle lisait le latin, mais encore elle le parlait facilement. Lorsque l'évêque de Cracovie vint annoncer au