‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 112 sur 140 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

vangile. Enfin, il faut se souvenir que le Code béarnais ne fut nullement imposé, qu'il reçiit la sanction du pays , par la voix de ses représentants de tous les ordres, à qui la reine le soumit. Loin que le gouvernement navan*ais fût despotique, la volonté nationale y était tellement comptée, qu'elle intervenait jusque dans les mariages de la famille souveraine , l'union coiitractée par l'héritier ou rhéritière de la couronne étant considérée comme affaire d'iiitérêt public. Ainsi, la famille rëghâtite était subordonnée à l'avis de ses sujets pour le choix de ses alliances, ou le simple particulier ne dépend de personne. On en a vu un exemple pour le mariage de Jeanne d'Âlbret elle-même ; on en verra bientôt un autre pour celui de son fils. A plus forte raison, toute loi avaitelle besoiti de la sanction représentative. En 1566, Jeanne étant à Paris , une assemblée béarnaise , on doit se le rappeler, prit l'initiative pour réclamer d'elle des ordonnances dont plusieurs se retrouvent dans son corps d'institutions. Ces lois étaient donc dans l'esprit du payS. Ce qui en est la preuve, ce qui montre combien, en moins d'une année, l'œuvre de Jeanne s'était affermie déjà, c'est que là Saint-Bafthélemy iie causa dans les Etats navarrais qu'une stupeur et line horreur profondés, et que les provocations et les ordres venus de Paris y restèrent sans effet. Les lois de Jeanne d'Albret se maintinrent non-seulement après sa mort, mais encore après l'abjtiration de Henri IV, et, bien plus, après l'avéhement de Loiiis XlII, jusqu'au momeiit oîi là réimion du fiéarn à la France fut définitivement consoriiinée. Lès cinquante années où cette législation resta en vigueur furent pour le Béam une ère de paix et de bien-être qu'il regretta longtemps.

380 lîlSTOlUE DE JEANNE D'ALBUET.

Laissons donc de côté ce qui serait inapplicable maintenant, ce qui appartient à fépoque. Admirons plutôt les dispositions où le grand esprit de Jeanne d'Albret s'élançait, comme par une intuition surnaturelle, jusqu'à des progrès que la révolution de 1789 devait seule faire prévaloir. L'égalité devant la loi; le même droit à tous les emplois pour les différentes classes de la société ; l'abolition de la vénalité des charges ; l'instruction primaire rendue obligatoire; la sorcellerie dépouillée de la consécration qu'elle recevait des bûchers même où l'on brûlait ses prétendus adeptes, et considérée comme une vulgaire escroquerie; l'ivrognerie classée parmi les délits; l'interdiction d'enterrer dans les églises : voilà de quoi frapper d'admiration, quand on pense au temps où ces principes fondamentaux furent proclamés, où ces lois de détail furent rendues. On peut voir quel chemin rétrograde fit le royaume de Jeanne d'Albret, en tombant sous le régime qui a subsisté en France jusqu'à la Révolution. A présent même, la France en est encore à réclamer telles de ces dispositions que cette illustre femme trouva dans ses seules lumières et dans son seul génie. Espérons qu'elles seront enfin obtenues. Quant à la magnifique pensée de l'égalité des sépultures, elle est trop au-dessus du niveau vulgaire pour que, selon toute apparence, elle soit jamais mise en pratique. C'était là une réunion exceptionnelle, que celle dun esprit capable de la concevoir, et de l'autorité souveraine en mesure de l'exécuter. Le règlement administratif s'élève peu jusqu'à ces hauteurs philosophie ques et religieuses.

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