‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 114 sur 140 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

que justice serait rendue; mais quand ils furent sortis, sa colère éclata en jurements et en éclats furieux. Un des favoris qui partageaient les viles débauches du duc d'Anjou, LigneroUes, s'approchant de Charles IX, lui dit à l'oreille : « Sire, ayez patience, la tour vous dé- » livrera bientôt de ces importuns. » Charles , comme s'il n'avait rien entendu, continua de s'emporter et de blasphémer ; mais, à quelques jours de là, l'indiscret confident fut assassiné sous les halles de Bourgueil, en plein midi, par Georges de Yillequier, son rival dans la faveur princière. Parmi les autres courtisans qui assistèrent impassibles à ce meurtre, était Henri d'Angoulême, grand-prieur de France, fils naturel de Henri H , et, par conséquent, frère bâtard de Charles IX ( 1 ). A toutes ces horreurs, et pour leur servir de voile, s'associaient les jeux, les voluptés, les excès d'une gaieté plus que badine, et dont il faut bien citer quelques traits, d'après les Mémoires du temps, pour la vérité de l'histoire. « Le roi se montroit fort jeune et folâtre. Il prenoit son plaisir à aller fouetter dans le lit les gentilshommes et damoiselles, et autres semblables passe-temps, qu'il continua depuis jusqu'après les massacres ; il faisoit ainsi du jeune homme, afin qu'on s'assurât tant mieux de lui. »

On ne peut s'empêcher de reculer avec effroi devant ce jeune prince de vingt-deux ans, déjà parvenu aux raffinements de l'hypocrisie la plus profonde. Et cepen-

(1) Parmi les versions répandues sur la mort de LigneroUes, Mézeray cite celle que nous donnons; mais, selon lui, la mort tragique de ce favori aurait eu pour véritable cause ses rivalités galantes avec son maître le duc d'Anjou.

dant il était né avec des dispositions heureuses, que des maîtres vertueux, Carnavalet, Amyot, Sipière, avaient commencé à cultiver. Si leurs leçons lui eussent été continuées, s'il avait gardé pour conseiller politique le chancelier de L'Hôpital, il aurait laissé très probablement une autre mémoire. Mais des guides comme ceux-là ne convenjaient pas à Catherine de Médicis. Aux premiers instituteurs de Charles IX, elle substitua le maréchal de Retz, digne professeur en cet épouvantable enseignement du vice et du crime dont elle voulait infecter ses enfants. « Florentin, fin, caut, corrompu, menteur et grand dissimulateur, » dit Brantôme, « qui apprit au roi à jurer et à blasphémer} par de son naturel ne l'étoit nullement en sa jeunesse, étant fort ouvert, prompt, actif, vigilant, éveillé et peu songeur, comme doit être tout dissimulateur.... D'ailleurs, M. de Sipière, son premier gouverneur, étoit le plus généreux et le plus brave seigneur qui fut jamais, tout loyal, franc, ouvert et de cœur et de bouche. Le maréchal le pervertit du tout: c'étoit le plus grand renieur de Dieu qu'on pût voir, tellement que le roi tenoit de lui que jurer et blasphémer étoit une sorte de parole et de devis, plus de braveté et de gentillesse que de péché. » Sous la direction de cet homme et de Catherine, ce naturel ouve7H fit place à la noire fausseté. Yif et emporté, Charles IX n'apprit à se modérer, à se vaincre, à se contenir, que pour le mal et la perfidie. Au lieu d'être violent, mais franc, alliance possible d'une qualité avec un défaut, il resta violent, mais en devenant fourbe et dissimulé selon le besoin. Par les progrès que fit rélève, on juge de l'habileté des maîtres. Gptte mère surtout, monstrueuse erreur de la nature,

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