‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 115 sur 140 · CINQUIÈME PARTIE, 1570-1572. É · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE, 1570-1572. É

pervertissant par calctll l'esprit, les mœurs, tous les instincts des fils que Dieu lui avait donnés, les dressant à la fois au vice et au crime, c'est à elle que revient la plus grande part de l'horreur dont le nom de Charles IX est chargé.

Soyons juste en tout et envers tous. En considérant les abominables leçons auxquelles ce prince fut livré, les détestables excitations qui poussèrent son caractère violent jusqu'aux dernières fureurs, la cruauté, l'habitude du sang développée chez lui par la passion brutale et effrénée de la chasse ; tout ce qu'il y avait de bon dans sa nature détruit et annulé, tout ce qu'il y avait de mauvais exploité avec un art infernal ; en s6 rappelant les remords, spectres vengeurs, qui torturèrent ses derniers jours et le firent expirer au milieu d'horribles déchirements, ces mots qu'ait lit de mort il adressait à sa nourrice, car ce n'était pas dans le cœur de sa mère que le malheureux aurait pu s'épancher : « Ah! ma nourrice, ma mie! que do sang et que de » meurtres! Ah! que j'ai suivi un méchant conseil! » Ah ! mon Dieu! pardonne-les-moi, s'il te plaît! Je ne » sais où j'en suis, tant ils îne rendent perplexe et )) agité ; » oui, en tenant Compte de tout cela, on amve à ressentir pour Charles IX plus de pitié que d'horreur. Malgré même l'arquebuse du Louvre, fait qui n'a malheureusement rien d'improbable, qui est rapporté par le contemporain Brantôme, et que l'on n'a contesté qu'en argumentant sur une question de fenêtre, nous verrons toujours, dans le roi de la Saint-Barthélémy, un coupable moins odieux que ceux qui le poussèrent au crime. Les mains qui chargèrent l'arquebuse sont plus criminelles fiue la main où elle fut remise.

Pourquoi ne pas le dire? Dans la douloureuse histoire des martyrs protestants, il est un roi qui nous semble porter un poids encore plus lourd que Charles IX: c'est celui qui, au milieu de la brillante civilisation d'un siècle qualifié de grand par excellence, entouré d'une cour aux mœurs élégantes et polies, au sein de la paix religieuse la plus profonde, tout prétexte manquant à l'oppression et à la violence, dans la pleine maturité de l'âge, dans l'exercice le plus ferme et lo plus personnel de l'autorité, viole de sang-froid un pacte solennel qu'il avait ratifié, li"\Te un million de ses sujets à une persécution, où la cruauté impitoyable épuise tous ses raffinements; puis qui, après trente ans de cette permanente torture infligée à tant d'innocents, meurt sans un mot de réparation et de regrets, satisfait de son œuvre comme d'une des gloires de son règne, laissant les gibets dressés et les galères pleines de ses victimes. Et souvenez-vous qu'il était, ce prince, l'arrière-petit-fils de Jeanne d'Albret, dont il persécutait la croyance avec celte froide barbarie! C'était la mémoire de son illustre bisaïeule qu'il traînait sur la • claie, à laquelle il condamnait (supplice posthume) les cadavres de ses sujets qui avaient persévéré dans V hérésie jusqu'à la fin. Nous le répétons, ce roi est plus coupable à nos yeux que le misérable jeune homme qui fut moins l'auteur que l'instrument des forfaits machinés par son hideux entourage.

Telle était cette cour vers laquelle allait s'acheminer la vertueuse reine de Navarre, pour obéir à une force fatale, à une irrésistible destinée. Ayant pris les mesures d.^ gouvernement nécessaires, et établi pour lieutenant général le prince de Navarre, à qui elle adjoignit

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