‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 121 sur 140 · CINQUIEME PARTIE, 1S · texte numérisé non relu

CINQUIEME PARTIE, 1S

lorsqu'elle sera en âge d'iMre mariée avec un prince de son rang, de sa religion, et dont les mœurs soient telles, que les deux époux puissent, en un bon et saint fnariage, vivre paisiblement et saintement ensemble.

» Elle le prie d'aimer et déconsidérer le prince de Gondé comme son frère ; lui recommande particulièrement la jeunesse du prince de Conti, frère de Gondé; mais que surtout il entretienne avec un soin religieux l'amitié qui l'unit à Tamiral de Coligny, pour servir à l'honneur et gloire de Dieu.

» Afin de donner une dernière marque de la tendre affection qu'elle porte à Henri jusqu'au dernier soupir, et pour rendre un témoignage éclatant de l'obéissance et de l'attachement qu'il a toujours montrés à sa mère, elle l'institue et le déclare son héritier universel, suivant le traité qui vient d'être conclu à Blois, lequel elle confirme e?i tant que besoin serait.

n Elle entend que sa fille jouisse pleinement de sa légitime, lui donne tous ses bijoux, tous ceux que Louis de Nassau a engagés à Paris pour le compte du prince d'Orange, et qu'elle a retirés pour le prix de 13,000 francs; exige que son grand collier et le grand rubis balais qu'elle a engagés en Angleterre, restent héréditaires à la maison de Navarre. S'occupant ensuite de ses fidèles serviteurs, elle recommande à son fils de les traiter comme elle a traité ceux du défunt roi Antoine, et de leur donner, outre ce qui leur reste àû, deux années de leur revenu, sans compter l'année de sa mort.

» Elle lui ordonne de distinguer, parmi les amis dont elle a éprouvé le dévouement et la fidélité dans ses malheurs, MM. de Beauvoir, Francourt, son chancelier, et de Bétut.

i08 HISTOIRE DE JEAMNE D'ALBRET.

» E'ie finit par prier le roi, la reine-mère et les princes, de prendre ses enfants sous leur protection ; elle supplie en particulier le roi de leur permettre le libre exercice de leur religion, en quelques lieux qu'ils habitent ; elle prie Marguerite de Valois (de France) d'aimer Catherine comme sa sœur.

» Elle déclare le cardinal de Bourbon, son beau-frère, et l'amiral de Coligny, ses exécuteurs testamentaires , leur recommandant, au nom du sang et de l'amitié, de servir de protecteurs, de pères à ses enfants. »

Une circonstance fut remarquée : c'est que durant sa maladie, dans les entretiens où se répandaient toutes ses préoccupations, Jeanne ne prononça pas un seul mot qui se rapportât au mariage de son fils.

En exprimant ses volontés suprêmes, la mourante s'était acquittée de ses derniers soins terrestres. Dans l'après-midi du même jour, les douleurs redoublèrent : les crises se succédèrent de telle sorte qu'elles lui enlevèrent l'usage de la parole, quoique son intelligence résistât toujours, comme l'attestaient ses mains jointes, ses regards levés vers le ciel. La nuit se passa ainsi, agonie calme et sereine, ou l'attente de la mort n'était plus qu'une aspiration et une espérance. Ce fut le lendemain matin, lundi 9 juin 1572, à huit heures trois quarts, que cette grande âme retourna vers son Créateur. La maladie avait duré cinq jours à peine.

Née le 7 janvier 1528, Jeanne mourut donc âgée de quarante- quatre ans, cinq mois et deux jours.

S'appliquant à elle-même la loi qu'elle avait portée dans son code, Jeanne avait ordonné que ses funérailles se fissent dans toute l'austère simplicité du culte réformé. Ses intentions furent ponctuellement suivies. Son

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