‹ Histoire de Jeanne d'Albret, Reine de NavarreChapitre 123 sur 140 · CINQUIEME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIEME PARTIE

d'après lui, par Vollaire, le cerveau fui disséqué par Gaillard, médecin de la reine de Navarre, et Desnœuds, son chirurgien. Elle-même en avait fait la recommandation, pour qu'on recherchât la cause de violentes mi- ,2-raines auxquelles elle était sujette, et pour que cette étude profitât à ses enfants, si la même disposition se rencontrait chez eux. Gaillard et Desnœuds auraient seulement découvert de petites bubes d'eau logées entre le crâne et la pellicule qui enveloppe le cerveau, et qu'ils jugèrent être la cause de ces grands maux de tête dont Jeanne souffrait; enfin, ils déclarèrent que la cause de sa mort était un abcès dans la poitrine. « Il est à remarquer, » ajoute Voltaire, a que ceux qui l'ouvrirent étaient huguenots, et que apparemment ils auraient parlé du poison sïls y avaient trouvé quelque vraisemblance. On peut me répondre qu'ils furent gagnés par la cour; mais Desnœuds, chirurgien de Jeanne d^Albret, huguenot passionné, écrivit depuis des libelles contre la cour, ce qu'il neùt point fait s'il se fût vendu à elle, et dans ses libelles il ne dit point que Jeanne d'Albret ait été empoisonnée. »

Peut-être Voltaire, dans sa défiance très légitime des récits hasardés qui s'accréditent dans le vulgaire, était- il trop disposé à repousser d'une manière absolue tout ce qui lui paraissait y ressembler. Avec lui, nous écarterons la supposition dune complaisance née de la corruption ou de la crainte, chez les gens de l'art qui lurent chargés de l'examen. Mais tenons compte de l'état de la science au xvF siècle, comparativement au degré où elle est parvenue depuis. Voltaire aurait pu, dès son temps, ne pas négUger cette considération: combien elle est de nature à nous frapper encore da-

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vantage de nos jours! Que de progrès sans cesse accomplis! Sans remonter plus haut que notre siècle, que de mystères maintenant dévoilés, et inconnus il y a cinquante ans ! Il est permis de penser que la chimie médicale put bien, dans la circonstance qui nous occupe, ne pas apercevoir ce qu'elle apercevrait aujourd'hui; (jue les ressources pour découvrir la présence et les effets du poison n'étaient pas alors, dans la médecine française, au niveau de cette effroyable perfection où leur emploi était parvenu dans la patrie de Catherine de Médicis. Si l'examen médical ne confirma pas la supposition de l'empoisonnement, son résultat ne saurait non plus être envisagé comme une certitude contraire.

Une considération d'un autre genre est invoquée contre l'opinion du poison. La mort soudaine de Jeamie d'Albret, les accusations qu'elle devait soulever, et qu'elle souleva, n'étaient-elles pas bien pro[)res à jeter l'alarme chez les Huguenots les plus crédules, et à compromettre le succès du plan ténébreux pour lequel Catherine avait besoin de prolonger encore leur aveugle confiance? Celte objection, sans doute, est sérieuse: mais on y oppose le coup de pistolet dont fut atteint Goligny deux jours avant la Saint-Barthélémy, et qui devait mettre autant et plus encore les Calvinistes en éveil; car, ici, aucune équivoque n'était possible sur la nature du fait. Cette tentative d'assassinat fut l'œuvre d'une impatience, d'une haine pressée de s'assouvir. Le duc de Guise était l'ennemi personnel et passionné de Goligny, et le regardait comme une proie qui lui appartenait. Il proposa de se défaire isolément de l'amiral, pour plus de certitude, et l'on n'a pas de doute sur

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