CINQUIÈME PARTIE, 1570-loT2. il
la main qui embusqua Mauïevel près de Saint-Germain-l'Auxerrois. Quant à Jeanne d'Albret, on n'aurait pas osé envelopper une tête couronnée, une tête royale, dans le massacre qui se préparait ; les autres souverains ne seraient pas demeurés indifférents à cet attentat. On préféra se débarrasser de cette princesse d'une manière moins compromettante et, qui, grâce aux ressources de l'art florentin, défiât l'examen de la médecine. Si l'empoisonnement est admis, ce motif en serait une explication suffisante.
Nous ne prétendons pas décider ce problème. Bornons-nous à dire que la croyance à l'empoisonnement ne repose sur aucune preuve matérielle, mais qu'elle est restée dans les esprits. Catherine de Médicis, René le Florentin et ses gants parfumés, ce souvenir est demeuré attaché dans la mémoire publique à la mort de Jeanne d'Albret, avec une persistance qui dépasse la valeur d'une rumeur contemporaine.
« N'ayant de femme que le sexe, l'âme entière aux choses viriles, l'esprit puissant aux grandes affaires, le cœur invincible aux adversités : » c'est ainsi que le caractère de Jeanne d'Albret est résumé par d'Aubigné. Si les éloges des écrivains protestants sont suspects, il serait facile de multiplier ceux des écrivains catholiques, dont quelques-uns font seulement une réserve naturelle sous leur plume. Au jugement de Davila, Jeanne « était une princesse d'un courage héroïque, d'un esprit très élevé et d'un mérite bien au-dessus de son sexe ; avec ces grandes qualités, quoique dépouillée de son royaume, elle soutint toujours avec majesté le nom de reine. Sa fermeté n'éclata pas moins dans lu guerre, malgré le nombre et la puissance de ses enne-
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mis. Dans les plus grands dangers et dans les dernières extrémités où son parti se trouvait réduit, elle jeta les fondements de cette grandeur où son fils s'est élevé depuis.... Les grands talents de cette princesse, soutenus par sa vertu et sa libéralité, mériteraient d'éternels éloges, si elle n'eût embrassé opiniâtrement la doctrine de Calvin, en voulant, sans les lumières acquises par l'étude, pénétrer et même expliquer les plus profonds mystères de la théologie. »
Voici comment s'exprime le jésuite Maimbourg : (f Outre les perfections du cœur, elle en eut de si grandes dans l'âme, dans le cœur et dans l'esprit, qu'elle eût pu mériter le titre glorieux de l'héroïne de son temps. »
Un des traits remarquables de cette époque, où le bien et le mal ne se montrent pas à demi, c'est le nombre de femmes éminentes dont elle peut s'enorgueillir. Ces trois générations de suite, la mère, la fille, la petite-fiUe, Marguerite de Valois, Jeanne d'Albret, Catherine de Bourbon, sur qui nous reviendrons tout à rheure (et n'oublions pas Catherine de Foix, aïeule de Jeanne), présentent un faisceau unique peutêtre dans l'histoire. Renée de France, Éléonore de Roye, première femme de Louis de Condé ; Charlotte de Laval et Jacqueline d'Entremont, les deux femmes de Coligny ; Louise de Châtillon, sa fille, bien d'autres encore, font voir quels caractères féminins se formèrent par les graves leçons de l'Évangile unies aux grandes luttes de cette époque. Mais, entre toutes, Jeanne d'Albret s'élève au premier rang. Épouse toujours vertueuse avec un mari peu digne d'elle et qui l'abreuva de chagrins, elle fut le modèle achevé de la mère chré-