CINQUIÈME PARTIE
un moment, joindre le sien : « Est-ce donc là. » s'écrial-il, « cette parole que le roi nous a donnée, ces pro- » messes, Cette paix qu'on nous a jurée? Grand Dieu! » prenez la défense des opprimés ! Juste juge, vengez un » jour une perfidie et une cruauté si détestables ! » L'instant daprès, il fut massacré, sans (jue le vaillant capitaine essayât même de se défendre. Il est à remarquer que, parmi tant d'hommes intrépides au combat, on en compta fort peu qui disputèrent et firent payer leur vie. Presque tous étaient comme étourdis d'une si abominable trahison.
Une abjuration, exigée le couteau sur la gorge, sauva la vie au roi de Navarre et au prince de Condé. Jeanne d'Albret aurait-elle racheté la sienne au même prix? Nous en doutons. Henri de Bourbon, il est vrai, n'avait pas dix-neuf ans, et, devenu libre, il revint sur cette abjuration forcée. Sa mère lui aurait plus difficilement pardonné la seconde, que la raison politique, et non pas^ évidemment, le motif toujours respectable d'une conviction sincère, lui fit prononcer librement et dans la maturité de l'âge.
Ce ne fut p is encore sa seule violation des dernières volontés, des suprêmes recommandations maternelles, sur le sujet qui tenait le plus au cœur de Jeanne d'Albret. Il ne les respecta pas davantage à l'égard de sa sœur, contiée par la pieuse mourante à sa tendresse et à sa protection. Donnons d'abord quelques détails sur la vie et le caractère de cette princesse.
Après la Saint-Barthélémy, Catherine, âgée de treize ans, et restée entre les mains de la reine-mère, se vit imposer, elle aussi, l'abjuration de sa croyance. Catholique en apparence, la royale orpheline vécut près de quatre
^20 HISi'OlRE DE JKANAE DALBKEr.
ans dans cette cour qui lui était un séjour si douloureux. Enfin, après la paix dite de Monsieur, son frère l'ayant réclamée, elle partit, le 29 mai 1576, avec sa fidèle gouvernante, M™« de Tignonville, pour aller le rejoindre. A peine hors de Paris, au village de Palaiseau, elle rejeta la fausse conversion qui lui pesait, et en passant à Ghâteaudun, comme le prêche s'y tenait ce jour-là , elle y courut aussitôt. Henri vint au-devant d'elle jusqu'à Parthenay. Ils se rendirent ensemble à La Rochelle, et là, tous les deux « firent pénitence publique, » dit d"Aubigné, « d'avoir été par menaces réduits à la religion romaine. »
La cour que le roi de Navarre tenait à Nérac, et où malheureusement il était loin de donner l'exemple des bonnes mœurs, laissa la réputation de sa sœur parfaitement intacte et pure. Occupé le plus souvent loin de ses États, Henri lui en remit le gouvernement, à titre de régente. Catherine y continua les traditions de sa mère; elle sut y maintenir une paix profonde, à côté de la France embrasée par la guerre civile, et se faire chérir comme avaient été chéries sa mère, son aïeule et sa bisaïeule. Tout en épargnant aux Béarnais les calamités dont ils étaient si voisins, elle ne laissait pas de venir en aide à son frère, objet de son afl'ection la plus dévouée, par les secours d'argent qu'elle lui envoyait. Les souverains du Béarn n'y pouvant lever aucuns deniers sans le consentement des États, Catherine obtenait ces fonds à titre d'emprunt et sur un simple billet de sa main.
Quoique de petite taille et un peu boiteuse, Catherine réunissait comme par héritage les grâces prévenantes aux qualités sérieuses, à la solidité de l'esprit, à l'a-